Pour la première fois en plus de deux décennies, des humoristes participant au New York Arab American Comedy Festival craignent des représailles pour leurs blagues politiques. Cette autocensure, inédite depuis la création du festival en 2003, est directement liée, selon les organisateurs, au climat de peur instauré par l’administration Trump.
L’inquiétude est palpable : certains humoristes redoutent de perdre des contrats, voire d’être licenciés, s’ils osent se moquer de l’ancien président Donald Trump. Un agent d’un humoriste arabo-américain a confié que prendre la parole sur ce sujet est devenu « trop risqué dans le climat actuel ». Cette crainte est d’autant plus forte pour les artistes immigrés, titulaires d’une carte verte, qui craignent que leurs blagues ne mettent en péril leur statut juridique, rappelant le cas de Mahmoud Khalil, toujours menacé d’expulsion pour ses prises de position en faveur des droits des Palestiniens.
Ce changement de ton contraste fortement avec les années précédentes. Depuis plus de 20 ans, le festival a toujours été un espace de liberté d’expression, où les humoristes se sont moqués des présidents américains, de George W. Bush en pleine « guerre contre le terrorisme » à Barack Obama. Jusqu’à présent, aucun n’avait craint de conséquences pour leurs blagues.
La situation actuelle rappelle, selon les organisateurs, les périodes les plus sombres de l’histoire américaine, où les artistes étaient systématiquement réduits au silence. En octobre dernier, plus de 550 artistes et personnalités, menées par l’actrice oscarisée Jane Fonda, ont relancé le Comité pour le premier amendement, créé à l’époque du maccarthysme pour lutter contre la censure gouvernementale et les listes noires.
Le premier amendement de la Constitution américaine, qui garantit la liberté d’expression, est au cœur de cette affaire. Comme l’a souligné le juge William Brennan de la Cour suprême dans un arrêt historique de 1964, « le débat sur les questions publiques doit être libre… et peut très bien inclure des attaques véhémentes contre le gouvernement et les fonctionnaires ». Cela inclut, bien sûr, l’humour et la satire.
Les inquiétudes ne sont pas infondées. Donald Trump a déjà manifesté son aversion pour la satire à plusieurs reprises. En 2019, alors qu’il était encore président, il avait violemment critiqué l’émission « Saturday Night Live » pour l’avoir ridiculisé, allant jusqu’à menacer l’émission d’une enquête criminelle et interrogeant sur Twitter la pertinence d’une intervention de la Commission électorale fédérale ou de la FCC.
Plus récemment, en septembre 2023, le président de la Commission fédérale des communications, Brendan Carr, a publiquement exigé qu’ABC sanctionne l’animateur Jimmy Kimmel pour une blague qui n’avait pas plu à l’administration Trump. ABC a d’abord suspendu Kimmel, avant de revenir sur sa décision suite à une forte réaction du public, notamment un appel au boycott de la société mère Disney. Trump a salué la suspension initiale, appelant ensuite NBC à licencier d’autres animateurs de fin de soirée.
Selon PEN America, de nombreux artistes et interprètes à travers le pays signalent un climat croissant d’autocensure, évitant l’humour politique par peur des représailles. Même un humoriste établi comme Kimmel peut potentiellement perdre son emploi pour une blague, ce qui envoie un message clair à tous les autres : critiquer Trump peut avoir un prix.
Le New York Arab American Comedy Festival, le plus ancien du genre aux États-Unis, a toujours été confronté à des défis spécifiques. Mais jamais, jusqu’à présent, les humoristes n’ont craint pour leur carrière ou leur statut juridique à cause de leurs blagues. Les organisateurs affirment que la comédie est un indicateur précieux de la liberté d’expression et que sa protection est essentielle à la démocratie. Ils entendent continuer à utiliser l’humour pour dire la vérité, même au risque de provoquer la colère de certains.
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