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Traitement des MII sans danger pour les reins : un guide à l’intention des prescripteurs traitant l’IRC

Publié le 16 décembre 2025 à 19h26. Une revue d'experts propose des recommandations pour adapter les traitements des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) aux patients souffrant également de maladies rénales chroniques, afin de préserver au maximum leur…

Traitement des MII sans danger pour les reins : un guide à l’intention des prescripteurs traitant l’IRC

Publié le 16 décembre 2025 à 19h26. Une revue d’experts propose des recommandations pour adapter les traitements des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) aux patients souffrant également de maladies rénales chroniques, afin de préserver au maximum leur fonction rénale.

  • Les traitements biologiques semblent généralement sûrs et efficaces, même en cas de maladie rénale chronique sévère, y compris en dialyse.
  • La prudence est de mise avec les thérapies conventionnelles et les petites molécules, notamment les inhibiteurs de Janus kinase (JAK).
  • Une approche personnalisée, avec une surveillance étroite de la fonction rénale, est essentielle pour optimiser les traitements des MICI chez les patients atteints de maladies rénales.

La prise en charge des patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) et de maladies rénales chroniques (MRC) représente un défi croissant pour les cliniciens. La proportion de patients présentant ces deux affections simultanément est en augmentation, complexifiant la prise de décision thérapeutique. Une récente revue d’experts, publiée dans Aliment Pharmacol Ther, propose des lignes directrices pour adapter les traitements des MICI en tenant compte de la fonction rénale.

Selon les auteurs, l’optimisation de l’efficacité des traitements tout en minimisant les dommages aux reins nécessite une approche individualisée. La plupart des thérapies contre les MICI « semblent sûres et efficaces lorsqu’elles sont utilisées dans le traitement des maladies rénales chroniques, y compris dans le cadre d’une thérapie de remplacement rénal, en particulier les thérapies biologiques », soulignent les évaluateurs. Cependant, ils recommandent la prudence lors de l’utilisation de traitements conventionnels et de petites molécules comme les inhibiteurs de JAK.

Corticostéroïdes

Les experts recommandent d’utiliser la dose efficace la plus faible et la durée de corticothérapie la plus courte possible. Malgré des preuves solides suggérant qu’un ajustement de la dose n’est pas nécessaire en cas d’insuffisance rénale avancée, y compris en dialyse, ils préconisent une surveillance de la glycémie et de la tension artérielle chez les patients présentant des facteurs de risque de diabète ou d’hypertension. Ils suggèrent également d’envisager le budésonide à la place de la prednisolone chez les patients atteints d’insuffisance rénale avancée, en raison d’un risque plus faible d’accumulation systémique et d’effets indésirables.

Aminosalicylates

Pour les patients atteints de MICI et de MRC recevant des composés d’acide 5‐aminosalicylique (5‐ASA), tels que la mésalazine (mésalamine) et la sulfasalazine, les auteurs recommandent une surveillance initiale de la fonction rénale, puis tous les trois mois, et ensuite annuellement. Ils insistent sur l’importance d’une hydratation adéquate pour prévenir la déshydratation. L’utilisation d’aminosalicylates doit être prudente en cas d’insuffisance rénale ou de dialyse, en raison du risque de néphrite interstitielle aiguë, une complication connue de ces traitements.

Immunomodulateurs

Un ajustement posologique des thiopurines peut être envisagé chez les patients atteints d’insuffisance rénale avancée, en raison du potentiel d’accumulation de métabolites. L’azathioprine est privilégiée par rapport à la mercaptopurine et à la thioguanine, car elle a été plus étudiée dans les populations atteintes de MRC. L’allopurinol est considéré comme un complément sûr et efficace au traitement par la thiopurine, mais peut nécessiter une réduction de dose et une surveillance. Le méthotrexate doit être évité en cas d’insuffisance rénale terminale, car il est associé à un risque de toxicité et de myélosuppression, même à faibles doses.

Produits biologiques

Les anticorps monoclonaux ciblant le facteur de nécrose tumorale (TNF)-α, les intégrines et les interleukines 12 et 23 « semblent être sans danger » chez les patients atteints d’insuffisance rénale, y compris ceux sous dialyse. En général, un ajustement de la dose en fonction de la fonction rénale n’est pas nécessaire, car ces produits biologiques ont un poids moléculaire élevé et sont principalement métabolisés par des voies cellulaires et la dégradation protéolytique, et non par excrétion rénale. Cependant, les auteurs soulignent que la maladie rénale liée aux anti‐TNF, bien que rare, a été décrite dans d’autres maladies inflammatoires à médiation immunitaire. Dans ces cas, « un arrêt rapide est impératif car une insuffisance rénale à long terme est possible ».

Inhibiteurs de la calcineurine

Les inhibiteurs de la calcineurine peuvent être néphrotoxiques, en raison d’une réduction du débit sanguin rénal et du débit de filtration glomérulaire. Les lésions rénales aiguës et l’IRC sont les effets secondaires rénaux les plus courants associés à ces médicaments. Une surveillance étroite des niveaux résiduels est recommandée chez les patients atteints d’insuffisance rénale. Les cliniciens doivent également tenir compte de l’absorption systémique potentielle des préparations rectales. Le tacrolimus, cependant, est considéré comme sûr chez les patients dialysés.

Inhibiteurs de JAK et modulateurs des récepteurs S1P

Bien qu’il existe des « données limitées » sur les thérapies à petites molécules, y compris les inhibiteurs de JAK, une réduction de dose doit être envisagée en cas d’insuffisance rénale avancée. Les auteurs fournissent des lignes directrices pour l’ajustement de la dose d’upadacitinib, de tofacitinib et de filgotinib en fonction du débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe). Concernant les modulateurs des récepteurs S1P, ils indiquent qu’aucun ajustement de la dose n’est nécessaire en cas de MRC, y compris l’insuffisance rénale terminale, mais recommandent une utilisation prudente et un jugement clinique solide.

En conclusion, la sélection d’un traitement approprié contre les MICI chez les patients atteints de MRC nécessite une approche personnalisée, avec une surveillance diligente de la fonction rénale pour optimiser l’efficacité du traitement et minimiser l’atteinte rénale.

Référence

Chen L, Srinivasan A, Choy SW, Van J, Habeeb H, Nguyen A, Vasudevan A. Prescrire des médicaments contre les maladies inflammatoires de l’intestin dans les maladies rénales chroniques : un guide pratique. Aliment Pharmacol Ther. 2025;62(4):400-418. doi:10.1111/apt.70262

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.