Publié le 2025-11-30 12:44:00. Une augmentation alarmante des infections sexuellement transmissibles (IST), en particulier la syphilis, est observée en Argentine et plus particulièrement dans la province de Neuquén, mettant en lumière un manque d’éducation sexuelle et une banalisation des risques.
- Le nombre de nouvelles infections de syphilis a atteint un niveau record en 2024, avec 36 917 cas, et ce chiffre a déjà été égalé au cours du premier trimestre de 2025.
- Trois nouveaux cas de syphilis sur quatre concernent des personnes de moins de 40 ans.
- Des comportements à risque, comme l’absence d’utilisation de préservatifs ou leur mauvaise utilisation, ainsi que l’influence de contenus en ligne promouvant des pratiques sexuelles non protégées, contribuent à cette recrudescence.
Les chiffres récents du Bulletin épidémiologique national révèlent une tendance inquiétante : une hausse significative de toutes les IST, avec une prévalence croissante de la syphilis. En 2024, l’Argentine a enregistré 36 917 nouvelles infections, un maximum historique, et le premier trimestre de 2025 a déjà vu ce nombre égalé. La province de Neuquén n’est pas épargnée, avec 600 cas recensés en 2024 et près de 400 au cours du premier semestre 2025, confirmant une augmentation progressive et soutenue, conforme à la tendance nationale.
Cette situation préoccupante est liée à plusieurs facteurs, selon Nadia Ciuffo Valdez, psychologue et sexologue de Neuquén.
« Il n’y a pas de cause unique qui explique ces résultats ; au contraire, ils ont à voir avec la manière dont nous nous lions, le manque d’éducation sexuelle et les constructions erronées autour des préservatifs, entre autres questions. »
Nadia Ciuffo Valdez, psychologue et sexologue
Elle souligne que de nombreuses personnes associent encore l’utilisation du préservatif uniquement à la prévention des grossesses, sans réaliser son rôle crucial dans la protection contre les IST.
Des exemples concrets illustrent ce manque de prévention. Des témoignages révèlent des situations où l’utilisation du préservatif est refusée ou négligée, même entre adultes. Dans un cas, un homme a préféré renoncer à une relation sexuelle protégée plutôt que d’utiliser un préservatif. Dans un autre, un couple, ayant sa première expérience sexuelle après 40 ans, n’avait pas pensé à se procurer de préservatifs, ce qui a conduit à une pratique sexuelle non protégée et à des regrets ultérieurs.
Parallèlement, l’influence de certains contenus en ligne, notamment ceux diffusés sur les réseaux sociaux comme TikTok, YouTube et Instagram, contribue à banaliser les risques. Le groupe uruguayen Tussi Warriors, avec son morceau à succès « A Crudo », véhicule des paroles explicites et irresponsables concernant les pratiques sexuelles et les IST.
« La poussière ne compte pas si elle n’est pas à cru. »
Extrait de la chanson « A Crudo » de Tussi Warriors
Des paroles telles que « Peut-être qu’elle a la syphilis, mais je la tue » ou « Je me retrouve en elle et je lui crache dans le dos pour le cacher » témoignent d’une attitude désinvolte et dangereuse face à la santé sexuelle.
Nadia Ciuffo Valdez insiste sur l’importance de déconstruire les mythes entourant le préservatif et de promouvoir une éducation sexuelle complète et accessible.
« Nous sommes à une époque de relations plus légères ; nous nous lions via des applications de rencontres, ce qui signifie augmenter la fréquence et la diversité des réunions. Si on ajoute à cela le non-usage ou le mauvais usage des préservatifs, le manque de perception du risque, le ‘ça ne va pas m’arriver’… Roi, reine : oui, ça va t’arriver. »
Nadia Ciuffo Valdez, psychologue et sexologue
Elle souligne également que l’augmentation des IST est observée non seulement chez les jeunes, mais aussi chez les personnes âgées, souvent en raison d’un manque d’éducation sexuelle dans les générations précédentes.
Le préservatif reste la méthode contraceptive la plus efficace pour prévenir à la fois les grossesses non désirées et les IST. La loi 25.673 établit l’obligation de fournir des préservatifs gratuitement dans les centres de santé publics, mais les investissements dans la santé ont été considérablement réduits ces dernières années.
Enfin, il est crucial de normaliser la conversation sur la sexualité et la prévention des IST, de briser les tabous et de promouvoir une culture de la responsabilité partagée. Les données nationales confirment l’urgence d’agir pour inverser cette tendance inquiétante.