Publié le 8 décembre 2025 à 22h18. L’ancienne procureure de Saint-Louis, Kim Gardner, est de nouveau confrontée à des accusations de manquement à l’éthique professionnelle, relançant un débat sur l’utilisation des fonds publics et les motivations derrière ces plaintes.
- Kim Gardner devra se défendre devant un panel disciplinaire le mardi 9 décembre 2025.
- Les accusations portent sur l’utilisation inappropriée de fonds publics pour rembourser des dépenses personnelles, notamment suite à l’affaire Greitens.
- Gardner et ses avocats contestent les accusations, les qualifiant d’interprétation erronée d’un accord préalable et d’application sélective.
L’affaire remonte à 2022, lorsque Kim Gardner a admis avoir enfreint les règles déontologiques des avocats dans le cadre de l’enquête sur l’ancien gouverneur Eric Greitens. Elle avait alors écopé d’une réprimande, d’une amende de 750 $ et avait dû rembourser à l’État les frais de l’audience disciplinaire, soit un peu plus de 5 000 $.
Le problème réside dans l’utilisation du fonds de prévoyance du procureur de circuit pour couvrir ces dépenses. Or, selon la législation du Missouri (loi de l’État), ce fonds est réservé à des frais spécifiques tels que le déplacement de témoins venant d’autres États ou l’impression de documents juridiques.
L’année dernière, Gardner avait conclu un accord de diversion avec les procureurs fédéraux concernant cette utilisation des fonds. L’affaire avait pris une dimension fédérale car la ville de Saint-Louis reçoit plus de 10 000 $ par an du gouvernement américain, et le montant total versé par Gardner dépassait les 5 000 $.
Les nouvelles accusations d’éthique formelles reprochent à Gardner quatre manquements : violation de la loi fédérale, violation de la loi de l’État concernant l’utilisation du fonds de prévoyance, conduite impliquant « la malhonnêteté, la fraude, la tromperie ou la fausse déclaration » en demandant à ses collaborateurs de rembourser ses dépenses personnelles avec ces fonds, et enfin, une conduite préjudiciable à l’administration de la justice.
Le Bureau du conseiller disciplinaire en chef, qui mène l’enquête au nom de l’État, demande au panel de trois personnes de conclure à une faute professionnelle et de prononcer une sanction. Cependant, il n’a pas spécifié le type de sanction souhaitée.
Dans leur réponse (mémoire), les avocats de Kim Gardner présentent neuf arguments pour contester les accusations. Ils affirment que les allégations du bureau du conseiller disciplinaire reposent sur une « interprétation fondamentale erronée » de l’accord conclu avec les procureurs fédéraux. Ils soulignent également que Gardner n’a jamais été accusée d’un crime et que, par conséquent, la principale accusation d’éthique est infondée.
Ils ajoutent que Gardner s’est appuyée sur les conseils d’un avocat spécialisé en éthique lors de sa première audience disciplinaire et qu’elle avait demandé à la ville de Saint-Louis, son employeur à l’époque, de lui rembourser les frais. Elle n’aurait pas choisi elle-même le fonds utilisé pour ce remboursement.
Le mémoire de Gardner reprend un argument qu’elle a souvent utilisé durant son mandat : cette nouvelle affaire d’éthique serait une « application sélective », assimilable à une chasse aux sorcières plutôt qu’à une véritable volonté de protéger la profession juridique.
« Il n’existe aucun précédent pour discipliner une procureure élue de Saint-Louis de la manière dont elle a été traitée »,
Ron Sullivan et Maurice Foxworth, avocats de Kim Gardner
Ron Sullivan, professeur à la faculté de droit de Harvard, avait déjà assisté Gardner dans les poursuites contre Eric Greitens. Maurice Foxworth, quant à lui, est un ancien camarade de promotion de Gardner à la faculté de droit et a déjà travaillé comme consultant pour le bureau du procureur de circuit.