Publié le 9 décembre 2025. L’Union européenne s’inquiète d’une nouvelle stratégie de sécurité américaine qui critique ouvertement les institutions européennes et semble privilégier une approche transactionnelle, suscitant des interrogations sur l’avenir du partenariat transatlantique.
- António Costa, président du Conseil européen, a exprimé sa préoccupation face à une possible ingérence américaine dans la politique intérieure européenne.
- La nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis, inspirée de la doctrine « America First », est perçue comme un défi à la souveraineté européenne.
- Washington affiche son intention de soutenir les « partis patriotiques » européens et de faire pression pour une restriction de l’immigration.
Bruxelles observe avec inquiétude la publication de la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine, un document qui, selon de nombreux observateurs, marque une rupture avec la politique traditionnelle de Washington envers l’Europe. Le président du Conseil européen, António Costa, a publiquement exprimé son malaise lundi 8 décembre, lors d’un débat à l’Institut Jacques Delors. « Nous ne pouvons accepter la menace d’ingérence dans la vie politique de l’Europe », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité de préserver la souveraineté européenne.
La stratégie américaine, largement considérée comme un affront, met en avant les intérêts nationaux des États-Unis et critique ouvertement les institutions européennes. Le gouvernement américain publie périodiquement ce type de plan décrivant sa future politique de sécurité, mais cette dernière version se distingue par son ton particulièrement critique. Elle accuse l’Europe de récession économique, de restrictions à la liberté politique et de mauvaises politiques d’immigration. Selon le document, les institutions européennes restreindraient la liberté d’expression et réprimeraient l’opposition, tandis que les identités nationales s’estomperaient. « Si rien ne change, le continent sera méconnaissable dans 20 ans ou moins », affirme la stratégie, qui insiste également sur la nécessité de freiner les migrations massives.
Judy Dempsey, analyste politique chez Carnegie Europe, estime que ce document est une simple continuation de la politique « MAGA » (Make America Great Again) de Donald Trump. « Maintenant, nous connaissons la position de l’administration Trump, c’est clair », a-t-elle déclaré à DW. Elle souligne que Washington adopte une approche purement transactionnelle : tout a un prix et doit servir les intérêts américains.
La nouvelle stratégie s’appuie notamment sur le discours prononcé par le vice-président américain JD Vance lors de la Conférence sur la sécurité de Munich en février 2025, où il avait dénoncé un prétendu manque de liberté d’expression en Europe et remis en question les valeurs européennes. Le nouveau document stratégique va encore plus loin dans cette critique.
Le gouvernement américain affiche son intention de jouer un rôle actif et de « contribuer » à améliorer la situation en Europe. Il souhaite notamment « stimuler la résistance contre le cours actuel des nations européennes » et soutient l’influence des « partis patriotiques européens », citant par exemple l’AfD (Alternative für Deutschland), qui entretient des contacts avec des responsables républicains. Cette volonté se traduit déjà par des instructions données par le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui a ordonné aux diplomates américains en Europe de faire pression sur les gouvernements nationaux pour qu’ils restreignent considérablement l’immigration.
La stratégie américaine suscite également la confusion en louant la position de Moscou sur la guerre en Ukraine. Washington a récemment présenté un plan de paix en 28 points, accueilli favorablement par la Russie, mais vivement contesté par les responsables européens et le président ukrainien Zelensky, car il tenait largement compte des intérêts russes. L’administration Trump se considère ainsi « en contradiction avec les politiciens européens qui ont des attentes irréalistes concernant la guerre ». Le Kremlin a d’ailleurs salué la nouvelle stratégie de sécurité américaine, affirmant qu’elle coïncidait largement avec ses propres vues.
Ian Lesser, du German Marshall Fund, un think tank transatlantique, estime que ces déclarations confirment une divergence fondamentale : alors que les États-Unis considèrent la guerre en Ukraine comme un « problème désagréable » à résoudre rapidement, l’Europe est confrontée au défi de « comment vivre avec une Russie agressive à l’avenir ».
Malgré ces tensions, les responsables européens tentent de rassurer et de maintenir le partenariat transatlantique. La Haut Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, a tenté d’apaiser les inquiétudes lors du Forum de Doha. « C’est en partie vrai aussi », a-t-elle déclaré, tout en appelant à une plus grande confiance et en soulignant l’importance de la collaboration avec les États-Unis. « Nous devons rester ensemble. »
António Costa a également insisté sur l’importance du partenariat transatlantique, tout en affirmant que les États-Unis ne peuvent pas décider, au nom des citoyens européens, quels partis politiques sont légitimes. « Pour nous protéger non seulement de nos adversaires, mais aussi de nos alliés, nous devons renforcer l’Europe », a-t-il conclu.
(ct/ms)
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