Publié le 28 novembre 2023 10h00. Une étude canadienne révèle que le risque d’accident de la route augmente considérablement après une commotion cérébrale, soulignant la nécessité d’une plus grande vigilance et de recommandations claires aux patients.
- Le risque d’accident de la route est multiplié par cinq dans le mois suivant une commotion cérébrale.
- Ce risque reste accru de 50 % pendant les cinq années qui suivent la blessure.
- L’étude met en évidence un lien plus fort entre commotions cérébrales et accidents graves, impliquant un seul véhicule ou survenant de nuit.
Le cerveau, organe essentiel à la vie, est paradoxalement celui que nous négligeons le plus. Responsable de fonctions vitales telles que la respiration, le rythme cardiaque, la mémoire et les émotions, il est irremplaçable. Pourtant, nous avons tendance à minimiser les conséquences des traumatismes qui le touchent.
C’est ce constat qui a motivé une équipe de chercheurs du Sunnybrook Health Sciences Centre à Toronto, dirigée par le Dr Donald Redelmeier, à étudier la relation entre les commotions cérébrales et les accidents de la route. Leurs travaux, publiés dans BMJ Open, démontrent une augmentation significative du risque d’accident après une commotion cérébrale.
L’étude, basée sur l’analyse de données de plus de 3 millions de patients en Ontario entre avril 2002 et mars 2022, a comparé 425 158 personnes ayant subi une commotion cérébrale à un groupe témoin de 2 611 870 personnes souffrant d’une entorse à la cheville. Les résultats sont sans appel : les patients ayant subi une commotion cérébrale sont 50 % plus susceptibles d’être impliqués dans un accident de la route.
Le Dr Redelmeier explique que ce risque est particulièrement élevé au cours du premier mois suivant la blessure, avec une augmentation de 500 %. Il souligne que les commotions cérébrales peuvent affecter la mémoire, le jugement, les réflexes et la coordination, entraînant des problèmes cognitifs et émotionnels durables. Il précise :
« Une fois, j’ai vu le même patient deux fois au cours du même mois pour deux commotions cérébrales distinctes. J’ai commencé à me demander si c’était plus qu’une coïncidence. »
Dr Donald Redelmeier, scientifique principal et médecin en médecine interne générale
L’étude révèle également que le risque accru d’accident lié à une commotion cérébrale est supérieur à celui associé à des facteurs de risque de conduite bien connus, tels que l’apnée du sommeil et l’épilepsie. Les patients victimes de commotion cérébrale sont également plus jeunes, plus susceptibles d’avoir des antécédents de troubles mentaux et d’avoir déjà consulté aux urgences.
Les accidents liés aux commotions cérébrales sont plus souvent des accidents graves, impliquant un seul véhicule ou survenant de nuit, ce qui suggère une erreur du conducteur plutôt qu’une collision avec d’autres véhicules. Le Dr Redelmeier met en garde contre la banalisation des commotions cérébrales, en particulier dans la culture populaire :
« Dans beaucoup de ces films, le héros est assommé, fait des blagues et fait des arts martiaux dans la scène suivante. Vous n’êtes pas Tom Cruise. Si vous avez une commotion cérébrale, vous ne vous en sortirez pas immédiatement. Certains patients, après un ou deux jours, y reviennent [à la conduite] avec vengeance. Les gens devraient lui accorder trois ou quatre semaines. C’est ironique, car c’est ce qu’ils feraient s’ils avaient une côte cassée, mais ils prennent la commotion cérébrale plus à la légère parce qu’ils ont l’impression d’être pareils. »
Dr Donald Redelmeier, scientifique principal et médecin en médecine interne générale
Bien que l’étude établisse une corrélation claire entre les commotions cérébrales et les accidents de la route, les chercheurs soulignent qu’elle ne prouve pas un lien de causalité direct. Ils suggèrent que certains facteurs prédisposant aux commotions cérébrales pourraient également augmenter le risque d’accident, tels qu’une attitude générale de prise de risque ou une tendance à blâmer les autres.
Néanmoins, les résultats de l’étude plaident en faveur d’une sensibilisation accrue des patients victimes de commotion cérébrale aux risques liés à la conduite automobile. Le Dr Redelmeier recommande d’éviter les vitesses élevées, la conduite nocturne et la conduite dans des conditions météorologiques défavorables. En d’autres termes, il insiste sur l’importance d’« utiliser son cerveau ».
Une recommandation simple, mais souvent oubliée, car, comme le souligne le Dr Redelmeier, « si vous n’aviez pas de cerveau, vous ne le sauriez pas. Mais cela n’empêcherait probablement pas la plupart d’entre nous de conduire. »