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Comment les chercheurs tentent depuis des années de réveiller la politique néerlandaise au sujet des champignons mortels | Aiguille

Publié le 6 novembre 2024 14h33. Un champignon pathogène, Aspergillus fumigatus, gagne en résistance aux traitements antifongiques, alertant les experts depuis plus de deux décennies. Malgré de multiples rapports et recommandations, l'action politique concrète pour limiter l'utilisation des…

Publié le 6 novembre 2024 14h33. Un champignon pathogène, Aspergillus fumigatus, gagne en résistance aux traitements antifongiques, alertant les experts depuis plus de deux décennies. Malgré de multiples rapports et recommandations, l’action politique concrète pour limiter l’utilisation des azoles, impliqués dans cette résistance, tarde à se concrétiser.

  • Depuis 1997, des études successives mettent en évidence l’augmentation de l’aspergillose invasive et le développement de résistances aux antifongiques azolés.
  • Les recherches pointent du doigt l’utilisation des azoles dans l’agriculture comme facteur contribuant à l’émergence de souches résistantes.
  • En 2024, le Conseil de la Santé néerlandais exhorte le gouvernement à agir rapidement pour réduire l’utilisation des azoles et renforcer la réglementation.

L’alerte a été lancée il y a plus de vingt ans. Dès 1997, un rapport, souvent passé inaperçu, signalait une augmentation des cas d’aspergillose invasive, une infection fongique grave, et une diversification des patients touchés. Le professeur Paul Verweij, spécialiste en mycologie clinique et membre du centre d’expertise Radboudumc-CWZ pour les infections fongiques, était parmi les premiers à tirer la sonnette d’alarme. Ses observations, partagées avec ses collègues, mettaient en évidence une résistance émergente aux antifongiques, mais se heurtaient à l’indifférence des autorités sanitaires et politiques.

Cinq ans plus tard, en 2002, une étude de surveillance nationale confirmait les craintes. Les données montraient que les azoles, les antifongiques les plus couramment utilisés, perdaient de leur efficacité contre Aspergillus fumigatus. Le scepticisme commençait à s’estomper dans le milieu médical, mais la prise de conscience restait lente.

Au fil des années, le problème a dépassé le cadre de la recherche académique pour devenir une question de santé publique. Des études ont révélé que jusqu’à 6 % des souches d’Aspergillus fumigatus semblaient insensibles aux azoles, en raison notamment de leur utilisation comme pesticides et médicaments vétérinaires. En 2009, un article intitulé « Aspergillose invasive résistante aux azoles », auquel le professeur Verweij a contribué, soulignait l’augmentation continue de cette résistance. Cette fois, l’alerte a atteint les ministères de l’Agriculture, de la Pêche, de la Sécurité alimentaire et de la Nature (LNV) et du Logement, de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement (VROM), qui ont sollicité l’avis de la NVWA (Autorité néerlandaise de la sécurité des produits alimentaires et des consommateurs).

Cependant, la NVWA a estimé que les connaissances disponibles étaient insuffisantes pour justifier des mesures concrètes. Cinq missions de recherche ont été lancées, visant à cartographier l’utilisation des azoles, à évaluer les coûts des infections résistantes et à identifier des stratégies pour inhiber la résistance.

En 2013, le rapport Haskoning, une analyse du développement des résistances aux biocides et aux produits phytosanitaires, a été remis. Le Parti pour les Animaux a utilisé ce rapport, ainsi que d’autres études, pour interpeller le Parlement, soulignant les liens entre l’agriculture, l’environnement et la santé publique.

Le gouvernement a répondu en février 2014 en annonçant qu’il consulterait le RIVM (Institut national pour la santé publique et l’environnement) sur les recommandations de l’étude Haskoning. Deux mois plus tard, une nouvelle étude, dirigée par le RIVM, a été annoncée pour examiner la relation entre l’utilisation des azoles et l’émergence de souches résistantes. C’était précisément ce que le professeur Verweij et ses collègues réclamaient depuis des années.

Entre 2013 et 2017, des recherches complémentaires menées par Environmental Consultancy CLM et le Radboud University Medical Center ont permis de mieux comprendre les mécanismes de résistance et d’identifier des alternatives aux azoles. Ces études ont confirmé que la résistance se développait dans l’environnement et que son origine était liée à l’utilisation des azoles. En 2019, un autre rapport du RIVM, dirigé par le professeur Sijmen Schoustra, concluait que les connaissances scientifiques étaient désormais suffisantes pour passer à l’action politique.

Pourtant, le silence est resté de mise. Les connaissances ont été accumulées, analysées et structurées, mais n’ont pas été traduites en mesures concrètes. Ce n’est qu’en 2024 que le Conseil de la Santé a pris la parole, soulignant que la résistance compromet le traitement des infections fongiques et appelant à une réduction de l’utilisation des azoles en agriculture, à une réglementation plus stricte et à un meilleur contrôle. Un an plus tard, l’attente d’une action gouvernementale se fait toujours sentir.

Vous souhaitez en savoir plus sur ce champignon dangereux, de plus en plus répandu aux Pays-Bas ?

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.