Publié le 2025-11-18 01:28:00. Des chercheurs ont réussi à séquencer de l’ARN vieux de 40 000 ans, extrait d’un mammouth juvénile parfaitement conservé dans le pergélisol sibérien, ouvrant une fenêtre inédite sur les derniers instants de vie de cette espèce disparue.
Cette avancée scientifique majeure permet d’étudier l’activité génétique du mammouth Yuka, découvert en 2010 dans le nord-est de la Sibérie, et de mieux comprendre les mécanismes biologiques qui régissaient sa vie avant sa mort.
L’équipe de chercheurs a analysé des échantillons de tissus provenant des pieds de Yuka, remarquablement bien préservés grâce au pergélisol (sol gelé en permanence). Ils ont ainsi obtenu le plus ancien ARN jamais séquencé à ce jour. L’ARN, ou acide ribonucléique, est une molécule essentielle à la vie : si l’ADN contient le code génétique, l’ARN est son interprète, permettant aux cellules de fabriquer des protéines.
« Toutes les cellules d’un organisme ont le même ADN, qu’il s’agisse de cellules cérébrales, de cellules hépatiques ou de cellules musculaires. Ce qui différencie ces cellules les unes des autres, c’est essentiellement l’ARN »,
Love Dalén, professeur de génomique évolutive au Centre de paléogénétique
Jusqu’à présent, l’ADN ancien avait déjà permis de reconstituer des pans entiers du passé, avec des séquences datant de plus d’un million d’années. L’ARN, en revanche, était considéré comme une molécule fragile, se dégradant rapidement après la mort. Cette découverte remet en question cette idée et ouvre de nouvelles perspectives pour l’étude des organismes disparus.
L’analyse de l’ARN de Yuka a révélé des informations précieuses sur l’état de ses muscles juste avant sa mort. Les chercheurs ont détecté des molécules d’ARN messager (qui codent pour des protéines) et de microARN (qui régulent l’activité des gènes). La combinaison de ces données suggère une activité musculaire importante, avec une prédominance de fibres à contraction lente, ce qui pourrait indiquer que l’animal était en mouvement ou en train de lutter au moment de son décès.
Plus précisément, les chercheurs ont identifié des protéines actives telles que la titine (liée à l’élasticité musculaire) et la nébuline (impliquée dans la contraction des muscles squelettiques).
« La combinaison des deux [ARN messager et microARN] révèle la biologie qui s’est produite dans ces cellules de mammouth juste avant leur mort. »
Emilio Mármol Sánchez, auteur principal de l’étude du Globe Institute de l’Université de Copenhague
Cette étude, publiée dans le journal Cell, représente une avancée significative dans le domaine de la paléogénétique et pourrait permettre de mieux comprendre l’évolution des mammouths et leur adaptation à l’environnement glacial.
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