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Santé

2025-12 – Une approche nanomédicale de précision pour les infections urinaires résistantes aux médicaments

Publié le 18 décembre 2025 à 11h09. Face à l'augmentation de la résistance aux antibiotiques, des chercheurs sud-africains développent une méthode innovante pour délivrer les médicaments directement aux bactéries responsables des infections urinaires, limitant ainsi les effets secondaires…

Publié le 18 décembre 2025 à 11h09. Face à l’augmentation de la résistance aux antibiotiques, des chercheurs sud-africains développent une méthode innovante pour délivrer les médicaments directement aux bactéries responsables des infections urinaires, limitant ainsi les effets secondaires et améliorant l’efficacité des traitements.

  • Les infections urinaires sont de plus en plus difficiles à traiter en raison de la résistance croissante des bactéries aux antibiotiques.
  • Une nouvelle approche, basée sur la nanotechnologie, permet de cibler précisément les bactéries infectées, réduisant l’exposition des tissus sains et limitant le développement de résistances.
  • Cette technologie pourrait également être adaptée pour d’autres types d’infections et réduire la fréquence des administrations de médicaments.

Les infections urinaires figurent parmi les affections bactériennes les plus répandues à travers le monde. Malheureusement, leur traitement est de plus en plus compromis par la résistance aux antimicrobiens, un phénomène exacerbé par une utilisation excessive et parfois inappropriée des antibiotiques. Des médicaments autrefois efficaces mettent désormais plus de temps à agir, voire s’avèrent inopérants, obligeant les médecins à recourir à des traitements plus puissants, souvent réservés en dernier recours.

Pour contrer cette tendance inquiétante, l’attention se tourne vers des stratégies innovantes d’administration des médicaments, plutôt que vers la simple recherche de nouvelles molécules. L’idée est de maximiser l’impact thérapeutique tout en minimisant les effets indésirables et la pression sélective qui favorise l’émergence de résistances.

Lorsqu’un antibiotique est administré de manière générale, il expose non seulement les bactéries pathogènes, mais également les bactéries inoffensives présentes dans l’organisme, ainsi que les tissus sains. Même une faible exposition peut inciter les bactéries à développer des mécanismes de défense. De plus, si la concentration d’antibiotique atteignant le rein ou la vessie est insuffisante, l’infection persiste et la résistance a plus de chances de s’installer.

Pour pallier ces inconvénients, Thabo Motaung, doctorant à la Wits Advanced Drug Delivery Platform (WADDP), conçoit des nanoparticules capables de délivrer l’antibiotique directement aux bactéries responsables des infections urinaires. Ce système repose sur un principe simple : une interaction de type « clé-serrure », où la nanoparticule agit comme la clé et la surface bactérienne comme la serrure.

« Lorsque ces éléments se rencontrent, la particule s’attache à la cellule bactérienne et libère l’antibiotique précisément là où il est nécessaire. Au lieu d’inonder l’ensemble du corps de médicaments, ce système limite l’exposition au site de l’infection, réduisant ainsi les pressions qui conduisent à la résistance et augmentant la probabilité que le médicament agisse efficacement »

Thabo Motaung, doctorant

L’administration ciblée des médicaments est donc un élément clé de la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Elle permet de contrôler la quantité d’antibiotique qui pénètre dans l’organisme, de diriger sa distribution et de limiter son impact sur les bactéries inoffensives.

Selon les estimations, environ 60 % des femmes adultes seront confrontées à au moins une infection urinaire au cours de leur vie, et jusqu’à 30 % subiront une récidive dans les six mois suivant la première infection. Avec l’augmentation de la résistance, ces cycles d’infections récurrentes deviennent de plus en plus difficiles à gérer, plus coûteux pour les systèmes de santé et plus perturbateurs pour les patients.

Dans de nombreux cas, les infections urinaires se propagent de la vessie aux reins, entraînant des infections des voies urinaires supérieures, potentiellement graves. Ces infections nécessitent souvent un traitement intraveineux, qui expose l’ensemble de l’organisme à des doses élevées d’antibiotiques (seule une fraction atteignant les reins), augmentant ainsi le risque de toxicité et favorisant le développement de résistances.

Le système d’administration de médicaments à l’échelle nanométrique développé par Motaung est conçu pour une administration intraveineuse, mais il devrait modifier considérablement le comportement du médicament une fois à l’intérieur de l’organisme. Par exemple, la colistine, un antibiotique de dernier recours généralement administré toutes les six heures, provoque une toxicité rénale chez la moitié des patients en raison de son exposition systémique élevée. Grâce aux nanoparticules ciblées, la libération du médicament pourrait être ralentie et contrôlée, permettant potentiellement d’espacer les doses à plus de 12 heures tout en maintenant des concentrations élevées au niveau des tissus infectés.

« Bien que l’accent soit actuellement mis sur les infections urinaires des voies supérieures, la plateforme peut être adaptée pour administrer différents antibiotiques, y compris ceux utilisés plus tôt dans le parcours de traitement. Elle pourrait également offrir un soulagement aux patients qui ont des difficultés avec des injections répétées, car la libération contrôlée peut réduire le nombre de doses nécessaires »

Thabo Motaung, doctorant

D’ici la fin de ses études doctorales, Motaung espère disposer d’un prototype entièrement développé, prêt pour les tests précliniques. La nouvelle installation de niveau deux de biosécurité à Wits permettra d’évaluer le système au sein du WADDP et dans d’autres laboratoires spécialisés de l’université, accélérant ainsi le passage de la conception à l’application pratique.

La résistance aux antimicrobiens progresse à un rythme alarmant, dépassant la capacité du système de santé mondial à y répondre. Cette situation exerce une pression considérable sur les hôpitaux et transforme des infections courantes en problèmes médicaux complexes. Les recherches menées par Motaung démontrent qu’une partie de la solution réside dans la modification de la manière dont les antibiotiques sont administrés, afin de garantir qu’ils atteignent uniquement les bactéries qu’ils sont censés traiter. Dans un contexte où les options thérapeutiques efficaces se réduisent, ce type de précision pourrait s’avérer essentiel pour préserver l’avenir des soins contre les infections.

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.