Une équipe de chercheurs sud-coréens a identifié un mécanisme clé qui pourrait permettre de mieux contrôler les réactions immunitaires excessives, ouvrant la voie à de nouveaux traitements contre les maladies auto-immunes et les complications de certaines infections virales. Leur découverte porte sur le rôle paradoxal de l’interleukine-15 (IL-15), une substance immunitaire qui, paradoxalement, peut à la fois stimuler et freiner l’activité des cellules T tueuses.
Les cellules T tueuses sont des éléments essentiels du système immunitaire, chargées d’éliminer les cellules infectées par des virus. Cependant, dans certaines situations, elles peuvent devenir hyperactives et attaquer les cellules saines, provoquant inflammation et lésions tissulaires. Ce phénomène est à l’origine de nombreuses maladies auto-immunes et peut aggraver l’évolution de certaines infections.
L’équipe de recherche, issue d’une collaboration entre le KAIST (Korea Advanced Institute of Science and Technology) et l’Université nationale de Chungnam, a découvert que l’IL-15 joue un rôle complexe dans ce processus. Selon leurs travaux, l’IL-15 peut exciter anormalement les cellules T tueuses, les poussant à attaquer les cellules non infectées. Cependant, elle peut également, dans d’autres circonstances – notamment en présence d’une infection virale – inhiber cette réponse excessive.
Cette inhibition est déclenchée par une protéine appelée calcineurine, dont l’activité est modulée par les variations de concentration de calcium à l’intérieur de la cellule. La calcineurine active à son tour une autre protéine, NFAT, qui agit comme un frein sur le comportement des cellules T tueuses. En d’autres termes, la voie calcineurine-NFAT, activée par l’IL-15, permet de réguler l’activité de ces cellules immunitaires.
Les chercheurs ont également constaté que certains immunosuppresseurs, loin de supprimer l’immunité en bloquant la voie de la calcineurine, pouvaient en réalité favoriser une activation excessive des lymphocytes T tueurs par l’IL-15. Cette observation souligne l’importance de choisir soigneusement le médicament en fonction du profil de réponse immunitaire du patient.
Par ailleurs, l’analyse de l’expression génique a permis d’identifier un ensemble de gènes spécifiques, dont l’activité est accrue uniquement dans les cellules T tueuses anormalement activées par l’IL-15. Ces marqueurs génétiques ont également été retrouvés en concentration élevée dans les cellules T tueuses de patients atteints d’hépatite A aiguë, suggérant qu’ils pourraient être utilisés à des fins diagnostiques.
« Cette étude montre que les cellules T tueuses ne sont pas de simples défenseurs, mais qu’elles peuvent se transformer en ‘attaquants non spécifiques’ en fonction de l’environnement inflammatoire », explique le professeur Shin Cheol Shin, du KAIST. « En contrôlant précisément cette activation anormale, nous pourrons développer de nouveaux traitements contre les maladies immunitaires incurables. »
Les résultats de cette recherche ont été publiés le 31 octobre dans la revue scientifique internationale Immunity.
Sur le même sujet
