Valence, le 22 novembre 2025. Des chercheurs ont identifié pour la première fois le récepteur utilisé par un coronavirus porcin pour infecter les cellules, une découverte qui pourrait ouvrir la voie à de nouveaux antiviraux et mieux comprendre l’évolution de cette famille de virus, dont celui responsable de la COVID-19.
- Une équipe internationale a identifié la protéine DPEP1 comme récepteur du coronavirus porcin PHEV.
- Cette découverte révèle une capacité d’adaptation importante du virus et pourrait avoir des implications pour la transmission à l’homme.
- Les chercheurs envisagent de développer des inhibiteurs de l’entrée virale basés sur cette interaction.
Une équipe internationale de scientifiques, dirigée par l’Institut de biologie intégrative des systèmes (I²SysBio), un centre commun de l’Université de Valence (UV) et du Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC), en collaboration avec l’Institut Pasteur de Paris, a réalisé une avancée majeure dans la compréhension des mécanismes d’infection des coronavirus. Ils ont réussi à identifier pour la première fois un récepteur fonctionnel pour le virus de l’encéphalomyélite hémagglutinante porcine, également connu sous le nom de coronavirus porcin PHEV. Les résultats de cette étude, publiés dans la revue Microbiology and Natural Products, représentent une étape cruciale dans la lutte contre les coronavirus et la prévention de futures pandémies.
Le coronavirus porcin PHEV appartient au groupe des embécovirus, un sous-ensemble de la vaste famille des coronavirus qui comprend également des virus affectant les humains et les bovins, ainsi que le SARS-CoV-2, responsable de la COVID-19. Il est particulièrement proche de deux virus humains courants, responsables du rhume : OC43 et HKU1. Jusqu’à présent, on supposait que ces virus utilisaient des sucres, comme l’acide sialique, pour pénétrer dans les cellules. L’étude révèle que le PHEV adopte une stratégie différente, exploitant la protéine DPEP1 présente à la surface des cellules comme point d’ancrage pour faciliter son entrée.
Une interaction moléculaire révélatrice
Grâce à des techniques de pointe telles que la microscopie électronique et la cristallographie aux rayons X, les chercheurs ont pu observer en détail comment la protéine Spike du virus – la même structure utilisée par le SARS-CoV-2 pour s’attacher aux cellules – s’associe directement à la protéine DPEP1. Cette analyse a permis de visualiser l’ajustement moléculaire avec une précision sans précédent, mettant en évidence une grande variabilité dans la région de liaison du virus, ce qui suggère une forte capacité d’évolution.
Des perspectives pour de nouveaux traitements
« La zone de la protéine Spike qui permet au coronavirus porcin PHEV de se lier au récepteur DPEP1 est très variable et n’apparaît pas dans les Spikes d’autres coronavirus similaires, comme le coronavirus humain OC43 », explique Jérémy Dufloo, chercheur à I²SysBio et auteur principal de l’article. « Cela suggère que l’utilisation du DPEP1 comme récepteur est spécifique au coronavirus porcin PHEV, et que d’autres virus de la même famille utilisent probablement des récepteurs différents qui restent à identifier. »
L’étude démontre également que cette interaction peut être bloquée en utilisant la protéine DPEP1 sous forme soluble, ouvrant ainsi la voie au développement d’inhibiteurs de l’entrée virale comme stratégie antivirale potentielle. De plus, les expériences ont confirmé que la version humaine de DPEP1 permet également au coronavirus PHEV d’entrer dans les cellules, une découverte qui soulève des questions quant à la possibilité d’une transmission du virus porcin à l’homme.
Comprendre l’évolution des coronavirus pour anticiper les menaces
Cette recherche ne se contente pas d’identifier un nouveau récepteur viral, elle fournit également des informations essentielles sur l’évolution des coronavirus et leurs mécanismes d’entrée, des connaissances cruciales pour anticiper les futures menaces sanitaires. Selon Rafael Sanjuán, chercheur principal d’I²SysBio et professeur au Département de génétique de l’Université de Valence, « cela nous permettra d’étudier plus en détail le rôle de DPEP1 dans l’infection in vivo par le PHEV et fournira une base pour développer des médicaments ou des anticorps capables de bloquer l’interaction entre le virus et ce récepteur ».
Sanjuán souligne que cette avancée ouvre un nouveau champ de recherche : « identifier les récepteurs utilisés par d’autres coronavirus liés au PHEV, qui restent encore inconnus ».