Publié le 4 novembre 2025 à 16h50. Une disparité de prix de l’or sans précédent, atteignant 300 %, sépare les marchés d’Aden et de Sanaa au Yémen, révélant une crise économique profonde et affectant durement la population.
- Les Yéménites peuvent perdre jusqu’à 978 500 riyals yéménites (environ 1 500 USD) en achetant une livre d’or à Aden et en tentant de la revendre à Sanaa.
- Cette divergence de prix a déjà des conséquences concrètes, comme le report de mariages et le développement d’un marché de l’or contrefait.
- Des experts économiques mettent en garde contre un effondrement économique imminent, lié à la fragmentation du pays et à la perte de confiance dans la monnaie.
La situation est alarmante : un simple achat d’une livre d’or peut entraîner une perte financière considérable pour les citoyens yéménites. L’écart de prix entre Aden et Sanaa a atteint un niveau critique, illustrant la fracture économique qui traverse le pays. Cette disparité, qui dépasse les 300 %, n’est pas une simple fluctuation du marché, mais le symptôme d’une crise bien plus profonde.
Ce matin, des milliers de Yéménites ont pris connaissance de cette réalité en consultant les prix de l’or. Fatima Al-Haidari, une jeune mariée de 28 ans originaire d’Aden, témoigne de son désespoir :
« Je rêvais d’une simple parure en or pour mon mariage, mais quand j’ai entendu les prix aujourd’hui, j’ai dû reporter la cérémonie. »
Fatima Al-Haidari, future mariée
Les chiffres sont éloquents : une livre d’or se vend à 1 453 500 riyals yéménites à Aden, tandis qu’à Sanaa, elle ne dépasse pas 475 000 riyals. Une différence suffisante pour acquérir un véhicule d’occasion !
Depuis la division du pays en 2014, les marchés, les monnaies et les perspectives d’avenir se sont fragmentés. D. Ahmed Al-Sarari, expert économique, souligne la gravité de la situation :
« Cette disparité insensée n’est pas seulement un chiffre, mais un indicateur d’un effondrement économique imminent, rappelant les crises de l’or en Allemagne après la Première Guerre mondiale. »
D. Ahmed Al-Sarari, expert économique
Les causes de cette situation sont multiples : taux de change divergents, politiques monétaires contradictoires et, surtout, une crise de confiance généralisée qui a transformé le Yémen en deux économies distinctes, voire antagonistes.
Les conséquences de cette folie économique se font sentir au quotidien. Abdullah Al-Mikhlafi, bijoutier à Sanaa, raconte l’incompréhension de ses clients :
« Les clients sont choqués lorsque je leur annonce les prix pour Aden et ils me demandent si nous vivons dans le même pays. »
Abdullah Al-Mikhlafi, bijoutier à Sanaa
Le résultat est prévisible : des mariages reportés, une prolifération de l’or contrefait et une transformation profonde des traditions de la société yéménite. Les experts recommandent la prudence et déconseillent les investissements hâtifs, tout en avertissant que chaque heure de retard pourrait entraîner une perte financière supplémentaire.
Un écart de 300 % entre les prix de l’or au sein d’un même pays est un signal d’alarme clair : la crise économique yéménite est bien plus grave qu’il n’y paraît. Entre ceux qui y voient une opportunité de spéculation et ceux qui craignent un désastre social, la question demeure : quand cette tragédie économique prendra-t-elle fin et quand le métal jaune redeviendra-t-il un symbole de joie et non de désespoir ?
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