Les chaînes publiques suédoises, SVT et Sveriges Radio, sont au cœur d’une vive polémique, attaquées de front par la droite politique. Ces critiques, alimentées par des erreurs récentes et des accusations de partialité, pourraient paradoxalement renforcer le soutien du public envers ces institutions.
La récente diffusion par SVT, lors de son émission d’actualités phare Agenda, d’une vidéo générée par intelligence artificielle illustrant une supposée répression de l’immigration par l’administration Trump a déclenché une onde de critiques. La vidéo, censée montrer une confrontation entre la police locale américaine et les agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), s’est avérée être une fabrication, trahie par des détails subtils, comme le mot « police » mal orthographié sur les uniformes. L’incident a soulevé des questions sur les procédures de vérification des sources au sein de l’organisation.
Si les responsables de SVT ont invoqué un manquement aux protocoles habituels, l’affaire a ravivé les accusations de partialité politique, déjà présentes chez certains membres de la droite, qui considèrent SVT et Sveriges Radio comme des médias de gauche. Cette polémique s’inscrit dans une série d’incidents qui, selon les détracteurs des chaînes publiques, prouvent leur manque d’objectivité, leur financement excessif et leur déconnexion avec les préoccupations des Suédois ordinaires.
Un autre sujet de controverse concerne la participation du mari de la directrice générale de SVT, Anne Lagecrantz, David Lagercrantz, à une émission de voyage de la chaîne. Bien que David Lagercrantz soit une personnalité publique reconnue, notamment pour avoir poursuivi l’œuvre de Stig Larsson avec les suites de la série Millennium, cette situation a été critiquée comme un possible conflit d’intérêts. Anne Lagecrantz a affirmé ne pas intervenir dans le choix des invités des émissions de SVT.
Ces incidents ont offert une opportunité aux Démocrates suédois, qui souhaitent convoquer Anne Lagecrantz devant la commission de la culture du Riksdag (le Parlement suédois). SVT y voit une atteinte à son indépendance éditoriale, craignant que de telles convocations ne menacent la liberté de la presse et la capacité des journalistes à tenir les responsables politiques responsables de leurs actions.
Si une partie de la critique de la droite envers SVT est légitime, une motivation politique sous-tend également ces attaques. Henrik Jönsson, un YouTubeur de droite, a récemment lancé une nouvelle chaîne, 100 Procent, et a appelé ses donateurs à verser une « redevance de service public volontaire », se moquant ainsi de la redevance obligatoire financée par les impôts qui soutient SVT et Sveriges Radio. Ses vidéos dénoncent régulièrement SVT pour son supposé biais pro-immigration, son manque de sévérité face à la criminalité des gangs et son opposition aux Démocrates suédois.
Le site d’information Kvartal, également de droite, a été le premier à révéler le montage douteux de la vidéo sur Trump. Ces attaques s’expliquent en partie par un manque de confiance envers les médias de service public, particulièrement marqué chez les électeurs de droite et, plus spécifiquement, chez les sympathisants des Démocrates suédois.
Paradoxalement, malgré ces critiques, le soutien global aux radiodiffuseurs de service public reste élevé en Suède. 62 % des Suédois font confiance à SVT et 67 % à Sveriges Radio, des chiffres comparables à ceux de la Säpo (la police de sécurité suédoise), considérée comme l’institution la plus fiable du pays (69 %). Ces chaînes sont perçues comme des sources d’information fiables, surpassant la confiance accordée aux journaux locaux (46 %) ou à Dagens Nyheter (44 %). Les partis de droite pourraient donc, à terme, nuire à leur propre crédibilité en attaquant des institutions dont le public continue de se fier.
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