Publié le 16 novembre 2025 à 15h45. Une nouvelle étude scientifique relance le débat sur un lien potentiel entre la possession de chats et un risque accru de schizophrénie ou d’autres troubles psychotiques, en pointant du doigt un parasite commun aux félins.
- Une méta-analyse de 17 études révèle que les personnes ayant vécu avec des chats, en particulier durant l’enfance, pourraient présenter un risque deux fois plus élevé de développer une schizophrénie.
- Le parasite Toxoplasma gondii, transmis par les chats, est suspecté de modifier le système nerveux et d’influencer des neurotransmetteurs clés impliqués dans les troubles psychotiques.
- Les chercheurs soulignent la nécessité de poursuivre les investigations, tout en rassurant sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une alarme sanitaire généralisée.
Depuis des décennies, les chats sont appréciés pour leur mystère, leur élégance et leur compagnie discrète. Mais une nouvelle étude scientifique vient troubler cette image rassurante : vivre avec un chat pourrait-il augmenter le risque de développer une schizophrénie ou d’autres troubles psychotiques ? Une revue systématique et une méta-analyse récentes, publiées dans le Bulletin sur la schizophrénie, suggèrent une corrélation, bien qu’il soit important de nuancer cette découverte.
L’étude, menée par le psychiatre John McGrath et son équipe du Queensland Centre for Mental Health Research en Australie, est ambitieuse : elle analyse les données de 17 études provenant de 11 pays, réalisées sur plus de quatre décennies, afin de déterminer s’il existe une tendance claire entre l’exposition aux chats et l’apparition de troubles mentaux graves. Le résultat est à la fois révélateur et controversé : les personnes ayant vécu avec des chats, notamment durant leur enfance, semblent présenter un risque accru, deux fois plus élevé, de développer une schizophrénie ou d’autres troubles similaires.
D’où vient cette hypothèse inquiétante ?
L’idée n’est pas nouvelle. Dès 1995, la possibilité d’un lien entre la vie avec des félins et le développement de troubles psychotiques avait déjà été évoquée. Le principal suspect n’est pas le chat lui-même, mais un parasite microscopique qui peut vivre dans son organisme : le Toxoplasma gondii, un protozoaire capable d’atteindre le cerveau humain et d’altérer le système nerveux.
Ce parasite, qui ne peut se reproduire que dans les chats, se transmet par contact avec des excréments contaminés ou, plus rarement, par morsure. Il peut également pénétrer dans le corps humain par la consommation de viande crue ou d’eau contaminée. Une fois à l’intérieur, T. gondii peut s’installer dans le système nerveux central et y rester de manière latente, influençant ainsi des neurotransmetteurs clés, tels que la dopamine, qui joue un rôle fondamental dans le développement de la schizophrénie.
Aux États-Unis, on estime qu’environ 40 millions de personnes pourraient être infectées par ce parasite, la plupart sans présenter de symptômes. Cependant, plusieurs études ont montré une prévalence significativement plus élevée d’anticorps contre T. gondii chez les personnes diagnostiquées schizophrènes, ce qui alimente la suspicion d’une relation causale.

Ce que la nouvelle étude a réellement découvert
L’examen mené par McGrath ne s’est pas limité au T. gondii, mais a pris en compte l’exposition générale aux chats, que ce soit en les gardant comme animaux de compagnie, en étant mordu ou simplement en étant en contact fréquent avec eux. En analysant les données de recherche disponibles, l’équipe a constaté que les personnes exposées aux chats étaient significativement plus susceptibles de développer des troubles liés à la schizophrénie. Dans les analyses les plus ajustées, le risque variait de 1,56 à 2,44 fois plus élevé, selon les critères d’inclusion.
Certaines études spécifiques ont révélé des chiffres encore plus élevés. Par exemple, en Arabie saoudite, il a été constaté que plus de 50 % des patients atteints de schizophrénie avaient eu des chats à leur domicile avant l’âge de 13 ans, contre moins de 25 % des personnes sans maladie mentale. Ces données renforcent l’idée que l’enfance pourrait être une période particulièrement vulnérable à certains facteurs environnementaux.
Tout n’est pas clair (et c’est important)
Il est toutefois important de souligner que la corrélation n’implique pas nécessairement une relation de cause à effet. L’étude elle-même reconnaît que la qualité des travaux analysés varie considérablement et que bon nombre d’entre eux sont des études cas-témoins, qui peuvent être affectées par de multiples facteurs de confusion. Par exemple, les familles ayant une prédisposition génétique à la schizophrénie seraient-elles également plus susceptibles d’adopter des chats pour des raisons sociales, économiques ou culturelles ?
De plus, le manque d’homogénéité des méthodes utilisées pour mesurer l’exposition aux chats ou les symptômes psychotiques rend difficile toute conclusion définitive. Certaines études n’ont trouvé aucune relation significative. D’autres ont même suggéré que le moment de l’exposition pourrait être déterminant : posséder des chats entre 9 et 12 ans semblait augmenter le risque, mais pas avant ou après.
Il ne faut pas non plus exclure le rôle d’autres agents pathogènes présents chez les chats, tels que Pasteurella multocida ou Bartonella henselae, qui pourraient avoir des effets neurologiques ou comportementaux chez l’homme. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’un seul coupable, mais plutôt d’un réseau complexe de facteurs biologiques, environnementaux et sociaux.

Les propriétaires de chats doivent-ils s’inquiéter ?
La réponse courte est : non, du moins pour l’instant. Bien que les résultats soient intrigants et méritent une enquête plus approfondie, les experts s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas d’une alarme sanitaire. La grande majorité des personnes vivant avec des chats ne développeront jamais de schizophrénie ni aucun trouble connexe.
Ce que les chercheurs recommandent, c’est de prendre des précautions raisonnables, en particulier dans les foyers où vivent de jeunes enfants, des femmes enceintes ou des personnes immunodéprimées. Certaines mesures de base incluent le nettoyage quotidien du bac à litière (les kystes de T. gondii mettent au moins 24 heures pour devenir contagieux), le port de gants lors de la manipulation des excréments ou de la terre du jardin, le lavage des mains après avoir joué avec les chats ou après avoir nettoyé leur bac, l’évitement de nourrir les chats avec de la viande crue et la réalisation de contrôles vétérinaires réguliers.
De plus, garder les chats à l’intérieur peut réduire considérablement leur exposition à des proies infectées, ce qui diminue le risque qu’ils contractent et transmettent T. gondii.
Bien que les résultats soient intrigants et méritent une enquête plus approfondie, les experts s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas d’une alarme sanitaire. La grande majorité des personnes vivant avec des chats ne développeront jamais de schizophrénie ou de trouble connexe.
Un terrain fertile pour de nouvelles recherches
La chose la plus importante que laisse derrière elle cette étude n’est pas une conclusion définitive, mais plutôt une nouvelle série de questions pour la science. Quels autres facteurs peuvent interagir avec l’exposition aux chats pour augmenter le risque de schizophrénie ? Quels mécanismes biologiques précis sont impliqués ? Y a-t-il des périodes critiques dans l’enfance où le cerveau est le plus vulnérable à ces agents ? D’autres animaux pourraient-ils avoir des effets similaires ?
La réponse, comme c’est souvent le cas en science, n’est pas simple. Mais chaque nouvelle découverte ouvre la porte à une meilleure compréhension des liens complexes entre nos habitudes, l’environnement et la santé mentale. Et dans ce cas, le lien passe par un animal aussi quotidien que fascinant : le chat domestique.