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Meta bloque des dizaines de comptes queer et d’avortement, sans explication

by Amélie Bernard

Publié le 11 décembre 2025 à 21h42. Meta, la société mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, est accusée de censure ciblée à l’encontre de comptes traitant de questions LGBTQIA+ et de l’avortement, soulevant des inquiétudes quant à la liberté d’expression en ligne.

  • Meta aurait discrètement supprimé ou bloqué une cinquantaine de comptes liés à ces sujets ces dernières semaines.
  • L’entreprise justifie ces actions par des violations des règles de ses plateformes, mais sans fournir de preuves concrètes.
  • L’organisation Bits of Freedom dénonce une orientation conservatrice croissante chez Meta, exacerbée par le retour de Donald Trump.

Une vague de suppressions de comptes traitant de sujets sensibles a récemment secoué les plateformes de médias sociaux de Meta. Selon des informations révélées par The Guardian, l’entreprise aurait discrètement bloqué ou supprimé une cinquantaine de comptes liés aux questions LGBTQIA+ (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queer, intersexes, asexuels) et à l’avortement. Meta invoque des violations de ses règles, mais les détails restent flous et les preuves tangibles manquent, selon le média britannique.

Parmi les victimes figure au moins un compte néerlandais, The Queer Agenda d’Amsterdam, qui promeut les événements et expositions artistiques queer. Son fondateur, Jackie van Gemert, témoigne avoir vu son compte Instagram bloqué puis supprimé sans explication, entraînant également la suppression de son compte personnel et de celui d’un ancien collaborateur. L’organisation a ainsi perdu 11 000 abonnés.

« On se retrouve soudainement sans emploi et sans accès à sa communauté. »

Jackie van Gemert, fondateur de The Queer Agenda

Selon une capture d’écran partagée par Van Gemert avec le NOS, le système automatisé de Meta a identifié The Queer Agenda comme un compte promouvant la traite des êtres humains à des fins sexuelles. Van Gemert estime que le système a mal interprété des photos prises dans un club, mais souligne l’incohérence de cette accusation : « Je ne vois pas ce qui nous différencie des influenceurs en bikini sur la plage, qui sont eux autorisés sur Instagram. »

Dans une réponse au Guardian, Meta affirme que ses règles sont appliquées de manière uniforme à tous les utilisateurs. Cependant, l’organisation Reproduction non censurée signale une tendance à la censure ciblée des comptes queer et LGBT, ainsi que de ceux gérés par des travailleuses du sexe ou proposant des informations sur l’accès à l’avortement. Selon cette organisation, le système d’intelligence artificielle utilisé par Meta pour détecter les violations de ses règles est manipulé par des opposants à l’avortement et à la diversité des genres, qui signalent massivement ces comptes.

Lotje Beek, de l’organisation de défense des droits civiques Bits of Freedom (BOF), juge « scandaleux » le blocage de comptes comme The Queer Agenda, mais souligne que cela s’inscrit dans une tendance plus large.

« Cela correspond à ce que nous observons souvent chez Meta. Peu de temps après l’élection de Trump, il était impossible de rechercher le terme “#démocrates” et certains comptes sur l’avortement avaient déjà été supprimés. »

Lotje Beek, Bits of Freedom

Elle relie ces actions à la deuxième présidence de Donald Trump et au virage conservateur annoncé par Mark Zuckerberg, PDG de Meta, début 2024.

Beek précise que Meta est en droit d’établir des règles sur ses plateformes, à condition qu’elles soient conformes à la loi. Cependant, elle insiste sur la nécessité d’une justification claire des blocages et d’une possibilité de recours pour les propriétaires de comptes concernés, ce qui n’est pas toujours le cas. Elle souligne que les plateformes progressistes sont souvent les plus touchées par ces « erreurs techniques ».

Beek estime que la Commission européenne doit intervenir pour garantir le respect du droit européen, qui interdit de traiter différemment les contenus en fonction de leur orientation idéologique ou politique. Elle suggère l’imposition de sanctions à Meta en cas de non-conformité.

En attendant, son conseil aux organisations comme The Queer Agenda est de diversifier leur présence en ligne et de développer leurs propres plateformes ou sites web, afin de ne pas dépendre entièrement des réseaux sociaux.

« Essayez de ne pas être trop dépendant d’une seule plateforme et essayez d’attirer les gens vers votre propre plateforme ou site, afin de pouvoir contrôler votre portée. »

Lotje Beek, Bits of Freedom

The Queer Agenda a d’ores et déjà mis en place son propre site web et envisage de créer des groupes sur Signal, une alternative à WhatsApp axée sur la protection de la vie privée. L’organisation prévoit également de développer des activités hors ligne, notamment à travers la création d’un magazine.

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