Publié le 4 novembre 2025 à 10h05. L’ancien président américain Donald Trump a relancé les inquiétudes internationales en évoquant la possibilité de reprendre les essais nucléaires américains, une décision qui pourrait marquer une rupture avec des décennies de non-prolifération et intensifier la course aux armements.
- Donald Trump a affirmé avoir ordonné au Pentagone de reprendre les essais d’armes nucléaires américains.
- L’administration américaine reste floue sur la nature exacte de ces tests, oscillant entre des essais de composants et des explosions nucléaires à part entière.
- Des experts mettent en garde contre les conséquences potentiellement désastreuses d’une telle décision, notamment une nouvelle course aux armements et un risque accru de conflit nucléaire.
La déclaration de Donald Trump, diffusée sur son réseau social Truth peu avant une rencontre avec le président chinois Xi Jinping, a semé le trouble. Il a affirmé que, « en raison des programmes de tests d’autres pays », il avait ordonné au ministère de la Guerre de commencer à tester les armes nucléaires américaines. L’absence de clarification de la Maison Blanche, malgré les nombreuses sollicitations des médias, n’a fait qu’alimenter les spéculations.
Initialement, certains ont supposé qu’il s’agissait d’une maladresse verbale, Trump faisant référence à des essais de vecteurs d’armes nucléaires plutôt qu’à des explosions nucléaires. Cette interprétation aurait pu se justifier par les récents tests de la Russie, notamment le missile Bourevestnik et le torpille Poséidon, à propulsion nucléaire mais n’étant pas équipés d’ogives lors des essais. Historiquement, les essais nucléaires étaient organisés par le ministère de l’Énergie, ce qui aurait pu laisser penser à une confusion de la part de Trump.
Cependant, cette hypothèse semble de moins en moins probable. Le vice-président JD Vance a déclaré que les propos de Trump « parlaient d’eux-mêmes » et a suggéré qu’il pourrait s’agir d’un essai explosif d’une ogive nucléaire, soulignant que les États-Unis disposent d’un vaste arsenal et qu’il est parfois nécessaire de vérifier son bon fonctionnement. La Maison Blanche, sous pression, a ensuite nuancé cette affirmation, suggérant que Trump faisait peut-être référence uniquement à des tests de vecteurs.
L’interview de Trump diffusée par CBS le dimanche a cependant contredit ces tentatives de clarification. Le président a affirmé que « nous devons voir comment (les armes nucléaires américaines) fonctionnent » et que les États-Unis « effectueront des tests comme d’autres pays », accusant la Russie, la Chine, la Corée du Nord et le Pakistan de procéder à des essais. Lorsqu’il a été confronté au fait qu’aucun autre pays que la Corée du Nord n’avait procédé à un essai nucléaire depuis les années 1990, Trump a affirmé que ces pays effectuaient des essais en secret.
Cette affirmation est largement contestée par les experts. Il est hautement improbable que tous les États dotés de l’arme nucléaire, à l’exception des États-Unis, aient réussi à dissimuler leurs essais nucléaires explosifs pendant des décennies. De plus, Trump a incorrectement affirmé que les États-Unis possédaient le plus grand nombre d’armes nucléaires, alors que la Russie en possède en réalité davantage, et a prédit que la Chine atteindrait le même niveau que la Russie et les États-Unis d’ici cinq ans, une hypothèse jugée exagérée par les spécialistes.
Malgré ces contradictions, l’interview suggère que Trump envisage sérieusement la réintroduction d’essais nucléaires, ou du moins refuse d’exclure cette option. Richard Correll, le nouveau chef du Commandement stratégique des États-Unis (STRATCOM), a exprimé son scepticisme quant à cette perspective, déclarant : « Je ne suppose pas que les paroles du président signifiaient des essais nucléaires ». Le ministre de l’Énergie, Chris Wright, a quant à lui évoqué la possibilité de tests de composants d’armes nucléaires, sans explosion, rassurant les populations vivant à proximité de l’ancien site d’essais nucléaires du Nevada. Voir l’interview complète.
La plupart des experts en armement nucléaire espèrent que ces propos ne se traduiront pas en actes, soulignant que de nouveaux essais n’apporteraient aucun avantage pratique aux États-Unis et pourraient aggraver la situation sécuritaire mondiale. Les essais nucléaires, bien qu’historiquement utilisés comme message politique, servaient également à affiner les calculs des effets des armes et à vérifier leur fonctionnalité. Plus de 2 000 essais ont été réalisés dans le monde, mais depuis les années 1990, seule la Corée du Nord a procédé à des explosions.
Les États-Unis ont réalisé leur dernier essai en 1992 et se sont depuis appuyés sur des modèles informatiques pour tester leurs armes. La reprise des essais pourrait inciter d’autres pays à faire de même, notamment la Chine, qui a considérablement développé son arsenal nucléaire ces dernières années. Les dépenses mondiales en armement nucléaire ont dépassé les 100 milliards de dollars en 2024.
La Chine a déjà exprimé son opposition à une éventuelle violation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) de 1996, qui, bien que non ratifié, a été respecté jusqu’à présent par Washington, Moscou et Pékin. Le Kremlin a également averti qu’il réagirait « de manière appropriée » si les États-Unis effectuaient un essai. Réaction du Kremlin.
Enfin, il est important de rappeler que le risque de conflit nucléaire est en augmentation. La guerre en Ukraine, les tensions entre Israël et l’Iran, et les affrontements entre l’Inde et le Pakistan contribuent à cette dégradation du contexte géopolitique. Les États dotés d’armes nucléaires se concentrent sur leur modernisation, et certains, comme la Chine et la Corée du Nord, augmentent leur arsenal. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), l’ère de réduction du nombre d’armes nucléaires touche à sa fin.
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