Publié le 26 novembre 2025 14:01:00. L’incidence des infections invasives à pneumocoque (IIP) a connu une recrudescence inquiétante chez les jeunes, en particulier après la pandémie de COVID-19, en raison d’une baisse de la couverture vaccinale. Des données récentes présentées lors de l’IDWeek 2025 mettent en lumière cette tendance et soulignent la nécessité de renforcer les efforts de prévention.
- Une augmentation significative de l’incidence des IIP a été observée chez les patients de 21 ans et moins après la pandémie.
- La diminution des taux de vaccination pendant et après la pandémie est un facteur clé de cette recrudescence.
- Malgré la vaccination, des titres d’anticorps faibles ont été constatés chez de nombreux patients, suggérant une protection incomplète.
La pandémie de COVID-19 a paradoxalement entraîné une méfiance accrue envers les vaccins, s’étendant au-delà du vaccin contre le SARS-CoV-2 et affectant potentiellement d’autres vaccinations essentielles. Cette hésitation vaccinale pourrait compromettre les progrès réalisés dans la lutte contre les maladies infectieuses, notamment celles causées par Streptococcus pneumoniae, la bactérie responsable des IIP.
Depuis l’introduction des vaccins conjugués antipneumococciques aux États-Unis en 2000, l’incidence des IIP a considérablement diminué. Les mesures de prévention mises en œuvre pendant la pandémie ont même permis d’atteindre les taux les plus bas depuis 30 ans. Cependant, avec l’assouplissement de ces mesures, une augmentation progressive des cas a été observée.
Une étude menée au Children’s Hospital Detroit a analysé l’évolution de l’épidémiologie des IIP avant et après la pandémie de COVID-19. Les chercheurs ont examiné les dossiers de jeunes patients admis entre janvier 2010 et février 2024, répartis en deux groupes : pré-pandémie (2016-2020) et pandémie/post-pandémie (2020-2024). L’analyse a porté sur des facteurs tels que le traitement, la microbiologie, les manifestations cliniques et les résultats pour les patients.
L’étude a révélé que sur les 143 cas d’IIP inclus, la majorité (66,4 %) concernait des enfants de 5 ans ou moins, et 88 (61,5 %) étaient des garçons. L’incidence des IIP a diminué pendant la pandémie (de 0,6 à 0,8 pour 1 000 admissions en 2020-2021), mais a rebondi en 2022, atteignant 1,7 pour 1 000 admissions. La plupart des patients étaient auparavant en bonne santé (53,8 %), mais 10 (6,9 %) souffraient de drépanocytose. Les principales manifestations de l’IIP étaient la bactériémie (82 %) et la pneumonie compliquée (25,9 %).
Les chercheurs ont également constaté une sensibilité élevée aux principaux antibiotiques utilisés pour traiter les IIP. La sensibilité à la ceftriaxone (Rocephin, Roche) était de 97 % (95/98) et à la pénicilline de 90 % (90/100) dans les isolats non méningitiques. Cependant, la sensibilité était plus faible dans les isolats de méningite : 82 % pour la ceftriaxone (8/22) et 68 % pour la pénicilline (15/22).
Le sérotypage a été réalisé dans 7,7 % des cas, et 63,6 % des isolats étaient des sérotypes non inclus dans le vaccin conjugué 13-valent (PCV13). De plus, des titres d’anticorps faibles ont été détectés chez 51 % (19/37) des patients testés, même chez ceux qui étaient complètement vaccinés (79 % des 19 patients). Ces résultats suggèrent que la protection vaccinale pourrait être incomplète ou réduite.
L’étude n’a pas révélé de différences significatives entre les périodes pré et post-pandémie en termes de sexe, d’âge ou de présentation clinique (P > 0,05). Cependant, une augmentation notable de la proportion d’enfants non vaccinés a été observée pendant la période post-pandémique (18,6 %) par rapport à la période pré-pandémique (4,1 %), ce qui souligne une vulnérabilité accrue de cette population.
Les pharmaciens peuvent jouer un rôle essentiel dans la prévention des IIP en sensibilisant les patients et en promouvant la vaccination. L’utilisation de vaccins conjugués antipneumococciques mis à jour, offrant une protection plus large contre les sérotypes pneumococciques, pourrait également contribuer à réduire l’incidence de ces infections.
« Reconnaître ces changements épidémiologiques et combler les lacunes en matière de vaccination grâce à l’utilisation de vaccins mis à jour sont essentiels pour prévenir de futures épidémies d’IPD »
Habbal S, Abdel-Haq NM, Thomas R, Ang JY