Une combinaison innovante de greffes de cellules souches hématopoïétiques et de cellules d’îlots pancréatiques pourrait offrir une solution durable au diabète de type 1, selon une étude menée par des chercheurs de l’Université de Stanford. L’approche, testée avec succès sur des souris, a permis d’inverser ou de prévenir complètement la maladie auto-immune, sans nécessiter de médicaments immunosuppresseurs à long terme.
L’étude, publiée le 18 novembre dans le Journal of Clinical Investigation, s’appuie sur des travaux antérieurs et vise à résoudre un défi majeur : non seulement remplacer les cellules productrices d’insuline détruites par le système immunitaire, mais aussi réinitialiser ce dernier pour éviter qu’il ne les attaque à nouveau.
Dans le diabète de type 1, le système immunitaire attaque par erreur les cellules bêta des îlots pancréatiques, responsables de la production d’insuline. Les chercheurs ont découvert qu’en greffant à la fois des cellules souches sanguines et des cellules d’îlots provenant d’un donneur, même immunologiquement incompatible, ils pouvaient créer un « système immunitaire hybride ». Ce système contient des cellules à la fois du donneur et du receveur, ce qui permet d’éviter le rejet des cellules greffées et de stopper la destruction des cellules d’îlots par le système immunitaire d’origine.
« Nous devons non seulement remplacer les îlots perdus, mais également réinitialiser le système immunitaire du receveur pour empêcher la destruction continue des cellules des îlots », explique le Dr Seung K. Kim, professeur et directeur du Stanford Diabetes Research Center et du Northern California Breakthrough T1D Center of Excellence. « La création d’un système immunitaire hybride permet d’atteindre ces deux objectifs. »
L’équipe a affiné un protocole de préparation à la greffe déjà utilisé pour d’autres affections. Il consiste en un traitement doux impliquant des anticorps ciblant le système immunitaire et des radiations à faible dose. L’ajout d’un médicament couramment utilisé pour traiter les maladies auto-immunes à ce protocole a permis d’obtenir des résultats spectaculaires : sur 19 souris atteintes de diabète de type 1, toutes ont vu leur maladie régresser après la greffe combinée. De même, neuf souris atteintes de diabète de longue date ont été guéries.
Un aspect particulièrement encourageant est l’absence de maladie du greffon contre l’hôte, une complication fréquente des greffes de cellules souches où le système immunitaire du donneur attaque les tissus du receveur. « Tout comme dans le diabète humain de type 1, le diabète qui survient chez ces souris résulte d’un système immunitaire qui attaque spontanément les cellules bêta productrices d’insuline dans les îlots pancréatiques », précise le Dr Kim.
Cette approche s’appuie sur des recherches antérieures menées par le Dr Samuel Strober, décédé, et ses collègues, notamment le Dr Judith Shizuru. Ils avaient démontré qu’une greffe de moelle osseuse partiellement compatible pouvait induire un système immunitaire hybride et permettre l’acceptation à long terme d’une greffe de rein.
Bien que prometteurs, ces résultats nécessitent encore des recherches approfondies avant de pouvoir être appliqués aux humains. Les chercheurs soulignent la difficulté d’obtenir suffisamment de cellules d’îlots pancréatiques à partir de donneurs décédés et la nécessité de s’assurer que la quantité de cellules greffées est suffisante pour inverser le diabète de type 1 établi. Ils explorent des pistes pour produire des cellules d’îlots en laboratoire à partir de cellules souches humaines pluripotentes.
« La capacité de réinitialiser le système immunitaire en toute sécurité pour permettre le remplacement durable d’organes pourrait rapidement conduire à de grands progrès médicaux », conclut le Dr Kim. L’équipe envisage également d’étendre cette stratégie à d’autres maladies auto-immunes, telles que la polyarthrite rhumatoïde et le lupus, ainsi qu’à des troubles sanguins comme la drépanocytose.