Édition française
En continu
---Advertisement---

Santé

Le mythe de l’absence de poursuites médicales frivoles

Les plaintes pour faute professionnelle médicale, bien que souvent perçues comme rares, pourraient être beaucoup plus fréquentes qu'estimé, soulevant des questions sur les conflits d'intérêts et la transparence du système judiciaire. Une analyse approfondie révèle des chiffres potentiellement…

Le mythe de l’absence de poursuites médicales frivoles

Les plaintes pour faute professionnelle médicale, bien que souvent perçues comme rares, pourraient être beaucoup plus fréquentes qu’estimé, soulevant des questions sur les conflits d’intérêts et la transparence du système judiciaire. Une analyse approfondie révèle des chiffres potentiellement sous-estimés et met en lumière les enjeux financiers pour les avocats, les assureurs et les médecins.

Depuis des décennies, les avocats représentant les plaignants affirment qu’aucune poursuite pour faute médicale n’est sans fondement. Ils soutiennent que le coût élevé des litiges agit comme un frein naturel aux plaintes infondées. Cependant, une étude des données disponibles suggère une réalité plus complexe.

Aux États-Unis, sur les 66 millions de poursuites civiles intentées chaque année, on estime que 17 000 à 20 000 concernent des fautes professionnelles médicales. Si ce chiffre est exact, il pourrait indiquer une sous-représentation des plaintes légitimes. Néanmoins, l’idée qu’aucune de ces poursuites ne soit frivole semble peu plausible. Si leur nombre exact reste inconnu, il est raisonnable de penser que certaines sont dépourvues de substance.

En matière de faute professionnelle médicale, une complication est toujours présente. Elle peut résulter d’une erreur médicale avérée, constituant un motif légitime de poursuite, ou d’un événement imprévisible et indépendant de toute négligence. Dans ce dernier cas, une action en justice serait injustifiée.

Le « risque de base », c’est-à-dire la probabilité qu’un médecin soit poursuivi en justice, est calculé en divisant le nombre total de poursuites annuelles par le nombre de médecins en exercice. Avec un million de médecins et 20 000 poursuites, ce risque s’élève à 2 % par an, soit une poursuite tous les 50 ans. À première vue, cela ne semble pas alarmant, surtout si l’on considère le volume total des litiges civils.

Cependant, plusieurs observations remettent en question ce chiffre. Une carrière médicale typique dure environ 50 ans, et de nombreux médecins sont poursuivis à plusieurs reprises. La Banque nationale de données sur les praticiens (NPDB), qui enregistre les règlements et les jugements, documente jusqu’à 60 000 accords par an. De plus, selon les estimations, 66,6 % des poursuites aboutissent à un non-lieu, un rejet ou un verdict favorable au défendeur et ne sont donc pas signalées à la NPDB.

En tenant compte de ces éléments, le nombre total de poursuites pour faute professionnelle médicale pourrait atteindre 180 000 par an, ce qui porterait le risque de base à 18 % par an, soit une poursuite tous les 5,5 ans. Ce chiffre est significativement plus élevé et soulève des préoccupations.

Les avocats des plaignants, qui perçoivent des honoraires conditionnels (un pourcentage du règlement ou du verdict), ont un intérêt direct dans le nombre de poursuites. Bien qu’ils ne facturent pas de frais d’avocat directs à leurs clients, ces derniers supportent souvent d’autres « frais de litige ». Certains patients renoncent même à poursuivre en justice, estimant que les coûts dépassent les bénéfices potentiels. Collectivement, ces avocats génèrent un chiffre d’affaires annuel de 2,5 milliards de dollars (USD) grâce aux règlements.

Les avocats de la défense, engagés par les assureurs, facturent des honoraires horaires et gagnent environ 1,1 milliard de dollars (USD) par an. Ils sont pris dans un conflit d’intérêts entre le médecin défendeur et la compagnie d’assurance. Enfin, les compagnies d’assurance elles-mêmes sont motivées par leurs propres profits, ce qui peut les amener à privilégier un règlement rapide plutôt que l’intérêt de leurs clients.

En conclusion, le chiffre de 17 000 à 20 000 poursuites annuelles est probablement une sous-estimation, et un certain nombre de ces plaintes sont sans doute infondées. Ce système opaque est alimenté par des conflits d’intérêts et des incitations financières qui masquent la réalité.

Howard Smith, médecin en obstétrique-gynécologie, a développé une méthode d’évaluation, « CCC+C » (Collate, Compare, Calculate, and Certify), qui vise à distinguer les erreurs médicales des événements naturels aléatoires avec un degré de confiance de 95 %. Cette approche, évaluée par des pairs et publiée dans des revues professionnelles, pourrait contribuer à modifier le récit et à rétablir une plus grande équité dans le système.

Join WhatsApp

Join Now

Join Telegram

Join Now

Laisser un commentaire

À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.