Publié le 10 décembre 2025 15h39:00. Une nouvelle technologie d’intelligence artificielle permet aux personnes souffrant de troubles de la communication, comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA), de retrouver une voix naturelle et une expression faciale personnalisée grâce à un avatar numérique.
- Une organisation caritative britannique a développé une plateforme d’IA, VoxAI, qui crée des avatars photoréalistes capables de reproduire la voix et les expressions faciales des utilisateurs.
- La technologie, née du combat d’un roboticien atteint de SLA, vise à améliorer la qualité de vie des personnes souffrant de handicaps sévères affectant la parole.
- La Fondation Scott-Morgan prévoit de rendre le logiciel accessible gratuitement, tout en proposant une version premium avec des fonctionnalités avancées.
Une avancée majeure vient d’être présentée lors d’un sommet sur l’intelligence artificielle à New York : une technologie révolutionnaire qui offre une nouvelle voix à ceux qui l’ont perdue. Développée par la Fondation Scott-Morgan, basée au Royaume-Uni, cette plateforme d’IA permet aux personnes atteintes de troubles de la communication de s’exprimer de manière naturelle, grâce à un avatar numérique qui reproduit fidèlement leur personnalité.
Ce projet de cinq ans, fruit d’une collaboration entre des entreprises technologiques, des universités et des experts en robotique, représente un bond en avant significatif par rapport aux systèmes de synthèse vocale traditionnels, comme celui utilisé par le regretté physicien Stephen Hawking, atteint de la maladie du motoneurone (MND). La nouvelle approche, baptisée VoxAI, se concentre sur la création d’une expérience de communication plus fluide et plus humaine.
La Fondation Scott-Morgan a été créée par Peter Scott Morgan, un roboticien qui a lui-même reçu un diagnostic de MND. Son objectif : appliquer les principes de l’ingénierie pour améliorer la vie des personnes handicapées. C’est Bernard Muller, le directeur technique de la fondation, lui-même paralysé par la MND et capable de coder grâce à la technologie de suivi oculaire, qui a mené le développement de la plateforme.
VoxAI combine différentes technologies d’IA pour créer des avatars photoréalistes qui imitent les mouvements naturels et les expressions faciales humaines. L’avatar peut non seulement reproduire la voix de l’utilisateur, mais aussi écouter la conversation et proposer des réponses pré-sélectionnées, facilitant ainsi l’interaction sociale. Leah Stavenhagen, une ancienne consultante chez McKinsey atteinte de MND, est l’une des premières utilisatrices de la technologie. Son avatar a été entraîné à partir d’un livre qu’elle a écrit et de trente entretiens en anglais et en français.

La PDG de la Fondation Scott-Morgan, LaVonne Roberts, explique que les systèmes de communication traditionnels peuvent être lents et fatigants, tant pour l’orateur que pour l’auditeur.
« On constate souvent que les gens n’hésitent pas à attendre Stephen Hawking, mais les délais de communication posent généralement des problèmes aux deux parties. »
LaVonne Roberts, PDG de la Fondation Scott-Morgan
Elle souligne également que la lenteur de la communication peut conduire les personnes handicapées à utiliser des phrases plus courtes et à éviter les conversations, ce qui peut entraîner un isolement social.
La fondation prévoit de lancer un essai clinique de deux ans, mené par l’université mexicaine Tecnológico de Monterrey, afin d’évaluer l’impact de la plateforme sur une vingtaine de participants. Elle travaille également sur une version simplifiée de la technologie, accessible même sans connexion Wi-Fi. D-ID, une entreprise spécialisée dans la création d’avatars numériques, a contribué au projet en améliorant la capacité de l’IA à reproduire des expressions faciales réalistes, même chez les personnes souffrant d’une immobilité avancée.
Un moment particulièrement émouvant a marqué le développement de la technologie : une mère a exprimé à la fondation que l’avatar de sa fille, bien que performant, ne parvenait pas à capturer son sourire. Cette remarque a conduit à des améliorations significatives pour rendre les avatars plus expressifs et plus fidèles à la personnalité de l’utilisateur.
« Je me souviens de la mère d’Erin qui pleurait en voyant Erin sur une vidéo et lui a dit : ‘C’est son sourire’. Et j’ai su que nous étions sur quelque chose. »
LaVonne Roberts, PDG de la Fondation Scott-Morgan
Bernard Muller, l’architecte de la plateforme, témoigne que son avatar lui permet non seulement d’être visible, mais aussi de se sentir « présent » dans les interactions sociales.
« Quand quelqu’un voit mon avatar sourire ou se montrer inquiet, c’est moi qu’il voit, pas un handicap. Cela change tout dans ma façon de me connecter au monde. »
Bernard Muller, directeur technique de la Fondation Scott-Morgan
La Fondation Scott-Morgan ambitionne de démocratiser l’accès à cette technologie en la rendant disponible gratuitement sur le web, tout en proposant une version premium avec des fonctionnalités avancées. De nombreux ordinateurs et tablettes sont désormais équipés de systèmes de suivi oculaire, et les dispositifs fournis par le NHS pourraient également être compatibles avec la plateforme. Cette innovation pourrait bénéficier à plus de 100 millions de personnes dans le monde souffrant de troubles de la parole, qu’ils soient liés à un accident vasculaire cérébral, à une paralysie cérébrale, à un traumatisme crânien ou à de l’autisme non verbal.