Publié le 24 septembre 2025 10h15. Au Ghana, l’ascension sociale semble de plus en plus dictée par des moyens détournés – exploitation minière illégale, escroqueries en ligne et engagement politique – au détriment des voies traditionnelles et méritocratiques.
- L’exploitation illégale de l’or (galamsey), la fraude numérique et la politique sont perçues comme les moyens les plus rapides d’acquérir richesse, visibilité et influence.
- Une convergence inquiétante se dessine entre ces trois sphères, avec des individus impliqués dans des activités illégales qui investissent la politique pour se protéger et étendre leurs réseaux.
- Le problème est symptomatique d’un système où les opportunités légitimes sont rares et où le mérite est peu récompensé, conduisant à une normalisation de la transgression.
Au Ghana, le rêve de réussite semble s’incarner de plus en plus dans des activités aux marges de la légalité. L’exploitation minière illégale, connue sous le nom de « galamsey », la fraude sur internet et l’engagement politique sont désormais considérés par beaucoup comme les voies les plus directes vers la prospérité, l’influence et la reconnaissance sociale. Cette réalité troublante révèle un malaise profond au sein de la société ghanéenne, où les circuits traditionnels d’ascension sociale apparaissent lents, complexes et souvent inaccessibles.
Le galamsey, malgré ses dangers et son impact environnemental désastreux, attire les jeunes hommes en quête d’une richesse rapide, souvent faute d’alternatives viables. La fraude numérique, quant à elle, offre des gains encore plus rapides à ceux qui maîtrisent les outils informatiques et les techniques de manipulation. La politique, enfin, est perçue par nombre de Ghanéens comme une carrière opportuniste, où l’accès au pouvoir est synonyme d’enrichissement personnel.
Cette situation a donné naissance à un phénomène nouveau et préoccupant : une fertilisation croisée entre ces trois univers. Des individus impliqués dans le galamsey ou la fraude investissent désormais la politique, que ce soit en finançant des campagnes électorales ou en se présentant eux-mêmes aux élections. Cette imbrication permet de légitimer leurs activités illégales, de bénéficier d’une protection accrue et d’étendre leurs réseaux d’influence. Le préjudice causé à la société est considérable, car il établit un lien direct entre la criminalité clandestine et la gouvernance formelle, fragilisant les institutions censées lutter contre ces abus.
Ce recours aux raccourcis n’est pas seulement un problème économique, mais aussi moral. Il normalise l’idée que la réussite se mesure à la capacité à contourner ou à briser les règles, plutôt qu’à celle de les respecter et de les faire évoluer. Cette mentalité décourage ceux qui s’engagent sur la voie de l’honnêteté, de la patience et du travail acharné, créant une société où l’intégrité est perçue comme une faiblesse. Une fois cette conviction ancrée, il devient difficile de maintenir des institutions solides, la confiance et un développement durable.
La solution ne réside pas dans une simple condamnation du galamsey, de la fraude ou des dérives de la politique. Le Ghana dénonce ces pratiques depuis des années, sans résultats significatifs. La véritable réponse consiste à rendre les voies légitimes plus attractives que les raccourcis. Cela implique de construire des industries compétitives qui offrent des salaires décents, de soutenir les petites entreprises en facilitant leur accès au crédit, d’améliorer la formation professionnelle et de garantir que le service public récompense le mérite et les compétences, plutôt que les relations personnelles.
Il est impératif de ne pas continuer à blâmer les jeunes pour leurs choix, mais de repenser en profondeur le système. Si le Ghana aspire à un avenir fondé sur l’intégrité, l’innovation et l’entrepreneuriat, il doit créer des opportunités qui rivalisent avec les tentations de la facilité. Tant que cela ne sera pas le cas, le galamsey, la fraude et la politique resteront les voies les plus rapides et les plus tentantes vers un succès que nous prétendons admirer, mais que nous obtenons rarement de manière honnête.
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