Publié le 21 décembre 2025 à 16h25. La Commission européenne espère toujours conclure un accord commercial avec le Mercosur (Marché commun du Sud) en janvier, malgré l’opposition persistante de plusieurs États membres, notamment la France et l’Italie, inquiets pour leurs agriculteurs.
- La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, vise une signature en janvier malgré les réticences.
- Les agriculteurs européens craignent une concurrence déloyale et dénoncent des normes environnementales et sociales moins strictes au Mercosur.
- Des manifestations massives d’agriculteurs ont eu lieu à Bruxelles, bloquant la ville et remettant en question les politiques commerciales de l’UE.
L’accord commercial entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur, négocié depuis plus de 25 ans, est au bord du blocage. Ursula von der Leyen a déclaré jeudi 18 décembre aux dirigeants européens qu’elle comptait sur un feu vert pour signer l’accord en janvier, initialement prévu le 20 décembre à Foz do Iguaçu, au Brésil. L’opposition de la France et de l’Italie, soucieuses de protéger leur secteur agricole, a contraint à un report.
Cet accord permettrait à l’UE d’accroître ses exportations vers l’Amérique du Sud, notamment de véhicules, de machines, de fromages, de vins et de spiritueux, en échange d’un accès facilité pour les produits agricoles sud-américains tels que la viande, le sucre, le riz, le miel et le soja. Cependant, les agriculteurs européens estiment que leurs activités sont déjà fragilisées et craignent que cet accord n’aggrave leur situation, notamment en raison des coupes budgétaires envisagées dans la Politique agricole commune.
Pourquoi une telle opposition des agriculteurs européens ?
Oscar Maurtua, juriste et ancien ministre des Affaires étrangères péruvien, explique que les produits provenant d’Argentine, du Brésil, du Paraguay ou de l’Uruguay, membres du Mercosur, représentent une « concurrence déloyale » pour les agriculteurs européens. Il souligne des différences significatives en termes de normes, de coûts de production et d’impact environnemental.
Contrairement aux producteurs européens, qui doivent respecter des réglementations strictes en matière d’environnement, de protection sociale et de bien-être animal dans le cadre du Green Deal européen, les pays du Mercosur bénéficient de contraintes moins importantes. Les agriculteurs français s’inquiètent particulièrement de l’arrivée de produits moins chers, issus de pratiques agricoles qu’ils jugent inacceptables.
« Ils dénoncent l’utilisation de pesticides dans le Mercosur (comme le glyphosate dans le soja ou les substances interdites dans l’UE pour le sucre) et les pratiques qui leur sont interdites. »
Oscar Maurtua, juriste et ancien ministre des Affaires étrangères péruvien
La taille des exploitations agricoles en Amérique du Sud permet également de produire à des coûts inférieurs à ceux des exploitations familiales européennes. De plus, l’importation de produits liés à la déforestation de biomes critiques comme l’Amazonie ou le Cerrado suscite de vives préoccupations, malgré l’adoption par l’UE d’une nouvelle loi sur la déforestation (EUDR) qui entrera en vigueur fin 2025. Les agriculteurs européens doutent de l’efficacité de cette loi pour contrôler les importations.
Un accord encore incertain
Ursula von der Leyen reste convaincue de pouvoir obtenir le soutien politique nécessaire à la signature de l’accord en janvier. Elle insiste sur la nécessité de réduire les dépendances de l’UE et considère le Mercosur comme un marché potentiel de 700 millions de consommateurs partageant des valeurs similaires. Cependant, le président français Emmanuel Macron a averti qu’il ne soutiendrait pas l’accord sans des garanties plus solides pour les agriculteurs français. L’Italie, la Pologne et la Hongrie se sont ralliées à cette position.
Pour Oscar Maurtua, la signature de l’accord reste donc « incertaine ». Il explique que la France et l’Italie, à la tête d’un bloc de pays opposés, exigent l’inclusion de « clauses miroir », qui obligeraient le Mercosur à adopter les mêmes règles que l’UE, ainsi que des mécanismes de sauvegarde automatiques en cas de crise du marché.
Du côté sud-américain, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a mis en garde contre un échec de l’accord, affirmant qu’il ne serait pas finalisé « tant que je serai président ». Le président espagnol Pedro Sánchez a quant à lui souligné l’importance de cet accord pour l’Europe et le monde.
Ce report constitue un revers pour la Commission européenne, l’Allemagne, l’Espagne et les pays nordiques, qui souhaitaient une signature rapide. Pour conclure le pacte, il faut l’approbation de 55 % des pays de l’UE, représentant au moins 65 % de sa population. Des sources diplomatiques ont indiqué que l’accord pourrait être signé le 12 janvier au Paraguay.
Mobilisation des agriculteurs à Bruxelles
Les agriculteurs européens ont exprimé leur opposition à l’accord par une manifestation massive jeudi 18 décembre dans le centre de Bruxelles, bloquant la ville avec des tracteurs. Cette action s’est déroulée alors que les dirigeants européens étaient réunis pour discuter de politique commerciale et agricole.
Les manifestants dénoncent des politiques qu’ils jugent menaçantes pour le secteur primaire et la souveraineté alimentaire européenne. Des fumigènes et des projectiles ont été lancés sur les forces de l’ordre, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Les revendications des agriculteurs ne se limitent pas à l’accord avec le Mercosur, mais portent également sur les taux d’imposition sur les engrais et la réforme de la Politique agricole commune, qui entraînerait une réduction d’environ 22 % du budget actuel.
« Nous sommes ici pour dire non au Mercosur. C’est comme si l’Europe était devenue une dictature. »
Maxime Mabille, éleveur belge
Les agriculteurs européens accusent également les pays du Mercosur de ne pas respecter les réglementations environnementales et sociales en vigueur dans l’UE, ce qui leur permettrait de vendre leurs produits à des prix inférieurs.
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