Publié le 13 décembre 2025 à 06h17. Le réalisateur dano-norvégien Joachim Trier explore avec une acuité troublante les méandres de la mémoire familiale et les blessures intergénérationnelles dans son nouveau film, Valeur sentimentale, présenté à Cannes où il a reçu le deuxième prix le plus prestigieux.
- Valeur sentimentale, le dernier film de Joachim Trier, aborde les thèmes du deuil, du traumatisme et de la difficulté à établir des liens authentiques.
- Le film met en scène une distribution talentueuse, notamment Renate Reinsve et Stellan Skarsgård, et explore les dynamiques complexes entre un père, sa fille et une jeune actrice.
- L’œuvre de Trier se distingue par son approche subtile et nuancée, privilégiant la suggestion à l’explication, et invitant le spectateur à une introspection personnelle.
Joachim Trier, connu pour ses films complexes et introspectifs, revient avec Valeur sentimentale, une œuvre qui creuse les profondeurs de la psyché humaine. Après le succès de La pire personne au monde en 2021, qui a révélé l’actrice Renate Reinsve au public américain, le réalisateur poursuit son exploration des relations humaines et des non-dits. Son nouveau long métrage, salué à Cannes, ne tombe pas dans le mélodrame sentimental, mais offre une analyse lucide et parfois amère des mécanismes de la mémoire et du deuil.
Le film suit Nora (Renate Reinsve), une actrice de théâtre confrontée à la mort de sa mère. Ce deuil, survenu juste avant une représentation cruciale, la plonge dans un état de dérive émotionnelle. Elle semble incapable de ressentir pleinement sa peine, se protégeant derrière une façade d’indifférence. Parallèlement, l’histoire explore le passé de Gustav (Stellan Skarsgård), son ex-père, un cinéaste reconnu qui tente de faire face aux traumatismes de son enfance. Sa mère, victime de torture par des partisans nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, s’est suicidée alors qu’il était enfant, un événement qu’il cherche à exorciser à travers son prochain film.
Gustav choisit Rachel Kemp (Elle Fanning), une jeune actrice américaine, pour incarner le rôle principal de son film, un rôle qui est en réalité un reflet de Nora et de sa grand-mère. Fanning se retrouve face à un défi de taille : interpréter une actrice confrontée à ses propres doutes et à la difficulté de s’approprier un rôle complexe, tout en jonglant avec les contraintes linguistiques et culturelles. Bien que son rôle ne soit pas le plus flamboyant, il est sans doute le plus exigeant.
Cependant, c’est Inga Ibsdotter Lilleaas, dans le rôle d’Agnès, la sœur de Nora, qui offre une performance particulièrement touchante. Elle incarne une figure de médiation, capable d’une empathie sincère et d’une lucidité rare. Agnès parvient à se connecter à son père et à sa sœur, là où Nora reste enfermée dans son propre monde. Lilleaas livre une interprétation subtile et nuancée, qui donne une profondeur supplémentaire au film.
Trier et son co-scénariste, Eskil Vogt, accordent une importance particulière à l’atmosphère et à l’environnement. Dès les premières images, la maison familiale devient un personnage à part entière, chargée de souvenirs et de fantômes du passé. Les imperfections de cette habitation, les traces du temps et les objets qui témoignent de la vie de ses occupants, créent une ambiance oppressante et mélancolique. Valeur sentimentale explore ainsi la manière dont les traumatismes se transmettent de génération en génération, façonnant les individus et leurs relations.
Le film se déroule sur une durée de 133 minutes, mais ne cède jamais à la lourdeur ou à la simplification. Trier privilégie les dialogues subtils et les silences éloquents, laissant au spectateur le soin de compléter les informations et de tirer ses propres conclusions. Son esthétique épurée, marquée par l’utilisation de la lumière naturelle, invite à la contemplation et à l’introspection. Valeur sentimentale est actuellement en salles.
À ne pas manquer
