Publié le 15 novembre 2023. Après une période de flexibilité accrue, les entreprises semblent reprendre le contrôle des modalités de travail, exigeant un retour plus fréquent au bureau, malgré l’attachement des employés à l’hybride.
- De nombreuses grandes entreprises, comme Amazon, TikTok, Microsoft et Salesforce, imposent désormais un nombre minimum de jours de présence au bureau.
- Les recruteurs constatent une diminution des offres d’emploi hybrides ou à distance, les entreprises privilégiant un retour aux méthodes traditionnelles.
- Si la flexibilité reste un critère important pour les employés, les entreprises mettent en avant la nécessité de renforcer la cohésion d’équipe et la productivité.
Le vent semble tourner concernant le travail hybride. Considéré comme un atout majeur pour attirer et retenir les talents il y a encore quelques années, il est désormais remis en question par un nombre croissant d’entreprises. La tendance au retour au bureau s’affirme, portée par des arguments liés à la productivité, à la culture d’entreprise et à la rétention des employés.
Au début de l’année, Amazon a été l’une des premières entreprises à exiger le retour de tous ses employés au bureau cinq jours par semaine. TikTok a suivi avec des mesures similaires. Microsoft impose désormais un minimum de trois jours de présence hebdomadaire, tandis que Salesforce a fixé la barre à quatre jours. AIB, une banque irlandaise, modifie également son modèle de travail hybride, exigeant au moins trois jours par semaine au bureau, contre deux auparavant. La Bank of Ireland, quant à elle, demandera à son personnel éligible à l’hybride d’être présent au moins deux jours par semaine à partir de septembre, tout en développant de nouveaux pôles hybrides à travers le pays.
Cette inflexion a relancé le débat sur les avantages et les inconvénients du travail hybride. L’homme d’affaires Denis O’Brien a ainsi qualifié le travail hybride d’« erreur » ayant entraîné un « déclin marqué » de l’efficacité au sein de l’administration publique. Il a souligné que cette pratique constituait un obstacle à l’apprentissage, à la résolution de problèmes et à l’amélioration des résultats.
« Les entreprises devront essayer de réduire leur base de coûts et une façon d’y parvenir est de demander à leurs employés d’en faire plus. »
Mike Morrissey, directeur du cabinet de recrutement CareerWise
Pourtant, les études semblent contredire ces affirmations. Le professeur Kevin Murphy, spécialiste du travail et de l’emploi à l’Université de Limerick, affirme que toutes les données disponibles « suggèrent que les gens sont plus productifs en travaillant à domicile. Ils font au moins autant de choses, généralement plus, en moins de temps ». Il estime que les entreprises doivent justifier de manière convaincante les bénéfices à long terme d’un retour au bureau.
Les recruteurs confirment cette tendance. Mike Morrissey, de CareerWise, observe un déclin des opportunités de travail hybride ou à distance. Il note également que les employés en période d’essai sont plus souvent présents au bureau qu’il y a un an. Trayc Keevans, de Morgan McKinley Irlande, confirme une « forte baisse des premières opportunités à distance, probablement inférieure à 15 % » de tous les postes proposés par son agence.
Selon Keevans, les entreprises considèrent désormais la présence au bureau comme un « outil de rétention », essentiel pour renforcer l’engagement et la fidélité des employés. Elle souligne que la construction d’une culture d’entreprise forte est plus difficile à distance.
Malgré cette tendance générale, les petites et moyennes entreprises continuent d’utiliser le travail hybride comme un argument pour attirer les talents des grandes entreprises. Cependant, Morrissey constate que peu d’entreprises mettent en avant l’hybride comme un facteur de différenciation, la pression étant forte pour un retour au bureau.
La flexibilité reste un critère important pour les candidats, mais elle est de plus en plus compromise. Keevans explique que les employés sont souvent prêts à sacrifier une partie de leur salaire pour conserver un certain niveau de flexibilité dans leur travail. Elle souligne également l’importance pour les employeurs d’investir dans des bureaux adaptés aux nouvelles façons de travailler, avec suffisamment de salles de réunion et d’espaces de collaboration.
En fin de compte, Murphy estime que les organisations qui souhaitent imposer un retour au bureau doivent présenter un argumentaire solide, expliquant clairement les avantages pour les employés. Il met en garde contre les décisions prises sans justification valable, qui risquent de décourager les meilleurs talents.
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