Publié le 2025-12-06 22:24:00. Des médicaments couramment prescrits pour le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) sont au cœur d’une polémique, certains les assimilant à des stimulants illicites. Pourtant, les experts soulignent des différences cruciales en termes de dosage, de contrôle et de risques.
- Les médicaments contre le TDAH, comme le Ritaline, contiennent des substances chimiquement proches des amphétamines, mais à des doses bien plus faibles.
- Ces médicaments sont soumis à une réglementation stricte en Belgique et aux Pays-Bas, visant à prévenir les abus et les dépendances.
- Bien qu’une accoutumance puisse se développer, une véritable dépendance est rare, et des stratégies existent pour la limiter.
L’inquiétude a été soulevée par le magazine néerlandais de santé en ligne Gezond Verstand, qui affirme que les médicaments utilisés pour traiter le TDAH sont fabriqués à partir d’amphétamines, une substance également connue sous les noms de speed ou de peps. L’article souligne que, du fait de leur classification dans la Loi sur l’opium aux Pays-Bas (Liste 1), ces médicaments devraient en principe être interdits. En Belgique, ils relèvent également de la législation relative aux « substances narcotiques et psychotropes ».
Le psychiatre Victor Giélis, référencé sur VVGT, nuance cette affirmation.
« Il y a un peu de vrai là-dedans. Le principe actif du Ritaline, par exemple, est le méthylphénidate, une substance qui ressemble à l’amphétamine. Chimiquement, c’est comparable au speed ou à la cocaïne, mais le dosage est beaucoup plus faible et la composition est strictement contrôlée. »
Ann Eeckhout, porte-parole de l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS), confirme cette analyse. Les substances actives les plus couramment utilisées dans les médicaments contre le TDAH, tels que le Ritaline, le Concerta et le Medikinet, sont bien du méthylphénidate. Cette substance est encadrée par l’ Arrêté Royal du 6 septembre 2017 concernant les stupéfiants et les substances psychotropes.
L’AFMPS précise que cette classification ne signifie pas que la substance est interdite ou dangereuse en médecine. Les fabricants doivent obtenir un permis pour manipuler des amphétamines, ce qui garantit une utilisation sécurisée. L’objectif principal est de prévenir les abus et les usages inappropriés, car ces substances présentent un potentiel de dépendance.
Selon l’AFMPS, les patients qui prennent quotidiennement du méthylphénidate peuvent développer une tolérance.
« Par exemple, un enfant peut commencer avec une dose de 10 milligrammes au début du secondaire et avoir besoin de 60 milligrammes à la fin de ses études pour obtenir le même effet. »
Bien que les médicaments contre le TDAH n’entraînent généralement pas une véritable dépendance, une accoutumance progressive peut se produire, explique le Dr Giélis.
Pour limiter cette accoutumance, le Conseil supérieur de la santé recommande généralement d’utiliser des médicaments à action prolongée chez les patients qui prennent quotidiennement des médicaments contre le TDAH. Ces derniers libèrent le principe actif progressivement tout au long de la journée, réduisant ainsi le risque de tolérance. Les produits à action brève, en revanche, provoquent un pic rapide et une disparition plus rapide du corps, ce qui peut donner une sensation de « coup de fouet » temporaire et augmenter le risque d’abus.
Le Ritaline, par exemple, a une action de courte durée et présente donc un potentiel de dépendance plus élevé que les médicaments à action prolongée tels que le Concerta ou le Rilatine MR, une version modifiée du Ritaline. Le choix de la formulation la plus appropriée dépend des besoins individuels et de la réponse de chaque patient, et est déterminé en concertation avec un médecin lors d’une phase de titrage.
Le Dr Giélis reconnaît les critiques à l’égard de la prescription de ces médicaments.
« Je comprends les critiques. Le TDAH a longtemps été sous-diagnostiqué. Avec une sensibilisation accrue aux troubles mentaux ces dernières années, le nombre de diagnostics et de prescriptions a également augmenté. »
Il insiste toutefois sur le fait que les médicaments ne sont pas prescrits à la légère. Un diagnostic officiel, ou au moins une forte suspicion de la part d’un psychiatre, est toujours nécessaire. Le traitement commence toujours avec la dose la plus faible possible, et les patients sont encouragés à arrêter le traitement lorsqu’il n’est plus nécessaire, par exemple pendant les vacances d’été.
En conclusion, les médicaments contre le TDAH, tels que le Ritaline, présentent des similitudes chimiques avec les amphétamines, mais sont prescrits à des doses faibles et contrôlées, et sont considérés comme sûrs pour un usage médical. Les médecins, les fabricants et les autorités de régulation surveillent de près le dosage, qui est maintenu aussi bas que possible et utilisé uniquement lorsque cela est justifié. Le risque de dépendance est faible, mais une accoutumance peut survenir dans certains cas.