Donald Trump semble renouer avec une rhétorique incendiaire, après une période d’apparente passivité qui avait surpris observateurs et alliés. Le retour en force du président américain s’est manifesté par une série de déclarations controversées, ravivant les tensions et relançant le débat sur ses intentions politiques.
Le changement de ton s’est amorcé suite à une fusillade tragique mercredi soir à Washington, D.C., qui a coûté la vie à un membre de la Garde nationale de Virginie-Occidentale. Deux gardes nationaux ont été blessés dans l’incident, l’auteur étant identifié comme Rahmanullah Lakanwal, un ressortissant afghan ayant travaillé avec la CIA pendant le conflit américain en Afghanistan avant d’obtenir l’asile aux États-Unis en avril dernier.
Interrogé sur sa possible présence aux funérailles de Sarah Beckstrom, la victime, le président Trump a d’abord esquivé la question, préférant évoquer ses propres performances électorales dans l’État. Il a ensuite publié une image des Afghans fuyant Kaboul lors du retrait américain, la qualifiant de « pont aérien horrible depuis l’Afghanistan ». Il a annoncé qu’il « suspendrait définitivement la migration en provenance de tous les pays du tiers monde pour permettre au système américain de se rétablir complètement et mettrait fin aux millions d’admissions illégales de Biden ». Il a également évoqué la possibilité de révoquer la citoyenneté de certains immigrants, affirmant que « Seule la MIGRATION INVERSÉE peut complètement remédier à cette situation. »
Ces déclarations interviennent après une période où le président Trump avait semblé moins actif et confronté à des dissensions au sein de son propre parti. Des membres du Parti républicain, dont Marjorie Taylor Greene, initialement une fervente supportrice, s’étaient opposés à la publication de documents liés à Jeffrey Epstein. Sa tentative de redécoupage électoral à la Chambre des représentants avait également échoué dans l’Indiana, un État traditionnellement conservateur.
Le 24 novembre, jour de Thanksgiving, le ton est monté d’un cran. Trump a publié un message où il s’en prend violemment au gouverneur du Minnesota, Tim Walz, le qualifiant de « sérieusement retardé », et à la représentante Ilhan Omar, qu’il a accusée d’être entrée illégalement aux États-Unis et a décrit comme « toujours enveloppée dans son hijab emmailloté ». Aucune preuve n’a été présentée pour étayer ces accusations.
Le président a également annoncé son intention d’« annuler tous les décrets » signés par Joe Biden à l’aide d’un autopen, un dispositif de signature à distance. Il a menacé de poursuivre Biden pour parjure s’il affirmait avoir personnellement signé ces documents. Il a également annoncé le pardon de Juan Orlando Hernández, l’ancien président du Honduras, condamné l’année dernière à 45 ans de prison pour conspiration en vue d’importer de la cocaïne aux États-Unis. Il a également commué la peine de David Gentile, un financier reconnu coupable d’une fraude de 1,6 milliard de dollars.
Samedi matin, Trump a de nouveau pris la parole, exigeant que « l’espace aérien au-dessus et aux alentours du Venezuela » soit « complètement fermé ». Une telle décision, qui dépasse ses prérogatives, n’a pour l’instant pas été suivie d’autres mesures concrètes. Il a ensuite affirmé avoir fait baisser les prix des médicaments de « 500 %, 600 %, 700 % et plus », une affirmation mathématiquement impossible.
Si cette offensive verbale a permis à Trump de reprendre le contrôle du cycle de l’information, son impact sur sa position politique reste incertain. Bien que ces propos puissent trouver un écho auprès de sa base électorale, il est peu probable qu’ils séduisent les électeurs indépendants qui l’ont porté au pouvoir en 2024. Un récent sondage Gallup révèle d’ailleurs que le taux d’approbation du président est au plus bas de son mandat.