Des nausées sévères pendant la grossesse pourraient être un indicateur précoce de risque de dépression, avant et après l’accouchement, selon une vaste étude finlandaise. Les femmes souffrant d’hyperémèse gravidique, caractérisée par des vomissements et des nausées intenses, présentent un risque accru de troubles de l’humeur, soulignant l’importance d’un suivi psychologique renforcé dès le début de la grossesse.
L’étude, menée par des chercheurs de l’Université de Turku et publiée dans la revue La Psychiatrie du Lancet en novembre 2025, a analysé les données de plus de 437 000 femmes ayant accouché entre 2004 et 2017. Les résultats révèlent que les femmes ayant souffert de nausées sévères avaient plus de 5 fois plus de chances d’avoir déjà présenté une dépression avant leur grossesse, comparativement à un groupe témoin.
Après l’accouchement, le risque de développer une dépression était environ 3,5 fois plus élevé chez les femmes ayant connu une hyperémèse gravidique. Le diagnostic de dépression post-partum était également posé plus rapidement dans ce groupe, ce qui suggère un lien potentiellement biologique entre les deux conditions.
« Les nausées sévères ne sont pas seulement un trouble physique épuisant, elles sont aussi un facteur de risque important pour la santé mentale », souligne Eeva Terävä-Utti, co-auteure de l’étude. L’hyperémèse gravidique se manifeste par des nausées et des vomissements intenses, entraînant une perte de poids, une déshydratation et une altération significative de la qualité de vie. Elle nécessite parfois une hospitalisation.
La dépression post-partum, qui touche jusqu’à 20 % des mères dans les semaines suivant l’accouchement, se caractérise par une tristesse persistante, une perte d’intérêt et des difficultés à créer un lien avec le bébé. Elle peut également s’accompagner de troubles physiques tels que des troubles du sommeil, des changements d’appétit et une fatigue intense. Le suicide est aujourd’hui la deuxième cause de mortalité post-partum, selon l’Assurance maladie.
Les facteurs de risque de dépression post-partum sont multiples, incluant des antécédents psychiatriques personnels ou familiaux, l’anxiété pendant la grossesse, l’isolement social et des complications obstétricales. L’étude finlandaise souligne la nécessité d’un dépistage psychiatrique systématique pendant et après la grossesse, ainsi qu’une meilleure coordination entre les gynécologues, les psychiatres et les médecins généralistes.
Les consultations post-natales, les entretiens post-nataux précoces et les visites de sages-femmes constituent des opportunités importantes pour identifier les femmes à risque et leur proposer une prise en charge adaptée, qui peut inclure une psychothérapie, un soutien familial et, si nécessaire, une orientation vers un psychiatre ou une unité mère-bébé spécialisée.