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Pourquoi décembre est critique pour les actions d’IA

by Amélie Bernard

L’attente d’une éventuelle baisse des taux d’intérêt aux États-Unis pèse sur le secteur de l’intelligence artificielle, fragilisant des valorisations déjà tendues et accentuant la volatilité des marchés. La décision de la Réserve fédérale (Fed) en décembre pourrait bien déterminer la trajectoire de ces entreprises technologiques, dont la croissance repose de plus en plus sur un environnement monétaire favorable.

La semaine écoulée a été marquée par un retournement de situation pour les valeurs de l’IA, malgré des résultats trimestriels solides de Nvidia, un géant du secteur. L’action Nvidia a chuté de 2,9 % sur la semaine, tandis que le Nasdaq Composite, après un bond initial de plus de 700 points suite à la publication des résultats de Nvidia, a terminé la séance en baisse. Ces fluctuations témoignent de la sensibilité du marché aux signaux envoyés par la Fed.

Les investisseurs scrutent attentivement les déclarations de la banque centrale américaine. Selon l’outil CME FedWatch, la probabilité d’une baisse des taux d’un quart de point lors de la réunion du 10 décembre est actuellement estimée à 70,9 %, en forte hausse par rapport aux 39,1 % enregistrés la veille des récentes déclarations conciliantes de John Williams, président de la Fed de New York. Cette volatilité des anticipations illustre la difficulté pour la Fed de concilier le soutien à un marché du travail en ralentissement et la maîtrise de l’inflation.

Le président de la Fed, Jerome Powell, a récemment souligné que la décision de décembre n’était « pas acquise », ajoutant une couche d’incertitude aux calculs des investisseurs. La banque centrale a déjà abaissé ses taux directeurs à deux reprises au cours des deux derniers mois, mais les responsables restent divisés quant au rythme approprié pour de nouvelles baisses.

L’environnement économique actuel complique davantage la tâche de la Fed. Si les créations d’emplois ont ralenti ces derniers mois, l’inflation a, paradoxalement, accéléré, atteignant son niveau le plus élevé depuis janvier. Cette tension entre les objectifs de plein emploi et de stabilité des prix maintient les marchés dans l’expectative, la moindre inflexion dans le discours de la Fed pouvant provoquer des mouvements importants.

Les analystes d’UBS ont souligné que la situation actuelle diffère des précédentes périodes de bulle, où des hausses de taux précédaient généralement des corrections boursières importantes. À ce stade, la Fed évolue dans un contexte de politique monétaire assouplie, ce qui pourrait prolonger la période de valorisations élevées.

La concentration de la valeur boursière dans les entreprises liées à l’IA amplifie ces fluctuations. Les sept plus grandes entreprises technologiques, surnommées les “Magnificent Seven”, représentent désormais 35 % de la capitalisation boursière totale du S&P 500. Les changements de sentiment à l’égard de ces géants peuvent donc avoir un impact significatif sur l’ensemble des indices boursiers.

Selon Jeff deGraaf de Renaissance Macro Research, les valorisations actuelles des actions de l’IA nécessitent un afflux continu de liquidités pour se maintenir. Toute hésitation de la Fed à poursuivre son assouplissement monétaire peut donc entraîner une réaction négative du marché. La récente volatilité des actions de l’IA, qui se sont redressées après les commentaires de John Williams avant de replonger, illustre cette dépendance à la politique monétaire.

Les taux d’intérêt ont un impact particulièrement fort sur les entreprises d’intelligence artificielle, dont les modèles économiques reposent souvent sur des flux de trésorerie futurs. Une hausse des taux d’intérêt diminue la valeur actuelle de ces flux, rendant les actions à forte croissance moins attractives. Inversement, une baisse des taux augmente leur valeur, soutenant les valorisations élevées, même en l’absence de bénéfices immédiats.

En outre, des taux d’intérêt plus bas facilitent le financement des investissements massifs nécessaires au développement de l’infrastructure de l’IA, notamment la construction de centres de données et la recherche et développement. Bien que Jerome Powell ait exprimé des doutes quant à l’importance des taux d’intérêt dans le développement des centres de données, les acteurs du marché semblent ne pas partager cet avis.

Enfin, une politique monétaire accommodante tend à encourager la prise de risque, orientant les capitaux vers des investissements spéculatifs. Si l’économie ralentit et que la Fed est contrainte d’adopter une politique plus agressive, le marché pourrait connaître une envolée spéculative, les investisseurs privilégiant la liquidité aux fondamentaux, avertit Jeff deGraaf.

L’histoire montre que les bulles technologiques éclatent rarement lorsque les banques centrales assouplissent leur politique monétaire. La bulle internet a éclaté après que la Fed a augmenté ses taux de 1,75 point de pourcentage entre juin 1999 et mai 2000. À l’heure actuelle, la Fed étant en mode assouplissement, les conditions d’un éclatement de la bulle de l’IA ne sont peut-être pas encore réunies, même si les valorisations actuelles laissent peu de marge d’erreur.

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