La visite à New Delhi cette semaine du président russe Vladimir Poutine et du Premier ministre indien Narendra Modi intervient dans un contexte de pressions croissantes de Washington, et vise à réaffirmer la solidité d’un partenariat stratégique de longue date.
Au-delà des traditionnelles relations chaleureuses entre les deux dirigeants, cette rencontre est perçue comme une manière de démontrer leur indépendance face aux tentatives d’influence de l’administration américaine. Les récentes sanctions douanières imposées par les États-Unis à l’Inde, en représailles à ses achats de pétrole russe, ont particulièrement irrité New Delhi et pourraient rapprocher l’Inde de la Chine.
Les relations entre Moscou et Delhi remontent à l’époque soviétique, lorsque l’Inde, nouvellement indépendante, bénéficiait d’une aide économique substantielle et d’un soutien idéologique. Après la chute de l’URSS, la Russie est restée le principal fournisseur d’armes de l’Inde, et les deux pays partagent une vision commune d’un ordre mondial multipolaire, s’opposant à l’hégémonie occidentale. Cependant, cette coopération, bien qu’ancrée dans l’histoire, peine à se traduire par une dynamique économique forte.
La guerre en Ukraine a complexifié ce tableau. Si l’Inde a exprimé en privé son désaccord avec l’invasion russe, elle a simultanément augmenté ses achats de pétrole à prix réduit, une décision motivée par ses propres intérêts économiques. Cette attitude pragmatique a suscité les critiques de Washington, qui a répliqué en imposant des droits de douane punitifs sur les importations indiennes.
« Trump joue un jeu intelligent avec l’Inde », explique Nandan Unnikrishnan, expert à l’Observer Research Foundation de Delhi. « Il veut exporter davantage d’énergie et doit augmenter les prix pour rendre le pétrole et le gaz de schiste américains plus compétitifs. Il est donc logique d’essayer d’exclure la Russie du marché. Il ne s’agit pas de l’Ukraine, il s’agit de rééquilibrer le commerce avec l’Inde en faveur des États-Unis. »
Malgré ces tensions, la Russie et l’Inde cherchent à renforcer leur coopération dans divers domaines. M. Poutine devrait proposer à l’Inde de nouvelles commandes d’armes, notamment un contrat de 1,2 milliard de dollars pour des systèmes de défense aérienne S-400, dont l’efficacité a été saluée par l’armée indienne. Des discussions sont également en cours pour développer des coentreprises, comme la construction en Inde de l’avion de ligne régional russe Sukhoi Superjet 100.
La Russie et l’Inde envisagent également de connecter leurs systèmes de paiement nationaux, ce qui faciliterait les échanges commerciaux et les voyages. Par ailleurs, on observe une augmentation du nombre de travailleurs indiens attirés par les opportunités d’emploi en Russie, en raison de la pénurie de main-d’œuvre liée au conflit en Ukraine.
« Alors que l’Occident met fin à ses relations diplomatiques avec la Russie, l’Inde ouvre deux nouveaux consulats, en plus des deux qu’elle possède déjà, afin de répondre aux besoins d’une diaspora indienne croissante à travers la Russie », souligne Sergueï Strokan, chroniqueur au quotidien économique moscovite Kommersant.
L’Inde espère également que M. Poutine pourra apporter des éclaircissements sur les perspectives d’une résolution pacifique du conflit en Ukraine. « L’Inde aimerait beaucoup que la paix éclate », affirme M. Unnikrishnan. « Cela améliorerait notre situation avec les États-Unis et nous éviterait de devoir constamment surveiller la réaction américaine à nos relations avec la Russie. Une relation viable entre les États-Unis et la Russie aiderait également l’Inde à mieux naviguer dans les eaux internationales. »
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