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Les règles climatiques de l’UE mettent en danger la sécurité énergétique, préviennent les fournisseurs de gaz

by Amélie Bernard

Publié le 9 novembre 2023 16:32:00. L’Union européenne pourrait se retrouver confrontée à des pénuries de gaz si elle ne modifie pas ses nouvelles réglementations sur les émissions de méthane, avertit l’industrie énergétique, qui craint de voir des cargaisons détournées vers d’autres marchés. Ces tensions interviennent alors que l’UE s’apprête à interdire les importations de gaz russe.

  • Des règles européennes sur les émissions de méthane menacent l’approvisionnement en gaz.
  • L’industrie énergétique critique l’impossibilité de se conformer aux exigences de traçabilité.
  • Les États-Unis et le Qatar ont mis en garde contre des suspensions de livraisons si les règles ne sont pas assouplies.

L’Europe risque de voir des cargaisons de gaz liquéfié (GNL) détournées vers d’autres destinations si Bruxelles ne revoit pas en profondeur ses réglementations concernant les émissions de méthane, selon des avertissements émis par l’industrie énergétique. Cette situation pourrait engendrer des pénuries au moment même où l’UE prévoit d’interdire complètement les importations de gaz russe.

La nouvelle législation européenne sur le méthane impose à tous les importateurs de carburant de rendre compte des fuites de méthane tout au long de leur chaîne d’approvisionnement. Le méthane, principal composant du gaz naturel, possède un potentiel de réchauffement climatique 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur une période de 20 ans, ce qui justifie les efforts pour réduire ses émissions dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. En savoir plus sur le changement climatique.

Si les groupes environnementaux saluent cette initiative comme une avancée significative dans la maîtrise des émissions de méthane, l’industrie pétrolière et gazière estime qu’il sera impossible de se conformer à la loi. Les entreprises se heurtent à la difficulté de retracer l’origine de chaque molécule de gaz contenue dans une expédition, un défi particulièrement complexe dans des pays comme les États-Unis, où des milliers de petits gisements alimentent de vastes réseaux de pipelines.

L’industrie s’interroge également sur la manière dont l’UE compte vérifier les données relatives aux émissions de méthane et sur les sanctions qui seront infligées aux importateurs ne respectant pas les règles. La législation prévoit des pénalités pouvant atteindre 20 % du chiffre d’affaires mondial des entreprises concernées.

« Nous soulevons ces problèmes depuis le début »,

Andreas Guth, secrétaire général d’Eurogas

Andreas Guth précise que les importateurs « pourraient décider de rediriger ces cargaisons vers d’autres marchés en dehors de l’UE » si des modifications ne sont pas apportées « immédiatement ». Il ajoute que l’Europe ne pourra pas bénéficier de prix plus bas grâce à une surabondance prévue de GNL si les cargaisons ne sont pas conformes.

Ces préoccupations s’ajoutent à une vague croissante de critiques adressées à Bruxelles par les producteurs de combustibles fossiles, qui estiment que l’agenda vert de l’UE met en péril la sécurité énergétique du bloc.

Le mois dernier, les États-Unis et le Qatar ont conjointement adressé une lettre aux dirigeants européens, les avertissant qu’ils pourraient suspendre les livraisons de gaz si l’UE ne modifie pas significativement ses règles de diligence raisonnable. Ces règles imposent aux entreprises d’éliminer les abus environnementaux et sociaux de leurs chaînes d’approvisionnement.

Des responsables américains ont indiqué que l’administration de Donald Trump souhaiterait l’abrogation de cette directive et ont menacé d’imposer des mesures de rétorsion tarifaires si elle n’était pas modifiée.

Les législateurs européens doivent voter la semaine prochaine sur des amendements à ces règles de diligence raisonnable, mais les responsables américains estiment que les efforts de Bruxelles pour simplifier la directive ne sont pas suffisants.

La loi sur la chaîne d’approvisionnement et les règles sur les émissions de méthane entreront toutes deux en vigueur en 2027, la même année où l’UE introduira une interdiction totale du gaz russe. Ces réglementations s’appliqueront à toutes les expéditions entrant dans le bloc conclues après le 4 août 2024, laissant de nombreuses entreprises dans l’incertitude quant à la conformité des contrats déjà signés.

Selon Andreas Guth, cette situation pourrait compromettre la sécurité énergétique du bloc en aliénant les fournisseurs alternatifs, alors que l’UE devra remplacer environ 50 milliards de mètres cubes d’importations russes restantes.

En 2023, l’Europe a importé environ 273 milliards de mètres cubes de gaz, selon les chiffres de la Commission européenne.

Dans le cadre du sommet des Nations Unies sur le climat au Brésil, qui se tiendra dans les quinze prochains jours, un groupe de pays devrait annoncer une nouvelle initiative visant à lutter contre les émissions de méthane provenant des torchères et des fuites lors de la production et de la distribution de gaz.

La Clean Air Task Force, une organisation non gouvernementale, estime que les difficultés rencontrées par l’industrie concernant la législation européenne sur le méthane ne sont pas insurmontables. Elle suggère, par exemple, l’utilisation d’un « certificat numérique… lié aux carburants au moment de leur vente » pour assurer la traçabilité des molécules.

L’industrie gazière a proposé une autre méthode de traçage, mais Andreas Guth a déclaré qu’il serait préférable que les contrats existants soient exemptés des nouvelles règles.

Le commissaire européen à l’énergie, Dan Jørgensen, a déclaré le mois dernier que la réglementation « restera en vigueur », tout en ajoutant : « nous sommes toujours disposés à examiner comment la rendre plus facile à mettre en œuvre ».

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