Home NouvellesLes Colombiens consacreraient jusqu’à 90 % de leurs revenus à l’achat de médicaments que l’État ne livre pas, selon le Bureau du Défenseur du peuple

Les Colombiens consacreraient jusqu’à 90 % de leurs revenus à l’achat de médicaments que l’État ne livre pas, selon le Bureau du Défenseur du peuple

by Nicolas Lefèvre

Publié le 2025-11-05 23:18:00. Des milliers de Colombiens sont contraints de payer de leur poche des médicaments essentiels, parfois jusqu’à 90 % de leurs revenus, en raison de ruptures d’approvisionnement dans le système de santé publique. Un rapport alarmant du Bureau du Médiateur révèle une détérioration progressive de l’accès aux soins.

  • Le Bureau du Médiateur a recensé 584 médicaments différents indisponibles dans le système de santé depuis septembre 2025.
  • Plus de 60 % des personnes interrogées ont dû acheter elles-mêmes leurs médicaments, aggravant les inégalités, notamment dans les zones rurales et auprès des communautés ethniques.
  • Les médicaments pour le diabète, l’hypertension, la santé mentale et la santé maternelle sont particulièrement touchés par ces pénuries.

La crise d’accès aux médicaments en Colombie s’aggrave, mettant en péril la santé et les finances de nombreux patients. Selon un récent rapport du Bureau du Médiateur (Defensoría del Pueblo), les utilisateurs du système de santé public sont de plus en plus contraints d’assumer le coût de médicaments essentiels que les établissements de santé (EPS) ne parviennent pas à fournir dans les délais impartis.

L’étude met en évidence l’impact économique significatif de ces retards de livraison sur six médicaments clés : la metformine, le valsartan et l’insuline glargine, utilisés pour traiter le diabète et l’hypertension, ainsi que la quétiapine et l’acide valproïque, essentiels en santé mentale et neurologique, et l’acide folique, crucial pour la santé maternelle. Les calculs du Médiateur, basés sur l’enquête nationale danoise sur la qualité de vie, révèlent que le coût mensuel de ces traitements peut représenter entre 7 % et 90 % des revenus d’un individu, en fonction de sa situation économique.

Cette charge financière a des conséquences directes sur d’autres droits fondamentaux, comme l’accès à une alimentation adéquate, à l’éducation et à un logement décent, avertit le rapport.

Depuis septembre 2025, le Bureau du Médiateur a enregistré 584 médicaments différents qui n’étaient pas disponibles via le système de santé. Sur les 1 798 cas vérifiés, près de la moitié (48 %) restent non résolus. En conséquence, 61 % des personnes interrogées ont déclaré avoir dû débourser de leur propre poche pour obtenir les médicaments dont elles avaient besoin, un fardeau économique particulièrement lourd dans les territoires ruraux et isolés, ainsi que pour les communautés ethniques.

La metformine – utilisée pour traiter le diabète de type 2 – figure en tête de liste des médicaments les plus souvent signalés comme indisponibles, suivie du valsartan et du losartan. Ces dix médicaments à eux seuls représentent un quart de tous les cas recensés.

La médiatrice, Iris Marín Ortiz, a souligné lors de la présentation du rapport que

« Les problèmes d’accès aux médicaments touchent l’ensemble du territoire national, sans distinction de régime d’assurance maladie, et présentent un caractère régressif. Ils génèrent non seulement des obstacles connus à l’accès aux médicaments et aux soins, mais se manifestent également aujourd’hui pour des médicaments essentiels dans le cadre des soins primaires. »

Iris Marín Ortiz, Médiatrice

Elle a également mis en garde contre une évolution préoccupante : le secteur pharmaceutique colombien est confronté à des dettes de plus de 4,2 milliards de dollars. Selon la médiatrice, les modifications apportées à la chaîne logistique des médicaments semblent privilégier les intérêts des distributeurs au détriment des institutions publiques.

Le rapport identifie également les départements les plus touchés par ces violations du droit à la santé : Vichada, Guainía, Chocó et San Andrés y Providencia sont en tête de liste, suivis de La Guajira, Arauca, Amazonas, Putumayo, Nariño, Vaupés, Córdoba, Guaviare, Risaralda, Caldas et Quindío.

Le Bureau du Médiateur conclut que cette situation généralisée témoigne d’une “détérioration progressive de la garantie de ce droit fondamental”. Il exhorte l’État à garantir des mécanismes efficaces pour assurer une fourniture rapide et équitable des traitements, soulignant que le manque de médicaments met en danger la qualité de vie, voire la vie même, des patients.

Pour en savoir plus sur l’augmentation des décès liés aux maladies rares en Colombie.

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