Publié le 9 décembre 2023 14h30. La raffinerie de Talara, fleuron de l’industrie pétrolière péruvienne, est au bord du gouffre financier. Des impayés croissants menacent son approvisionnement en gaz naturel, pouvant entraîner un arrêt complet de la production.
- Petro-Pérou est confronté à des difficultés financières croissantes, exacerbées par des conflits internes et des retards de paiement.
- Le service de nettoyage de la raffinerie de Talara a été suspendu, avec une réduction drastique des fournitures de base comme le papier toilette et le savon.
- Gasnorp, le fournisseur de gaz naturel, menace de couper l’approvisionnement de la raffinerie si la dette de Petro-Pérou n’est pas réglée d’ici le 13 décembre.
La situation financière de Petro-Pérou se dégrade rapidement, mettant en péril le fonctionnement de la raffinerie de Talara. Outre la suspension du service de nettoyage, qui témoigne des difficultés de l’entreprise à honorer ses engagements les plus élémentaires, une menace plus grave plane : l’arrêt de la production faute de gaz naturel.
Selon des sources du secteur des hydrocarbures, Petro-Pérou doit au moins deux factures mensuelles à Gasnorp, l’entreprise détenant le monopole de la distribution de gaz naturel dans la région de Piura. Gasnorp a adressé une mise en demeure à Petro-Pérou, exigeant le paiement de sa dette avant le 13 décembre, sous peine de suspendre l’approvisionnement en gaz. Cette mesure est conforme à la réglementation en vigueur, qui autorise le concessionnaire à interrompre le service en cas de factures impayées.
Un arrêt de l’approvisionnement en gaz naturel aurait des conséquences désastreuses pour la raffinerie. Les spécialistes expliquent que le gaz est essentiel pour générer la chaleur nécessaire aux fours et aux chaudières, éléments centraux du processus de raffinage.
« Sans gaz, la raffinerie ne peut tout simplement pas fonctionner. C’est un échec et mat. »
Source du secteur
La paralysie de la raffinerie aggraverait encore la situation financière déjà précaire de Petro-Pérou, privant l’entreprise de revenus cruciaux pour rembourser ses dettes, notamment celles envers ses fournisseurs de pétrole brut et les détenteurs d’obligations de la raffinerie.
Federico Noguera, consultant pétrolier et gazier, nuance toutefois cette perspective. Il estime que la raffinerie dispose d’une certaine marge de manœuvre, bien que limitée. Certaines unités du complexe sont conçues pour fonctionner avec d’autres types de carburants, comme le flexicoking produit par l’usine FCK. Cependant, il souligne que l’état de fonctionnement de l’unité FCK est incertain.
« Personne ne sait avec certitude si l’unité FCK fonctionne à 100% ou non. »
Federico Noguera, consultant pétrolier et gazier
Petro-Pérou pourrait également utiliser du GPL et de l’essence produits par la raffinerie pour certains processus, mais cela entraînerait des pertes économiques en réduisant l’offre sur le marché local.
Cette impasse entre Petro-Pérou et Gasnorp survient dans un contexte de tensions croissantes avec les compagnies pétrolières de Piura, qui réclament le paiement d’une dette de plus de 120 millions de dollars pour la fourniture de pétrole à la raffinerie de Talara. Ces compagnies pourraient cesser de livrer du pétrole brut à Petro-Pérou si elles ne sont pas payées.
