La Corée du Sud affiche un taux de grossesses gémellaires et de naissances multiples anormalement élevé, bien supérieur à celui de nombreux autres pays. Une étude récente met en lumière les risques accrus pour les mères et les enfants, et plaide pour une évolution des politiques de santé publique afin de prévenir ces situations.
Selon un rapport publié le 18 octobre par Bae Hye-won, chercheuse à l’Institut coréen pour la santé et les affaires sociales, le taux de natalité gémellaire en Corée était de 28,8 pour 1 000 accouchements en 2023. Ce chiffre est significativement plus élevé que la moyenne des pays participant à la base de données sur les naissances multiples humaines (HMBD), qui s’établit à 15,5 cas pour 1 000 naissances. Seule la Grèce, avec 29,5 cas, présente un taux supérieur.
L’étude révèle également une augmentation de la proportion de naissances multiples de rang élevé, comme les triplés ou plus. En 2015, ces naissances représentaient 2,4 % des jumeaux nés, contre 3,4 % en 2023. Le taux de naissances multiples de triplés ou plus, avec 0,67 pour 1 000 accouchements, est le plus élevé parmi les pays HMBD, soit trois fois la moyenne mondiale (0,2 cas).
Ce phénomène, paradoxal compte tenu du taux de fécondité globalement bas en Corée – le plus faible au monde – est attribué à plusieurs facteurs. L’âge moyen des mères à la naissance a augmenté, passant de 32,2 ans en 2015 à 33,7 ans en 2023, et l’âge des mères de jumeaux est encore plus élevé (35,3 ans contre 33,6 ans). Par ailleurs, le recours aux techniques de procréation médicalement assistée (PMA) a connu une hausse de 33 % en sept ans, avec 161 083 patientes traitées en 2023 contre 121 038 en 2018.
« La naissance de jumeaux comporte un risque élevé pour la mère et le fœtus, et les efforts politiques avant la grossesse pour protéger la santé de la mère et du fœtus et réduire les grossesses gémellaires sont relativement insuffisants », explique Bae Hye-won. Le rapport souligne que les politiques coréennes actuelles se concentrent principalement sur la gestion des conséquences des naissances multiples, plutôt que sur la prévention.
L’étude préconise un changement de paradigme, inspiré des politiques mises en œuvre dans d’autres pays dès les années 2000, en privilégiant une approche préventive. Elle suggère de renforcer les politiques visant à garantir le droit à la santé à tous les stades de la grossesse et à réduire le taux de grossesses gémellaires. Le gouvernement a répondu aux inquiétudes concernant un éventuel impact négatif sur le taux de natalité global en soulignant l’exemple du Royaume-Uni, qui a réussi à réduire les naissances multiples tout en maintenant un certain niveau de natalité.