Home SantéLes personnes souffrant de certaines maladies cardiaques peuvent pratiquer des sports de compétition, suggère une déclaration scientifique

Les personnes souffrant de certaines maladies cardiaques peuvent pratiquer des sports de compétition, suggère une déclaration scientifique

by Sophie Martin

Les athlètes présentant des anomalies cardiaques pourraient, sous certaines conditions, continuer à pratiquer des sports de compétition, selon de nouvelles recommandations publiées conjointement par l’American Heart Association et l’American College of Cardiology. Ces directives, qui marquent un changement significatif par rapport aux interdictions automatiques d’autrefois, mettent l’accent sur une approche personnalisée et une prise de décision partagée entre les cliniciens et les sportifs.

La nouvelle déclaration scientifique, intitulée « Considérations cliniques sur la participation à des sports de compétition pour les athlètes présentant des anomalies cardiovasculaires », reflète les progrès considérables réalisés au cours de la dernière décennie dans la compréhension du « cœur de l’athlète » – les adaptations cardiaques qui se produisent en réponse à un entraînement physique régulier. Les études menées ces dix dernières années suggèrent que les risques liés à la pratique sportive chez les personnes atteintes de certaines pathologies cardiaques ne sont pas aussi élevés qu’on le pensait initialement.

« Par le passé, l’éligibilité sportive des athlètes cardiaques était décidée sans concertation. La présence de la moindre anomalie cardiaque entraînait une interdiction automatique de participation », explique le Dr Jonathan H. Kim, professeur de médecine à l’Université Emory d’Atlanta et président du groupe d’écriture. « Cette nouvelle déclaration scientifique examine les meilleures pratiques cliniques pour les athlètes atteints de certaines maladies cardiovasculaires et la manière dont les professionnels de la santé peuvent les accompagner – des enfants aux athlètes seniors – dans une discussion éclairée sur les risques et les bénéfices potentiels. »

La révision des recommandations prend en compte la diversité des pratiques sportives et des pathologies cardiaques. Contrairement aux classifications rigides des précédentes déclarations, elle reconnaît que l’entraînement sportif est un continuum, variant en intensité et en endurance selon l’athlète et le sport pratiqué. Les athlètes de compétition sont définis comme ceux qui accordent une grande importance à la performance et s’entraînent pour des sports individuels (marathons, triathlons) ou collectifs.

La nouvelle déclaration s’étend également aux populations d’athlètes qui n’étaient pas abordées dans les documents précédents, notamment les sportifs Masters (plus de 35 ans) atteints de coronaropathie, de fibrillation auriculaire, d’hypertrophie de l’aorte ou de valvulopathie. Des conseils spécifiques sont également fournis pour les athlètes pratiquant des sports extrêmes, comme la plongée sous-marine ou l’exercice en haute altitude, ainsi que pour les femmes enceintes souhaitant continuer à pratiquer une activité sportive de compétition.

« Nous reconnaissons qu’il existe des situations où les risques de la compétition dépassent largement les bénéfices pour les athlètes présentant des anomalies cardiovasculaires », précise le Dr Kim.

Les nouvelles recommandations soulignent l’importance du dépistage cardiaque avant la participation sportive, en commençant par une évaluation en 14 points proposée par l’Association, incluant un examen physique, la mesure de la tension artérielle et un interrogatoire sur les antécédents médicaux personnels et familiaux. Un électrocardiogramme (ECG) est également considéré comme un dépistage raisonnable pour les athlètes asymptomatiques, à condition que son interprétation soit réalisée par un professionnel qualifié. Des ressources pour des évaluations cliniques complémentaires en cas d’ECG anormal doivent également être disponibles.

Des conseils plus précis sont également fournis concernant les athlètes sous anticoagulants, en tenant compte des risques spécifiques liés à certains sports (football, cyclisme, ski, baseball). Les recommandations concernant les cardiomyopathies ont également évolué : une interdiction systématique de la pratique sportive n’est plus justifiée, et la participation peut être envisagée sous surveillance médicale pour certaines formes génétiques.

En ce qui concerne la myocardite (inflammation du muscle cardiaque), les nouvelles données suggèrent que l’état s’améliore souvent en moins de trois mois, permettant un retour à la compétition plus rapide qu’auparavant, toujours sous réserve d’une évaluation individuelle et de conseils cliniques. De même, il n’est plus systématiquement recommandé de restreindre la participation sportive des jeunes athlètes atteints d’aortopathie ou d’anomalies de l’aorte.

Enfin, la déclaration aborde le trouble génétique du rythme cardiaque, la tachycardie ventriculaire polymorphe catécholaminergique, pour lequel une disqualification systématique de la pratique sportive n’est plus nécessaire, à condition que les athlètes reçoivent des soins spécialisés et une évaluation des risques appropriée.

Les chercheurs soulignent la nécessité de poursuivre les recherches pour mieux comprendre l’évolution des athlètes atteints de maladies cardiovasculaires qui continuent à pratiquer un sport de compétition, et pour identifier les facteurs qui pourraient améliorer ou nuire à leur santé globale. L’étude ORCCA (Outcomes Registry for Cardiac Conditions in Athletes), lancée en 2020, vise à suivre les résultats cliniques de ces athlètes. Ils insistent également sur la nécessité d’étudier les disparités sociales en matière de santé, notamment le risque plus élevé de mort subite d’origine cardiaque chez les jeunes athlètes noirs, dont les causes restent à élucider.

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