Publié le 24 novembre 2025 20:53:00. Malgré une décennie de campagnes de sensibilisation mondiale, la compréhension du public concernant les antibiotiques et la résistance aux antimicrobiens (RAM) reste alarmante, selon une étude récente. Une méta-analyse de 227 études menées dans 98 pays révèle des lacunes significatives dans les connaissances de la population.
- Plus d’un tiers des personnes interrogées ignorent que les antibiotiques sont inefficaces contre les virus.
- Seule une minorité de la population comprend que les bactéries résistantes aux antibiotiques peuvent se transmettre d’une personne à l’autre.
- Les chercheurs soulignent la nécessité d’une approche globale pour améliorer l’éducation du public.
Une étude publiée la semaine dernière dans Clinical Microbiology and Infection met en lumière un problème persistant : le manque de connaissances du public concernant l’utilisation appropriée des antibiotiques et les dangers de la résistance aux antimicrobiens. Les chercheurs d’Australie, du Nigeria et du Royaume-Uni ont analysé les données de 322 492 participants issues de 98 pays, révélant des disparités importantes dans la compréhension de ces enjeux de santé publique.
Si la majorité des personnes interrogées (73,2 %) reconnaissent que les antibiotiques sont efficaces contre les infections bactériennes et 72,5 % comprennent qu’une utilisation excessive peut réduire leur efficacité, les connaissances s’effondrent lorsqu’il s’agit de distinguer les infections bactériennes des infections virales. Seulement 42,1 % des participants savaient que les antibiotiques sont inutiles contre les virus, un chiffre particulièrement bas dans des pays comme le Laos (7,2 %), le Myanmar (11,7 %) et le Bangladesh (12,5 %). De même, à peine plus d’un tiers (35,1 %) étaient conscients que les antibiotiques n’accélèrent pas la guérison du rhume ou de la grippe.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que les campagnes de sensibilisation se sont multipliées ces dernières années. Une revue systématique menée en 2015, année où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé la résistance aux antimicrobiens parmi les dix principales menaces pour la santé mondiale, montrait qu’environ 46,1 % du public était déjà conscient de l’inefficacité des antibiotiques contre les virus. Les résultats actuels suggèrent donc que les efforts déployés jusqu’à présent ont eu un impact limité.
« Cette idée fausse persistante continuera à conduire à l’utilisation abusive d’antibiotiques pour les infections virales, un problème répandu dans de nombreuses régions du monde, contribuant ainsi au défi plus large de la RAM. »
Auteurs de l’étude
L’étude souligne également que, bien que 58,4 % des personnes interrogées considèrent la résistance aux antibiotiques comme une menace mondiale pour la santé, seulement 39,1 % comprennent que les bactéries résistantes peuvent se transmettre d’une personne à l’autre. Cette méconnaissance est particulièrement inquiétante, car la propagation interpersonnelle est un facteur clé dans l’augmentation de la résistance aux antimicrobiens au sein des communautés.
« Comprendre que les bactéries résistantes peuvent être transmises d’une personne à l’autre est crucial, car la propagation interpersonnelle représente un mécanisme clé par lequel la résistance aux antimicrobiens se propage au sein des communautés. »
Auteurs de l’étude
Les chercheurs concluent qu’une approche multiforme est essentielle pour améliorer les connaissances du public. Ils préconisent une combinaison d’éducation des patients par les professionnels de la santé, de campagnes de sensibilisation ciblées, de messages diffusés via les médias traditionnels et numériques, d’intégration de l’éducation dans les programmes scolaires, d’interventions communautaires, de politiques et de réglementations strictes, ainsi qu’une collaboration internationale renforcée.
