Publié le 8 décembre 2025 09:59:00. La perte de l’odorat, souvent perçue comme une simple gêne passagère, pourrait en réalité constituer un signal d’alerte précoce de maladies neurodégénératives telles que la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer, selon de récentes recherches.
- La perte d’odorat peut précéder de plusieurs années l’apparition des symptômes cliniques de maladies neurodégénératives.
- Des recherches suggèrent que la maladie de Parkinson pourrait même débuter au niveau du bulbe olfactif.
- Certains patients développent des hallucinations olfactives, perçoivent des odeurs inexistantes, ou présentent une capacité réduite à détecter certaines fragrances.
L’odorat, souvent considéré comme le sens le plus discret, est pourtant d’une puissance insoupçonnée. Il est capable de raviver des souvenirs enfouis, comme le critique gastronomique Anton Ego dans le film Ratatouille (2007), transporté dans son enfance par une simple cuillerée de plat. Au-delà de la mémoire, l’odorat est un avantage évolutif, nous alertant des dangers invisibles et influençant nos décisions, un atout que les marques exploitent en parfumant leurs boutiques.
Le bulbe olfactif, petite zone située à la base du cerveau, joue un rôle crucial dans cette perception. Il envoie directement les signaux olfactifs aux zones cérébrales responsables de la mémoire et des émotions. Pourtant, malgré son importance, l’odorat reste souvent sous-estimé, et sa perte peut passer inaperçue jusqu’à ce qu’elle devienne significative.
C’est ce qu’a vécu Michele Crippa, un « super dégustateur » italien, qui a perdu son odorat pendant la pandémie de Covid-19. Lorsqu’il l’a retrouvé, il était déformé : les oranges sentaient le plastique brûlé, les pêches le basilic, et la vanille provoquait des nausées. Ce phénomène est probablement dû à des dommages causés aux neurones du bulbe olfactif.
Mais au-delà de ces troubles individuels, la perte d’odorat peut être le signe d’une pathologie plus grave. Elle est souvent associée à un simple rhume ou une grippe, mais elle peut également être un symptôme précoce de maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson.
Ce lien est connu depuis un certain temps, mais ce qui surprend, c’est que la perte d’odorat survient souvent des années avant l’apparition des premiers symptômes de ces maladies. Cela soulève la question de savoir si elle pourrait être utilisée comme un biomarqueur précoce pour un diagnostic plus rapide et une intervention thérapeutique plus efficace.
Le défi réside dans le fait que la perte d’odorat n’est pas spécifique à la maladie de Parkinson. Elle peut également survenir avec l’âge, le stress ou d’autres affections. Il est donc essentiel de ne pas minimiser ce symptôme, mais de l’évaluer attentivement en combinaison avec d’autres tests et indicateurs.
Dans le cas de la maladie de Parkinson, les premiers symptômes (raideurs, tremblements) apparaissent généralement lorsque plus de la moitié des neurones produisant la dopamine, un neurotransmetteur essentiel au contrôle des mouvements, ont déjà été perdus. Identifier la perte d’odorat pourrait permettre de diagnostiquer la maladie plus tôt et d’accéder à des traitements plus efficaces.
Des recherches suggèrent que la maladie de Parkinson pourrait même débuter au niveau du bulbe olfactif, des années avant l’apparition des troubles moteurs. Certains virus, pesticides ou toxines inhalés pourraient endommager cette zone et déclencher le processus dégénératif.
Dans le cas de la maladie d’Alzheimer, des dommages pourraient commencer dans le locus coeruleus, une petite région du tronc cérébral impliquée dans l’éveil et la concentration. La connexion entre cette zone et le bulbe olfactif pourrait expliquer pourquoi les troubles de l’odorat surviennent avant les premiers signes de démence.
La perte d’odorat ne serait donc pas un symptôme de la maladie elle-même, mais plutôt un signal d’alerte indiquant que le processus dégénératif est en cours.
Le diagnostic par l’odorat pourrait s’avérer précieux pour distinguer la maladie de Parkinson d’autres troubles du mouvement similaires. De plus, la perte d’odorat dans la maladie de Parkinson est souvent sélective : les patients perçoivent bien les odeurs agréables (chocolat), mais ont du mal à détecter les odeurs neutres ou désagréables (savon, fumée, caoutchouc).
Certains patients, notamment des femmes, développent des hallucinations olfactives, perçoivent des odeurs fantômes qui n’existent pas. Plus étonnant encore, la maladie de Parkinson aurait même une odeur spécifique, décrite comme boisée et musquée, que Joy Milne, une Écossaise dotée d’un odorat exceptionnel, a pu identifier chez son mari douze ans avant son diagnostic.
La perte de l’odorat, bien que souvent négligée, ouvre une fenêtre sur le cerveau, permettant aux chercheurs de mieux comprendre les mécanismes de ces maladies neurodégénératives et de développer des traitements plus efficaces pour améliorer la qualité de vie des patients.
À propos de l’auteur
Jannette Rodríguez Pallares est professeure d’anatomie humaine et d’embryologie à l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.