Publié le 8 novembre 2025 à 06h02. Les centres-villes français sont confrontés à un déclin commercial alarmant, avec une augmentation de la vacance commerciale et une évolution des habitudes de consommation. Un rapport remis au gouvernement propose des pistes pour revitaliser le commerce de proximité, allant du soutien aux mairies à la création de foncières commerciales.
- Un Français sur deux estime que son centre-ville est en perte de vitesse, et un sur quatre le juge peu fréquenté voire déserté.
- Le taux de vacance commerciale a atteint 10,64 % dans les centres-villes en 2024, un niveau comparable à celui d’avant la crise sanitaire.
- Le gouvernement envisage des mesures pour accompagner la transformation des centres-villes, en favorisant les services, les activités de bien-être et les commerces de seconde main.
La situation du commerce de proximité en France est préoccupante. Selon une étude Elabe, réalisée en août 2025, plus de la moitié des Français (50 %) estiment que leur centre-ville est en perte de vitesse. Un quart d’entre eux (25 %) le considèrent comme peu fréquenté, voire quasi désert, en raison de la fermeture de nombreux commerces. La situation est encore plus critique dans les communes rurales, où 40 % des habitants constatent la disparition de nombreux commerces, contre seulement 13 % dans les grandes agglomérations.
Ces chiffres sont corroborés par un rapport remis mercredi 5 novembre au gouvernement, élaboré par Frédérique Macarez, maire de Saint-Quentin (Aisne), Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, et Antoine Saintoyant, Directeur de la Banque des Territoires. Le rapport met en évidence une augmentation de la « vacance commerciale » – c’est-à-dire la proportion de locaux commerciaux inoccupés – qui est passée de 9,73 % à 10,64 % entre 2023 et 2024 dans les centres-villes, et dépasse les 16 % dans les galeries marchandes, avec une moyenne de 14 %.
Plusieurs facteurs expliquent ce déclin. Le développement du commerce en ligne, avec les plateformes internationales représentant désormais 22 % des colis livrés par La Poste (contre seulement 5 % il y a cinq ans), est l’un des principaux. L’essor de l’essayage virtuel, utilisé par 21 % des Français pour leurs achats vestimentaires (contre 17 % en 2023), et l’évolution des modes de consommation, avec la popularité croissante de la seconde main, contribuent également à cette tendance. La baisse du pouvoir d’achat des ménages joue également un rôle important.
Le ministre des PME et du Commerce, Serge Papin, a détaillé les mesures prioritaires qu’il souhaite mettre en œuvre, s’inspirant des trente propositions formulées par les trois rapporteurs. Dans un entretien accordé à Ouest-France, il a souligné l’importance d’accompagner la transformation des centres-villes.
Le rapport insiste sur le fait que le commerce n’est pas condamné à disparaître, mais qu’il doit évoluer. L’urgence est d’adapter les centres-villes pour en faire des espaces de vie plus diversifiés, moins axés sur la consommation et davantage orientés vers les loisirs et les services. Cela implique de favoriser l’implantation de commerces proposant des services à la personne, des activités de bien-être, des concepts de seconde main, des restaurants et des tiers-lieux, où l’acte d’achat devient une expérience agréable et unique.
Pour faciliter cette mutation, Serge Papin souhaite renforcer le rôle des « manageurs de centre-ville », une profession désormais dotée d’une formation spécifique.
« Ils sont 500 en France, il en faut davantage. C’est vraiment un appui fort pour le maire qui ne peut pas tout faire. Ce sera financé conjointement par les mairies et la Banque des territoires. »
Serge Papin, ministre des PME et du Commerce
Le gouvernement prévoit également de soutenir la création de foncières commerciales, dont il existe actuellement 90 en France. Ces structures permettent de réhabiliter les locaux vacants, de faciliter l’accès à des espaces plus grands et de réguler les loyers. La Banque des Territoires s’engage à investir 100 millions d’euros dans ce programme.
Enfin, la taxe sur les friches commerciales sera revue pour permettre aux maires de mieux contrôler les locaux inoccupés.
« Aujourd’hui, elle est peu utilisée parce qu’elle n’est pas assez ciblée. Elle s’applique à toute la ville alors qu’il faudrait pouvoir l’appliquer dans les quartiers où c’est justifié. C’est ce qu’on va permettre désormais. »
Serge Papin, ministre des PME et du Commerce
Une proposition de taxer tous les entrepôts logistiques, y compris ceux des géants du numérique, avait été soulevée dans le rapport. L’Union des entreprises de transport et logistique de France (TLF) s’y oppose, craignant que cela n’encourage la délocalisation des entrepôts à l’étranger et pénalise les consommateurs et les commerçants.
« Encourager la délocalisation des entrepôts à l’étranger, c’est faire exposer les coûts de distribution des produits, pénalisant ainsi les consommateurs comme les commerçants. Les transporteurs et logisticiens sont les partenaires quotidiens des commerçants. »
Jean-Thomas Schmitt, président de l’Union TLF
Serge Papin a indiqué qu’il souhaitait examiner cette proposition plus en détail avant de prendre une décision. Il a également souligné que cette taxe ne toucherait pas les sites d’e-commerce les plus agressifs qui n’ont pas d’entrepôt en France.
Par ailleurs, le député Laurent Lhardit a déposé une proposition de loi visant à donner aux communes le droit d’encadrer les loyers des baux commerciaux.
À ne pas manquer
