Publié le 15 novembre 2025 à 16h18. La politique migratoire américaine, marquée par des contrôles renforcés, pèse sur la consommation des communautés hispaniques, entraînant une baisse des ventes dans les commerces de proximité et un essor du commerce en ligne.
- La crainte des contrôles migratoires incite les consommateurs hispaniques à réduire leurs visites en magasin, impactant les petites entreprises.
- Les grandes surfaces, comme Walmart, et le commerce électronique profitent de cette tendance, enregistrant une augmentation de leurs ventes.
- L’incertitude liée à la politique migratoire modifie les habitudes de consommation de la communauté hispanique, qui représente 19 % de la population américaine.
À Ironbound, quartier de Newark (New Jersey) à forte population latino-américaine, Rosa Ludena constate une baisse significative de sa clientèle dans son magasin d’électronique. Les étuis de téléphone portable, autrefois très demandés, s’accumulent désormais sur les étagères. Cette situation, selon elle, est directement liée aux opérations de contrôle d’immigration menées par l’administration Trump.
« Il y a beaucoup d’Hispaniques dans ce quartier et ils ont peur de sortir à cause des raids », explique Rosa Ludena, citoyenne américaine d’origine équatorienne. « Si les ventes continuent de baisser, comment pourrai-je payer le loyer ? »
Ces opérations de contrôle ne se limitent pas à Newark. Des raids ont eu lieu dans des magasins Home Depot, des parkings Walmart, des exploitations agricoles et même dans une usine Hyundai Motor. Le gouvernement américain affirme que son objectif est de lutter contre la criminalité, tout en reconnaissant que des personnes sans casier judiciaire ont été interpellées.
L’impact de cette situation se fait sentir dans les caisses de milliers de petites entreprises. Mark Mathews, économiste en chef à la National Retail Federation, souligne que l’évolution vers les achats en ligne dans certaines communautés n’est pas surprenante, compte tenu des inquiétudes liées aux politiques d’immigration.
Au Texas, Oliver de la Garza, du projet Azteca, a constaté une diminution du nombre de vendeurs au marché aux puces d’Alamo, passant de 500 à environ 250 après un raid de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) en juin. « Ce ne sont pas de grandes entreprises avec des sites web », précise-t-il.
L’impact se répercute également sur les entreprises multinationales. Dolf van den Brink, PDG de Heineken, a reconnu que les ventes aux États-Unis ont diminué, en particulier auprès des consommateurs hispaniques. Des marques comme Constellation et Coca-Cola ont également observé une baisse de leur chiffre d’affaires, sans toutefois évoquer directement la politique d’immigration.
Une étude menée par le cabinet de conseil Kantar confirme que les acheteurs hispaniques ont réduit de 14,7 % leurs visites dans les magasins physiques, contre une baisse de 4,5 % pour les autres groupes de consommateurs. Dans les magasins discount, la diminution atteint près de 6 %, tandis que d’autres segments ont enregistré une augmentation de 3 % de leur fréquentation.
Julie Craig, vice-présidente de l’analyse des consommateurs chez Kantar, observe que le sentiment d’insécurité s’est accru parmi les Hispaniques, y compris ceux qui résident légalement aux États-Unis. « Les gens ont peur d’être harcelés, surveillés ou pointés du doigt », explique-t-elle.
L’étude de Kantar révèle que la communauté hispanique, qui représente 19 % de la population américaine, ajuste ses habitudes de consommation face à cette incertitude.
Bien que Donald Trump ait obtenu un soutien inhabituel auprès des électeurs hispaniques en 2024, sa cote de popularité est tombée à 32 % en octobre et le soutien à sa politique d’immigration a diminué, passant de 50 % en février à 42 %.
L’industrie de la mode sportive n’est pas épargnée. Régis Schultz, président de JD Sports, a signalé une baisse de la fréquentation de Shoe Palace, sa chaîne destinée au public hispanique, entre février et avril. Les ventes ont diminué de 5,5 % sur un an, tandis que le commerce en ligne a continué de prospérer. « L’impact de la politique d’immigration sur Shoe Palace est évident », a-t-il admis.
Valerie Bandras, copropriétaire d’Urban Eyes Vision Center à Newark, a également constaté une baisse de la fréquentation de son magasin après un raid dans les environs. « Les gens ont peur de sortir », témoigne-t-elle.
Alors que les commerces locaux souffrent, les grandes surfaces bénéficiant d’une forte présence numérique en profitent. Walmart a ainsi annoncé une augmentation de 26 % de ses ventes en ligne entre mai et juillet, sa meilleure performance depuis la pandémie de Covid-19. Un porte-parole de l’entreprise a précisé que les clients de tous les groupes démographiques optent de plus en plus pour le retrait en magasin et la livraison à domicile. Selon une étude de Gordon-Haskett, Walmart est la principale destination des consommateurs qui abandonnent les chaînes de taille moyenne, très populaires auprès des Latinos.
La tendance est claire : les Hispaniques se tournent vers le commerce électronique. 60 % des personnes interrogées par Kantar déclarent avoir effectué des achats en ligne entre juillet et septembre, un chiffre record. « Le commerce électronique était déjà en plein essor depuis la pandémie », rappelle David Swartz, analyste de Morningstar. « Mais maintenant, il s’est imposé comme le canal le plus sûr pour ceux qui ont peur de sortir. »
Les conséquences de cette situation se font également sentir dans le secteur des investissements. Le fonds de capital-investissement Apollo Global Management cherche à vendre Heritage Grocers Group, une chaîne de supermarchés hispaniques, en raison de la baisse de la consommation dans les zones à forte présence de migrants, selon l’agence Reuters.
*Avec des informations de Forbes.
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