Publié le 18 décembre 2023 16:32. Le président chilien Gabriel Boric a procédé à une autocritique sévère devant son équipe, reconnaissant des erreurs stratégiques et de gestion qui ont contribué à la récente défaite électorale de sa coalition.
- Gabriel Boric a admis des erreurs dans la gestion de plusieurs dossiers sensibles, notamment l’affaire Monsalve et le rejet de la réforme fiscale.
- Giorgio Jackson, ancien secrétaire général de la Présidence, a également circulé un document interne de 18 pages détaillant les faiblesses de l’administration.
- L’échec de l’achat de la maison de Salvador Allende et le retrait du Parti libéral du gouvernement ont également été pointés du doigt.
Lors d’une réunion avec les dirigeants du pacte « Unité pour le Chili », le président Boric a fait preuve d’une franchise inhabituelle, assumant sa part de responsabilité dans les difficultés rencontrées par son gouvernement. Cette auto-évaluation intervient après la défaite de Jeannette Jara face à José Antonio Kast au second tour de l’élection présidentielle, un revers qui a mis en évidence les fragilités de la coalition au pouvoir.
Selon le journal Le Troisième, quatre points principaux ont été abordés lors de cette réunion. Le premier concerne l’affaire Monsalve, impliquant Manuel Monsalve, ancien sous-secrétaire à l’Intérieur accusé de viol. Le président a reconnu que le gouvernement avait tardé à demander sa démission, et a regretté la conférence de presse controversée qu’il avait donnée à ce sujet, au cours de laquelle il avait même interpellé publiquement un conseiller en communication.
Le rejet de la réforme fiscale par la Chambre des députés en mars 2023 a également été analysé. Cette loi, présentée en deux projets distincts, avait rencontré une forte opposition de la part des partis de droite. Le président Boric a estimé que cet échec constituait un coup dur pour son programme économique.
L’abandon du projet d’acquisition de la maison de l’ancien président Salvador Allende, destinée à être transformée en musée, a également été évoqué. Cette affaire avait entraîné la démission du ministre de la Défense et de Maya Fernández, petite-fille d’Allende, ainsi que de l’ancienne sénatrice socialiste Isabelle Allende. Le président Boric a souligné que les procédures de validation de l’achat et de la vente n’avaient pas fonctionné correctement.
Enfin, le retrait du Parti libéral (PL) du gouvernement, suite au limogeage de son ministre des Travaux publics, Juan Carlos García, a été considéré comme une erreur. Le président Boric a admis que cette décision n’avait pas été judicieuse.
Parallèlement à cette auto-critique présidentielle, Giorgio Jackson, figure historique du Frente Amplio, a diffusé un document interne de 18 pages intitulé « La fin d’un cycle, à quoi s’attendre maintenant ? Quelques indices pour traiter les élections chiliennes ». Dans ce texte, il se livre également à une analyse sévère des erreurs commises par l’administration, citant même l’entraîneur argentin de football Marcelo Bielsa pour étayer ses arguments.
Jackson, qui avait quitté le gouvernement en août 2023 suite à des controverses liées à l’affaire Covenants, identifie plusieurs « erreurs évitables » qui ont pesé sur l’action gouvernementale. Il évoque notamment « des signaux erratiques » dans la formation de la coalition et l’équilibre au sein du comité politique, ainsi qu’un manque d’implication dans le processus constitutionnel après le premier tour. Il critique également son propre rôle au sein du Segpres, qu’il estime avoir entravé la consolidation de la confiance dans la coalition, et des déclarations maladroites sur « l’échelle des valeurs et des principes ».
Le document de Jackson mentionne également des erreurs spécifiques, telles que le raid controversé sur Temucuicui, le processus de grâce présidentielle pour les prisonniers lors de l’épidémie sociale, l’erreur de calcul concernant le rejet de la réforme fiscale, l’échec de l’achat des maisons des anciens présidents Aylwin et Allende, et une méthodologie erronée ayant conduit à une augmentation des prix de l’électricité et à la démission du ministre Pardow.
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