Publié le 15 décembre 2025 09h13. Le cancer du poumon demeure la première cause de décès par cancer dans le monde, avec une incidence en hausse, notamment dans les pays en développement. Des avancées significatives sont toutefois observées dans le dépistage, le traitement personnalisé et l’immunothérapie, offrant un espoir accru aux patients.
- Le cancer du poumon est responsable de 12,9 % de tous les cancers, soit 1,8 million de nouveaux cas en 2012 selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
- En Turquie, il touche 51,9 % des hommes et 10,2 % des femmes, selon les données de « Santé publique 2020 ».
- Les cigarettes électroniques ne sont pas une solution pour arrêter de fumer et contiennent des substances cancérigènes.
Le cancer du poumon est un défi de santé publique majeur à l’échelle mondiale. L’augmentation de sa prévalence est étroitement liée à la consommation de tabac, particulièrement dans les pays en développement où cette pratique est en expansion. En Turquie, les statistiques de 2020 révèlent une disparité significative entre les sexes : plus de la moitié des hommes (51,9 %) sont touchés, contre un peu plus d’un dixième des femmes (10,2 %). Ces chiffres soulignent l’importance de politiques de prévention ciblées et d’un accès accru aux soins.
Les personnes les plus à risque sont celles qui fument ou ont fumé au moins 30 paquets de cigarettes par an et qui ont arrêté depuis moins de 15 ans. L’âge constitue également un facteur important, avec une prédisposition accrue chez les individus de 55 à 74 ans. Des antécédents familiaux de cancer du poumon ou un diagnostic à un âge précoce doublent également le risque. Comme l’explique le Dr Esra Sönmez, spécialiste des maladies thoraciques à l’hôpital universitaire de Koç, plus la consommation de tabac est importante et prolongée, plus le risque augmente.
« Les études actuelles montrent que les cigarettes électroniques utilisées avec des cigarettes augmentent le risque de cancer du poumon 4 fois par rapport au groupe qui fume uniquement. »
Dr Esra Sönmez, spécialiste des maladies thoraciques
Contrairement à une idée reçue, les cigarettes électroniques ne sont pas un outil efficace pour se sevrer du tabac et contiennent des substances potentiellement cancérigènes. Les recherches actuelles indiquent même que leur utilisation combinée à la cigarette traditionnelle quadruple le risque de développer un cancer du poumon. Des études approfondies sont en cours pour évaluer précisément l’impact des cigarettes électroniques sur la santé pulmonaire.
La pollution atmosphérique représente un autre facteur de risque majeur. L’exposition aux particules fines et aux gaz toxiques issus de la combustion de combustibles fossiles multiplie par sept le risque de cancer du poumon, selon la « Commission sur la santé et la pollution de l’environnement » du Lancet. Les principaux polluants incriminés sont le dioxyde d’azote, le dioxyde de soufre, l’ozone et les particules fines.
Certaines professions sont également associées à un risque accru, notamment les mineurs, les ouvriers de la peinture et de la construction, les travailleurs de la sidérurgie, les marins, ainsi que les chauffeurs de taxi et de camion. Ces métiers exposent à des substances cancérigènes telles que la silice, le radon, l’amiante, la fumée des moteurs diesel, et diverses poussières et vapeurs métalliques.
« La meilleure méthode de dépistage du cancer du poumon est la tomodensitométrie thoracique, qui peut fournir de bonnes coupes transversales sans contraste, et il est nécessaire d’inclure les personnes à haut risque dans les programmes de dépistage annuels. »
Prof. Dr. Deniz Tural, spécialiste en oncologie médicale
Le Professeur Deniz Tural, spécialiste en oncologie médicale à l’hôpital universitaire de Koç, souligne les progrès réalisés dans le diagnostic et le traitement du cancer du poumon. La tomodensitométrie thoracique est actuellement considérée comme la méthode de dépistage la plus efficace, particulièrement pour les personnes à haut risque, qui devraient bénéficier de programmes de dépistage annuels. Les techniques de diagnostic incluent la bronchoscopie, l’aiguille transthoracique et la biopsie endobronchique guidée par échographie, adaptées à la localisation des lésions suspectes.
Les techniques chirurgicales évoluent également, permettant des interventions moins invasives. L’association d’immunothérapie et de chimiothérapie avant la chirurgie peut également améliorer les résultats. Grâce aux nouvelles options de traitement ciblées et à l’immunothérapie, le taux de survie à 5 ans a atteint environ 30 %, et cette proportion devrait continuer à augmenter.
Des recherches prometteuses sont menées sur les vaccins contre le cancer, s’inspirant des développements récents en matière de vaccins contre la Covid-19. Deux types de vaccins sont à l’étude : l’un ciblant directement les protéines cancéreuses, l’autre activant les cellules T, les cellules de défense du système immunitaire, contre les cellules cancéreuses grâce à la technologie de l’ARN messager. L’objectif principal de ces études est de prévenir la récidive du cancer chez les patients ayant subi une intervention chirurgicale. Le vaccin BioNTech fait l’objet d’études approfondies dans plusieurs centres en Turquie.
L’innovation la plus importante réside dans les traitements personnalisés. Grâce au séquençage de nouvelle génération (NGS), il est possible d’identifier des mutations spécifiques qui provoquent le cancer et de les cibler avec des médicaments adaptés, souvent administrés par voie orale. Par exemple, la molécule Lorlatinib, ciblant la mutation de fusion ALK, permet de contrôler la maladie chez environ 60 % des patients sur une période de cinq ans, leur permettant de mener une vie quasi normale. De même, l’immunothérapie, associée à un marqueur appelé PD-L1, augmente le taux de survie à 5 ans à 30 % chez les patients ne présentant pas de mutation motrice.
Le Professeur Tural insiste sur le fait que le cancer du poumon est en grande partie évitable. La prévention, par la réduction de la consommation de tabac et la lutte contre la pollution atmosphérique, reste la clé.