Publié le 5 novembre 2025 à 06h34. Les indemnités de licenciement, bien que perçues comme une bouée de sauvetage, peuvent rapidement disparaître en cas de saisies ou de procédures de surendettement. Une disposition légale spécifique, l’article 850i du Code de procédure civile (ZPO), offre toutefois une protection possible, mais nécessite une démarche proactive.
- Une indemnité de licenciement n’est pas automatiquement protégée contre les saisies.
- L’article 850i du ZPO permet de faire reconnaître une partie de l’indemnité comme un revenu mensuel fictif, et donc de bénéficier des protections légales applicables aux salaires.
- Il est crucial d’agir rapidement et de fournir les justificatifs nécessaires pour obtenir cette protection.
Recevoir une indemnité de départ est souvent perçu comme une sécurité financière après une perte d’emploi. Cependant, cette somme peut être rapidement compromise si l’on est confronté à des créanciers ou à une procédure de surendettement. Contrairement aux salaires, les indemnités de licenciement ne bénéficient pas automatiquement des seuils de protection contre les saisies prévus par la loi (§ 850c ZPO). Sans mesures spécifiques, l’intégralité de l’indemnité peut être saisie.
Heureusement, un recours existe : l’article 850i du ZPO. Cette disposition permet, sur demande adressée au tribunal compétent, de faire verser une allocation mensuelle, calculée sur la base d’un salaire fictif, pendant une période jugée appropriée. En d’autres termes, le juge peut considérer une partie de l’indemnité comme un revenu régulier, ouvrant droit aux mêmes protections que les salaires.
Pourquoi les indemnités de départ sont particulièrement vulnérables
Juridiquement, une indemnité de licenciement est considérée non pas comme un revenu continu, mais comme une compensation ponctuelle. Elle est donc susceptible d’être incluse dans un ordre de saisie-arrêt, sans que les règles de protection des salaires ne s’appliquent automatiquement. En conséquence, sans décision de justice spécifique, l’indemnité peut être intégralement saisie par les créanciers.
L’article 850i ZPO : une protection possible
L’article 850i du ZPO oblige le tribunal de l’exécution, sur demande du débiteur, à lui accorder une somme équivalente à ce qu’il aurait perçu avec un salaire mensuel fictif, pendant une durée raisonnable. Le juge évalue librement ce montant, en tenant compte de la situation du demandeur.
Concrètement, l’indemnité de licenciement est « découpée en mensualités » et comparée aux seuils de protection des salaires. Cette protection n’est pas automatique ; elle nécessite une décision judiciaire préalable.
Quelle part de l’indemnité peut être protégée ? La règle des six mois
La jurisprudence montre que les tribunaux fixent souvent une période de protection d’environ six mois pour les indemnités de licenciement. En général, il est considéré qu’il est possible de protéger l’équivalent de six mois de salaire net. Cette somme doit permettre de couvrir les dépenses courantes, y compris les allocations chômage perçues pendant cette période.
La durée de la protection peut être ajustée en fonction de la situation particulière de chaque demandeur, notamment en cas de recherche d’emploi longue ou de problèmes de santé. Il est important de noter que c’est au débiteur de prouver ses besoins et de justifier la période de protection demandée. Des déclarations générales ne suffisent pas.
Comment procéder : demande, justificatifs, délais
La demande doit être adressée au tribunal de l’exécution du lieu de domicile (tribunal d’instance). Si une procédure de surendettement est déjà en cours, c’est le tribunal compétent en matière de surendettement qui statuera, en appliquant les principes de l’article 850i ZPO conformément à l’article 36 de la loi sur le surendettement (InsO).
La demande doit être accompagnée des documents suivants : justificatif de licenciement ou de rupture conventionnelle, dernières fiches de paie, budget et plan de dépenses, justificatifs des obligations alimentaires, notifications d’allocations (par exemple, l’allocation d’aide au retour à l’emploi – ARE), si nécessaire un relevé de compte P et un plan pour gérer la période de protection.
La jurisprudence confirme que la protection de l’article 850i est également applicable dans le cadre d’une procédure de surendettement, permettant de déterminer le montant qui restera disponible pour le débiteur pendant la période définie.
Privilégier les paiements échelonnés à un versement unique
Dans la mesure du possible, il est conseillé de négocier avec l’employeur un paiement échelonné de l’indemnité plutôt qu’un versement unique important. Même si l’indemnité reste juridiquement considérée comme un paiement unique, le fractionnement permet de fonder plus facilement la demande de protection sur des besoins mensuels réels et d’éviter des difficultés de trésorerie.
Il est crucial de déposer la demande au titre de l’article 850i sans délai, afin que les premiers versements partiels soient protégés par décision judiciaire.
Double protection : compte P et allocations supplémentaires
Une ordonnance du tribunal en vertu de l’article 850i ne garantit pas à elle seule une protection contre la saisie bancaire. Il est donc essentiel de disposer d’un compte P (compte de protection contre les saisies). Si ce n’est pas déjà le cas, il faut ouvrir un tel compte.
Le compte P assure une allocation de base. Des allocations supplémentaires peuvent être ajoutées, par exemple pour les allocations familiales, certaines prestations de soins ou d’invalidité, et les prestations sociales ponctuelles, à condition de les justifier. Cela permet d’éviter que l’indemnité ne soit immédiatement saisie dès son versement.
Attention aux revenus perçus en même temps que l’indemnité : le principe de l’imputation s’applique. Un revenu unique est généralement imputé sur le mois de sa perception. Si le versement a déjà eu lieu pour ce mois, il sera pris en compte le mois suivant.
Les administrations connaissent les règles d’imputation des revenus supplémentaires, ce qui peut être pertinent dans certains cas. Il est donc important de planifier soigneusement la date de versement de l’indemnité en fonction des conditions d’attribution des prestations.
Tableau pratique : problèmes courants et solutions
| Problème | Solution/application |
| Menace de saisie de l’indemnité de départ | Déposer une demande auprès du tribunal de l’exécution conformément à l’article 850i ZPO ; justifier la période de protection (recherche d’emploi, loyer, etc.), fournir les justificatifs. |
| Saisie de compte en cours | Ouvrir/vérifier un compte P ; faire certifier les allocations complémentaires (allocations familiales, allocation de soins, etc.). |
| Perception d’allocations | Planifier le mois de versement ; comparer avec les périodes d’approbation ; documenter les besoins pendant la période de protection. |
| Versement unique important | Négocier des paiements échelonnés avec l’employeur et demander immédiatement la protection de l’article 850i. |
| Procédure de surendettement en cours | Déposer une requête auprès du tribunal compétent en matière de surendettement (via l’article 36 InsO en lien avec l’article 850i ZPO). |
Les points clés à retenir
Toute personne susceptible de percevoir une indemnité de licenciement doit agir avant le versement : coordonner la date et les modalités de paiement avec l’employeur, ouvrir un compte P, déposer une demande au titre de l’article 850i avec tous les justificatifs nécessaires et justifier de manière plausible la période de besoin.
La jurisprudence et la pratique montrent qu’il est généralement possible de protéger plusieurs mois de salaire net – souvent sur la base de la « règle des six mois ».
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