Publié le 24 novembre 2025 à 11h21. Une étude italienne révèle qu’une approche combinant activité physique et stimulation cognitive peut freiner le déclin cognitif lié à l’âge et même moduler l’inflammation du système immunitaire, offrant ainsi de nouvelles perspectives pour prévenir la maladie d’Alzheimer.
- Un programme multidimensionnel appelé « Train the Brain » améliore les fonctions cognitives chez les personnes souffrant de troubles cognitifs légers (TCL).
- Cette intervention réduit les marqueurs inflammatoires dans le sang et favorise la neuroprotection.
- L’étude souligne l’importance d’un mode de vie actif pour la santé cérébrale, et rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour agir.
Des chercheurs de l’Institut Clinique Irccs Humanitas de Rozzano (Milan) et de l’Institut de Neurosciences du Conseil National de Recherche de Pise (Cnr-In) ont mis en évidence le rôle crucial d’une approche globale pour préserver la santé du cerveau avec l’âge. Leurs travaux, publiés dans la revue Brain, Behaviour & Immunity – Health, démontrent qu’une combinaison d’exercice physique, de stimulation mentale et d’interactions sociales peut avoir un impact significatif sur le déclin cognitif.
L’inflammation chronique est désormais reconnue comme l’un des principaux processus biologiques associés au vieillissement et au développement de maladies neurodégénératives, telles que la maladie d’Alzheimer. Les personnes atteintes de troubles cognitifs légers (TCL) présentent une détérioration cognitive plus importante que ce qui est considéré comme normal pour leur âge et sont particulièrement vulnérables au développement de la maladie d’Alzheimer. Elles constituent donc une population cible idéale pour les stratégies de prévention.
C’est dans ce contexte que les scientifiques du Cnr-In ont développé le programme « Train the Brain », mis en œuvre au Mind Gym de la Zone de Recherche du CNR de Pise, un espace dédié à la lutte contre le vieillissement cérébral. Ce programme repose sur une approche intégrée, combinant activité physique pour améliorer la santé vasculaire et métabolique, exercices de stimulation cognitive pour maintenir et renforcer les fonctions cérébrales, et interactions sociales pour contrer l’isolement et favoriser le bien-être émotionnel.
Les premières études menées sur « Train the Brain » ont révélé des résultats encourageants. Alessandro Sale, directeur de recherche et chef de groupe au Cnr-In de Pise, explique :
« Nos premières observations montrent une amélioration des capacités cognitives, notamment de la mémoire et de l’attention, ainsi que des changements structurels cérébraux détectés par imagerie par résonance magnétique, incluant une meilleure perfusion sanguine et une préservation du volume de la matière grise dans les zones corticales impliquées dans les fonctions exécutives. »
L’amélioration semble plus marquée chez les femmes et les personnes ayant un niveau d’éducation inférieur.
Pour comprendre les mécanismes sous-jacents à ces bénéfices, l’équipe dirigée par Michela Matteoli, directrice du programme de neurosciences à Humanitas, s’est concentrée sur le système immunitaire. L’étude a porté sur 76 personnes diagnostiquées avec un TCL, réparties en deux groupes : un groupe expérimental suivant le programme multidimensionnel pendant sept mois, et un groupe témoin recevant uniquement un soutien informationnel. Les participants ont subi des évaluations cognitives, une IRM cérébrale et des analyses sanguines au début et à la fin de l’intervention.
Les résultats ont mis en évidence une réduction significative des taux plasmatiques de molécules associées à l’inflammation systémique et au déclin cognitif dans le groupe « Train the Brain », notamment l’IL-6, l’IL-17A, le TNF-α et le CCL11. En parallèle, une augmentation ou un maintien des molécules anti-inflammatoires aux effets neuroprotecteurs (IL-10, TGF-β et IL-4) a été observé. L’IL-10, en particulier, joue un rôle important dans la survie des neurones et la neurogenèse adulte, et son augmentation après l’entraînement est corrélée aux capacités de mémoire à court et à long terme, ce qui en fait un marqueur potentiel de l’efficacité des programmes de stimulation motrice et cognitive.
En conclusion, le programme « Train the Brain » agit non seulement sur le plan psychologique et motivationnel, mais également sur les processus biologiques essentiels au maintien de la santé du cerveau pendant le vieillissement.
Genni Desiato, chercheure postdoctorale à Humanitas, souligne :
« Cette étude réaffirme un concept fondamental : le cerveau est fortement influencé par le mode de vie. Le mouvement, la stimulation cognitive et les relations sociales ont un impact direct et profond sur la santé cérébrale et l’inflammation systémique, jusqu’au niveau moléculaire. »
Adopter un mode de vie actif, combinant exercice physique régulier et entraînement cognitif, peut ralentir, voire inverser les premiers signes de déclin. Et la bonne nouvelle, selon Humanitas et le Cnr, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour commencer : même de simples habitudes quotidiennes comme la marche, la lecture, les jeux de société et le maintien d’une vie sociale active peuvent faire une grande différence. Ces mesures ne sont pas de simples « bonnes pratiques », mais de véritables stratégies préventives accessibles à tous pour bien vieillir.