Publié le 4 décembre 2025 à 19h40, heure de l’Inde. Les États-Unis ont expulsé un nombre record de ressortissants indiens cette année, soulevant des inquiétudes quant aux conditions de leur rapatriement et à un contrôle accru des réseaux sociaux des demandeurs de visa.
- Depuis janvier 2025, 3 258 citoyens indiens ont été expulsés des États-Unis, un chiffre inégalé depuis 2009.
- Le cas d’Harjit Kaur, une femme de 73 ans expulsée en septembre, a mis en lumière des accusations de mauvais traitements infligés aux personnes en détention.
- Les autorités américaines exigent désormais que les demandeurs de visa H-1B et leurs familles rendent publics leurs profils de réseaux sociaux pour examen.
Le ministre indien des Affaires étrangères, S. Jaishankar, a révélé au Rajya Sabha que 3 258 ressortissants indiens ont été expulsés par les États-Unis depuis le début de l’année 2025, un nombre supérieur à celui de toutes les années précédentes depuis 2009. Au total, 18 822 citoyens indiens ont été renvoyés dans leur pays d’origine depuis 2009.
Interrogé sur des allégations de mauvais traitements, notamment concernant l’utilisation de menottes, M. Jaishankar a précisé que Harjit Kaur n’avait pas été menottée lors de son expulsion. Cependant, il a confirmé qu’elle avait subi des conditions de détention difficiles.
« Bien que Harjit Kaur (expulsée) n’ait pas été menottée, elle a été maltraitée en détention avant d’être mise à bord du vol. Nous avons vivement soulevé la question de ses mauvais traitements auprès de l’ambassade américaine et avons demandé aux autorités américaines d’enquêter sur cette affaire. »
S. Jaishankar, ministre indien des Affaires étrangères
Mme Kaur, qui a passé trois décennies aux États-Unis, a raconté avoir été détenue pendant 60 à 70 heures sans lit, contrainte de dormir par terre malgré deux prothèses de genou. Elle aurait également reçu de la glace pour prendre ses médicaments et s’est vu refuser une nourriture adaptée à ses besoins.
Selon les données fournies par le ministre, 62,3 % des 3 258 personnes expulsées (2 032 individus) ont voyagé sur des vols commerciaux réguliers, tandis que les 37,6 % restants (1 226 personnes) ont été transportés sur des vols charters affrétés par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) ou les douanes et la protection des frontières (CBP) des États-Unis.
M. Jaishankar a souligné que, bien que la délivrance de visas relève de la souveraineté de chaque gouvernement, l’Inde a exprimé ses préoccupations aux États-Unis concernant le traitement réservé aux ressortissants indiens expulsés, en particulier les femmes et les enfants. Il a également noté que les autorités américaines justifient désormais leurs décisions en matière de visa par des considérations de sécurité nationale.
« La délivrance de visas est un droit souverain d’un gouvernement. Dans le cas des États-Unis, le gouvernement américain a estimé, la dernière annonce date d’hier, que toute décision de visa est une décision de sécurité nationale. Ainsi, ils se réservent le droit de prendre une décision sur un visa, qui est basée sur leur évaluation des implications de sécurité nationale de la position d’un individu particulier. »
S. Jaishankar, ministre indien des Affaires étrangères
Par ailleurs, les États-Unis ont demandé aux demandeurs de visa, notamment les étudiants, de rendre publics leurs paramètres de réseaux sociaux afin que les autorités puissent surveiller leur activité en ligne. Cette politique, initiée en avril 2025, a conduit à l’annulation de visas d’étudiants pour des infractions mineures, et dans certains cas, à des pressions pour que les étudiants s’auto-expulsent. Les autorités indiennes ont régulièrement interpellé leurs homologues américains sur ces pratiques, insistant sur le fait que des délits mineurs ne devraient pas entraîner de telles sanctions.
« Nous avons essayé de faire comprendre au système américain que des délits mineurs ne devraient pas être une raison pour de telles actions. »
S. Jaishankar, ministre indien des Affaires étrangères
Récemment, le Département d’État américain a étendu ces mesures de contrôle aux demandeurs de visa H-1B et aux personnes à leur charge H-4, leur demandant de conserver la confidentialité de leurs profils de réseaux sociaux sur un réglage public à partir du 15 décembre. Cette mesure, qui s’appliquait déjà aux étudiants et aux visiteurs d’échange, vise à renforcer la surveillance des antécédents des demandeurs de visa.
À ne pas manquer
