Publié le 14 décembre 2025 à 05h00. Istanbul, métropole turque construite sur des failles sismiques majeures, est confrontée à une menace croissante de méga-séisme, dont les experts estiment la probabilité élevée dans les prochaines décennies.
- Un tremblement de terre majeur, potentiellement de magnitude 7 ou plus, est statistiquement attendu à Istanbul, avec un risque de destructions massives en raison de la vulnérabilité des bâtiments.
- La faille nord-anatolienne, qui traverse la mer de Marmara, accumule des tensions depuis des décennies, sans s’être déchargée par un séisme significatif.
- Les experts estiment que la probabilité d’un méga-séisme dans la région au cours des prochaines décennies atteint 80 %, avec un potentiel de centaines de milliers, voire de millions de victimes.
La Turquie est encore marquée par les souvenirs du séisme dévastateur du 6 février 2023, qui a frappé la région frontalière avec la Syrie. D’une magnitude de 7,8, suivi de répliques presque aussi puissantes, ce tremblement de terre a causé la mort de plus de 62 000 personnes et fait plus de 125 000 blessés dans les deux pays. Cet événement tragique a mis en lumière la vulnérabilité du pays face aux risques sismiques.
Istanbul se trouve à la convergence de trois plaques tectoniques : la plaque anatolienne, la plaque arabe et la plaque africaine. Les tensions s’accumulent le long de deux zones de failles principales : la faille nord-anatolienne, qui traverse la Turquie, et la zone de transformation de la mer Morte, qui s’étend jusqu’en Afrique. Cette configuration géologique rend la région particulièrement propice aux tremblements de terre.
Les géoscientifiques s’inquiètent particulièrement d’une section de la faille nord-anatolienne située sous la mer de Marmara. Cette zone est restée relativement calme sur le plan sismique pendant des décennies, ce qui est interprété comme un signe avant-coureur d’une accumulation de tensions dangereuses. Une longue période sans séisme ne signifie pas que le risque est faible, mais au contraire, qu’une rupture potentiellement majeure se prépare.
Selon Marco Bohnhof, scientifique au Centre allemand de géorecherche de Potsdam, le principal problème réside dans la préparation insuffisante de la ville. Malgré l’existence de réglementations de construction strictes, elles sont rarement respectées. Dans une interview accordée à t-online en 2023, il explique :
« Un tremblement de terre aurait dû se produire depuis longtemps. Statistiquement, il y en a un tous les 250 ans. Le dernier tremblement de terre majeur s’est produit en 1766. »
Marco Bohnhof, scientifique au Centre allemand de géorecherche de Potsdam
Les données de différents modèles indiquent une probabilité de 80 % qu’un méga-séisme frappe la région dans les décennies à venir.
Naci Görür, spécialiste des tremblements de terre, partage ce point de vue alarmant. Il estime qu’environ 100 000 bâtiments à Istanbul risquent de s’effondrer, ce qui pourrait entraîner la mort de centaines de milliers, voire de millions de personnes. Il déplore un manque de sensibilisation au danger, tant au niveau de la population que des autorités locales et centrales. Comme il l’a déclaré à l’agence de presse allemande : « Les mesures visant à rendre les villes turques résilientes aux tremblements de terre ne suffisent pas. »
Sükrü Ersoy, professeur de géologie à l’Université technique de Yildiz, souligne que de nombreux bâtiments vulnérables n’ont pas encore été rénovés. La forte densité de population d’Istanbul rend les dégâts inévitables, même avec une planification adéquate. Le ministre turc du Développement urbain, Murat Kurum, a d’ailleurs reconnu qu’Istanbul ne serait pas en mesure de résister à un tremblement de terre majeur. Environ 1,5 million d’appartements et de locaux commerciaux sont considérés comme menacés.
Dietrich Lange, géophysicien au Centre Geomar Helmholtz pour la recherche océanique, met en garde contre une brèche de 30 kilomètres de long située sous Istanbul, où les tensions entre les plaques tectoniques ne se sont pas relâchées depuis longtemps. Il la compare à un ressort qui s’étire, accumulant de l’énergie. Dans une interview à t-online, il explique :
« C’est comme un ressort qui s’étire. Plus il s’allonge, plus le ressort s’accumule. »
Dietrich Lange, géophysicien au Centre Geomar Helmholtz pour la recherche océanique
L’épicentre du séisme attendu se situerait à environ 15 kilomètres de la ville, dans la mer de Marmara. La station de surveillance des séismes de Kandilli estime à 60 % la probabilité d’un séisme de magnitude supérieure à 7 d’ici 2030. Tom Parsons, de l’US Geological Survey (USGS), a calculé en 2004 une probabilité de 35 à 70 % d’un séisme de magnitude 7 ou plus dans la région sur une période de 30 ans. Plus de 20 ans se sont écoulés depuis, ce qui suggère que cette probabilité a probablement augmenté.
Sources utilisées :
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