L’Institut Pasteur tire la sonnette d’alarme face à la propagation rapide de la grippe aviaire, particulièrement préoccupante en raison de son potentiel de mutation. Le décès d’un homme aux États-Unis, infecté par un nouveau sous-type du virus (H5N5), souligne l’urgence de la situation et la nécessité d’une vigilance accrue.
Selon Marie-Anne Rameix-Welti, du Centre des infections respiratoires de l’Institut Pasteur, une pandémie de grippe aviaire pourrait s’avérer « très grave, peut-être même pire que la pandémie que nous avons connue ». Elle explique que la population humaine n’a aucune immunité préexistante contre ces virus, contrairement à ceux de la grippe saisonnière. Le virologue allemand Alexander Kekulé avait déjà mis en garde : « Si le virus parvient à s’adapter aux points d’accueil humains, la prochaine pandémie est presque certaine ».
Un aspect inquiétant soulevé par l’Institut Pasteur est la capacité du virus à affecter des personnes en parfaite santé, contrairement au Covid-19 qui touchait principalement les populations vulnérables. La principale crainte des chercheurs réside dans une éventuelle adaptation du pathogène aux mammifères, et plus particulièrement à l’homme.
Cependant, les experts restent optimistes quant à la préparation mondiale. Gregorio Torres, de l’Organisation mondiale de la santé animale, estime que le risque d’une pandémie humaine reste faible, la communauté internationale ayant tiré des leçons de la crise du Covid-19. Des vaccins potentiels et des stocks de médicaments antiviraux efficaces sont déjà disponibles et pourraient être rapidement déployés en cas d’urgence.
Depuis 2022, le monde est confronté à la plus importante vague de grippe aviaire jamais enregistrée, touchant plusieurs continents. Il s’agit du virus H5N1 hautement pathogène, qui affecte principalement les oiseaux, mais a également été détecté chez divers mammifères. L’Allemagne est particulièrement touchée, avec environ 1,5 million de volailles abattues ces dernières semaines en raison de foyers de grippe aviaire.
Le décès survenu aux États-Unis concerne un homme âgé de la région de Grays Harbour, éleveur de volailles en contact régulier avec des oiseaux sauvages. Il présentait des symptômes pseudo-grippaux depuis début novembre et souffrait de problèmes de santé préexistants. Les autorités sanitaires américaines affirment qu’il n’y a aucune preuve de transmission du virus entre humains et que le risque pour la population générale reste faible.
Avant ce cas, le virus H5N5 n’avait été identifié que chez les animaux. L’Institut Friedrich Loeffler confirme qu’il n’y avait jusqu’à présent aucun cas documenté d’infection humaine par ce sous-type de virus dans le monde. L’Organisation mondiale de la santé a recensé près de 1 000 infections humaines à la grippe aviaire entre 2003 et 2025, dont 48 % se sont avérées fatales. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) américains ont signalé 71 cas humains de grippe aviaire à la mi-novembre, dont un décès, la plupart étant liés à l’élevage de bovins laitiers ou de volailles.
La transmission de la grippe aviaire aux humains se produit généralement par contact avec des excréments d’animaux contaminés ou par inhalation de particules de poussière. À ce stade, aucune infection d’une personne à une autre n’a été signalée. Les œufs durs et la volaille bien cuite ne présentent aucun danger, selon l’Institut fédéral pour l’évaluation des risques.