Publié le 2024-02-29. Des chercheurs brésiliens ont mis au point des molécules capables de franchir la barrière hémato-encéphalique et de cibler le cuivre, une avancée prometteuse dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer, qui touche des millions de personnes dans le monde.
- Une équipe de l’Université fédérale ABC (UFABC) a synthétisé dix molécules prometteuses.
- Ces composés ont démontré en laboratoire leur capacité à inverser les symptômes et les altérations biochimiques liés à la maladie d’Alzheimer.
- Les tests sur des animaux ont révélé une amélioration de la mémoire et de l’orientation spatiale, sans effets secondaires notables.
La maladie d’Alzheimer, la forme de démence la plus courante, affecte entre 60 % et 70 % des cas diagnostiqués à l’échelle mondiale, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Face à l’absence de remède, les recherches se concentrent sur de nouvelles approches thérapeutiques, et les travaux de l’UFABC ouvrent une voie particulièrement intéressante.
L’équipe du professeur Giselle Cerchiaro a mené des recherches approfondies, combinant simulations informatiques, expériences sur des cultures cellulaires et tests sur des modèles animaux. Leur approche cible le rôle du cuivre dans la progression de la maladie. Des études récentes ont en effet mis en évidence l’influence des ions cuivre sur l’agrégation des plaques bêta-amyloïdes, des dépôts de protéines qui perturbent la communication entre les neurones et entraînent une inflammation cérébrale.
Les chercheurs ont conçu et synthétisé dix molécules capables de traverser la barrière hémato-encéphalique, un obstacle majeur pour de nombreux médicaments, et de se lier à l’excès de cuivre présent dans les plaques bêta-amyloïdes, facilitant ainsi leur dégradation. Trois de ces molécules ont été sélectionnées pour des tests sur des rats atteints d’une forme de la maladie d’Alzheimer induite, et l’une d’entre elles s’est avérée particulièrement efficace et sûre.
Les tests sur les animaux ont confirmé que le composé réduisait la neuroinflammation et le stress oxydatif, tout en restaurant l’équilibre du cuivre dans l’hippocampe, une région du cerveau essentielle à la mémoire. Les animaux traités ont montré une amélioration significative de leur orientation spatiale et de leurs capacités d’apprentissage. Des simulations informatiques ont également validé la capacité du composé à franchir la barrière hémato-encéphalique et à agir directement sur les zones affectées.
Ces résultats prometteurs ont conduit à un dépôt de brevet et les chercheurs sont désormais à la recherche de partenaires pour lancer la phase d’essais cliniques chez l’homme. Selon le professeur Cerchiaro :
« Il s’agit d’une molécule extrêmement simple, sûre et efficace. Le composé que nous avons développé est beaucoup moins cher que les médicaments actuellement disponibles. Par conséquent, même s’il ne fonctionne que pour une partie de la population, puisque la maladie d’Alzheimer a des causes multiples, cela représenterait un énorme progrès par rapport aux options actuelles. »
Giselle Cerchiaro, Professeur à l’Université fédérale ABC
Cette avancée est le fruit d’une collaboration entre plusieurs chercheurs, notamment Mariana LM Camargo (thèse de doctorat), Giovana Bertazzo (mémoire de maîtrise) et Augusto Farias (projet de premier cycle). Le groupe de recherche dirigé par Kléber Thiago de Oliveira à l’Université fédérale de São Carlos (UFSCar) a également participé à la synthèse de l’un des composés. L’étude a été publiée dans la revue ACS Chemical Neuroscience.
On estime que plus de 50 millions de personnes dans le monde vivent avec la maladie d’Alzheimer, une maladie neurodégénérative complexe et multifactorielle dont les causes exactes restent encore mal connues.