Home MondeComment rencontrer GenZ avec GenAI : adoptez cette double force de perturbation – et renforcez les salles de rédaction

Comment rencontrer GenZ avec GenAI : adoptez cette double force de perturbation – et renforcez les salles de rédaction

by Clara Dubois

L’intelligence artificielle générative transforme en profondeur la relation des jeunes générations avec l’information, obligeant les rédactions à repenser leur approche pour ne pas perdre leur public. La génération Z, née entre 1997 et 2012, façonne déjà les attentes en matière de consommation médiatique et de confiance envers l’information.

C’est ce que révèle une étude présentée lors du récent sommet de la WAN-IFRA à Copenhague par Sofia Giannuzzi, chercheuse en IA à Oxford. Selon ses travaux, l’IA ne cause pas une rupture en soi, mais accélère un changement déjà amorcé dans les habitudes des jeunes.

« En résumé, j’ai découvert que l’IA accélère un changement déjà en cours. Mais ce n’est pas nécessairement la seule cause de perturbation », explique Giannuzzi. « Le plus important est la façon dont les jeunes publics remodèlent ce que signifie faire confiance et utiliser l’information, et l’IA est à la fois l’outil et le cadre dans lequel cela se produit. »

Les rédactions doivent donc s’adapter à cette double dynamique. Il ne s’agit plus de résister au changement, mais de l’embrasser et de veiller à ce que l’IA renforce la voix humaine plutôt que de la masquer. Giannuzzi souligne que les jeunes ne se désintéressent pas de l’actualité, mais la consomment différemment, privilégiant notamment les influenceurs et les contenus personnalisés.

« L’IA et les influenceurs réussissent parce qu’ils reflètent la façon dont les gens veulent consommer l’information et parce qu’ils rencontrent les jeunes dans le format qu’ils préfèrent », précise-t-elle. Ce phénomène redéfinit les attentes et peut, à terme, invisibiliser le travail des journalistes et des rédactions.

Pour éviter cette situation, Giannuzzi préconise de considérer les jeunes comme des partenaires de conception et identifie quatre tendances émergentes :

  • Des besoins non satisfaits : Les rédactions produisent souvent un contenu qui ne correspond pas aux attentes de leur public, un vide que l’IA est capable de combler.
  • Une confiance accrue envers les contenus générés par l’IA : L’exposition répétée à l’IA pourrait conduire à une confiance aveugle, d’où l’importance pour les rédactions de garantir l’exactitude de l’information, même lorsqu’elle est adaptée par l’IA.
  • L’essor de la marque individuelle : Les rédactions qui mettent en avant leurs journalistes en tant que personnalités distinctes fidéliseront davantage un public plus jeune.
  • Une utilisation plus créative de l’IA : L’IA offre de nouvelles opportunités pour diffuser l’information sous des formats innovants, susceptibles d’attirer les jeunes.

Face à ces tendances, Giannuzzi propose cinq pistes d’action concrètes :

  1. Adopter un journalisme distinctif : Dans un contexte où l’IA peut générer des informations techniquement correctes mais dépourvues d’émotion, la différenciation passe par la qualité de la narration, la curiosité et la transparence du processus journalistique.
  2. Liquéfier, personnaliser et localiser : Il est essentiel de proposer une variété de formats et de contenus adaptés aux préférences de chaque utilisateur, en transformant chaque élément d’information en un noyau réutilisable.
  3. Rendre le contenu accessible, selon ses propres conditions : Les rédactions doivent rester visibles dans la chaîne de valeur et s’assurer que leur travail est correctement attribué, même lorsqu’il est utilisé par des systèmes d’IA.
  4. Miser sur les expériences en direct : Les événements en direct, tels que les podcasts, les briefings réservés aux abonnés ou les questions-réponses avec les journalistes, créent de la rareté et de l’authenticité.
  5. Valoriser les journalistes : Les jeunes suivent les individus, pas les institutions. Il est donc crucial d’investir dans les marques personnelles des journalistes, de leur offrir une formation aux médias sociaux et de les associer à de nouveaux modèles économiques.

« Il y a ici une opportunité d’utiliser la technologie non pas comme un bouclier ou comme un raccourci, mais comme un moyen d’amplifier ce qui rend le journalisme humain », conclut Giannuzzi. « Et si les rédactions peuvent le faire, si elles peuvent utiliser l’IA pour servir ces objectifs plutôt que de les remplacer, alors cette perturbation, aussi intimidante qu’elle puisse paraître, ne deviendra qu’un autre chapitre de la très longue histoire du journalisme. »

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