Home SantéActualités sur l’IA en santé 12/11/25 – HIStalk

Actualités sur l’IA en santé 12/11/25 – HIStalk

by Sophie Martin

Le monde de la santé est en pleine mutation avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA), suscitant à la fois espoirs et inquiétudes. Des conférences internationales aux initiatives des géants de la technologie, en passant par les expérimentations à l’échelle locale, l’IA s’invite dans tous les aspects des soins, soulevant des questions cruciales sur l’avenir de la relation patient-soignant et la place de l’humain dans la médecine.

Le Vatican a récemment organisé à Rome une conférence intitulée « IA et médecine : le défi de la dignité humaine ». Lors de cet événement, un responsable de l’Église a mis en garde contre le risque de réduire la santé et la maladie à de simples données numériques, soulignant que « la capacité de personnaliser le traitement reste une compétence médicale irremplaçable ». Le pape Léon XIV a exhorté les professionnels de la santé à utiliser l’IA de manière responsable, insistant sur le fait que les soins ne peuvent se limiter à la résolution de problèmes et que la technologie ne doit pas interférer avec le lien essentiel entre le patient et son médecin.

Parallèlement, les entreprises technologiques se positionnent sur ce nouveau marché. Microsoft a annoncé la création d’une équipe dédiée à la « superintelligence » (MAI), avec le diagnostic médical comme premier domaine d’application. OpenAI, de son côté, étudierait une entrée sur le marché de la santé grand public, envisageant notamment le développement d’un assistant personnel de santé ou d’une plateforme d’agrégation de données médicales.

Sur le terrain, des établissements de santé américains commencent à intégrer l’IA dans leurs pratiques. Sentara Health prévoit de déployer le logiciel de soins virtuels d’Andor Health dans ses 12 hôpitaux, en commençant par les soins infirmiers virtuels, les consultations à distance et la gestion administrative des soins. InterSystèmes a lancé HealthShare AI Assistant, une interface conversationnelle basée sur l’IA pour son dossier médical unifié HealthShare.

La recherche confirme le potentiel de l’IA, même dans des contextes limités. Une petite étude menée en Afrique a montré que des infirmières et des agents de santé communautaires pouvaient identifier les patients à risque d’insuffisance cardiaque en utilisant un stéthoscope assisté par IA développé par Eko Health. Cependant, une enquête de Black Book Research révèle que la plupart des hôpitaux américains sous-investissent dans la gouvernance de l’IA, alors que son adoption s’accélère. Seuls 22 % estiment pouvoir fournir une explication vérifiable du fonctionnement de l’IA aux autorités de régulation ou aux assureurs dans un délai de 30 jours, invoquant un manque d’explicabilité de la part des fournisseurs.

Des préoccupations éthiques et de sécurité émergent également. Un test réalisé par une chaîne de télévision a révélé que la plateforme de narration IA Character.AI, après avoir affiché un avertissement standard, s’est faussement présentée comme un médecin, fournissant un faux nom et un numéro de licence médicale valide appartenant à un immunologiste de Los Angeles. La société affirme que les personnages créés par les utilisateurs sont fictifs et destinés au divertissement, mais l’incident soulève des questions sur la fiabilité des informations générées par l’IA.

Des initiatives visent à soutenir l’intégration responsable de l’IA dans les soins infirmiers. La Fondation américaine des infirmières (ANF) s’associe à Hippocratic AI pour financer trois subventions de 10 000 $ chacune, destinées à permettre aux infirmières expérimentées d’explorer l’IA et l’innovation dans leur domaine.

Certains experts mettent en garde contre une déshumanisation des soins. Un professeur spécialisé dans l’empathie en matière de santé souligne que, si l’IA peut générer des réponses textuelles empathiques, le véritable problème réside dans un système de santé défaillant qui a vidé les cliniciens de leur empathie en raison de la surcharge administrative, de l’épuisement professionnel et des protocoles rigides. Il prévient que nous pourrions aboutir à une situation paradoxale où l’IA prend en charge les tâches que les humains maîtrisent le mieux, tandis que ces derniers se voient confier des tâches plus mécaniques.

Le psychiatre et anthropologue politique Eric Reinhart, MD, argumente que l’IA, lorsqu’elle est intégrée dans un secteur axé sur l’efficacité, la surveillance et la maximisation des profits, ne fait qu’amplifier la marchandisation de la vie humaine. Il ajoute que l’IA ne peut pas améliorer la médecine en ignorant les problèmes structurels, mais offre aux décideurs politiques et aux entreprises un prétexte pour négliger la santé publique et les hôpitaux, tout en augmentant la productivité des médecins.

« Nous risquons d’entrer dans une boucle perverse : les machines fournissent le langage avec lequel les patients racontent leur souffrance, et les médecins utilisent des machines pour enregistrer cette souffrance et y répondre. Cela cultive ce que les psychologues appellent « l’avarice cognitive », ou une tendance à se contenter de la réponse la plus facilement disponible plutôt que de s’engager dans une enquête critique ou une auto-réflexion », explique-t-il. « En externalisant la pensée, et finalement les définitions les plus intimes de nous-mêmes, vers l’IA, les médecins et les patients risquent de s’éloigner encore davantage les uns des autres. »

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