Publié le 24 mars 2024 10:00. Des chercheurs londoniens explorent de nouvelles voies thérapeutiques pour le trouble de stress post-traumatique (TSPT), en misant sur des approches innovantes comme le neurofeedback et la réorientation cérébrale profonde, pour les patients qui ne répondent pas aux traitements conventionnels.
Environ la moitié des personnes souffrant de TSPT ne connaissent pas d’amélioration significative avec les thérapies et les médicaments actuellement disponibles. Face à ce constat, des scientifiques du London Health Sciences Centre Research Institute (LHSCRI) et du London Health Sciences Centre (LHSC) mettent en lumière deux pistes prometteuses pour compléter les soins existants : le neurofeedback et la réorientation cérébrale profonde (RDP).
Le neurofeedback : un « entraînement cérébral » personnalisé
Le neurofeedback est une technique d’« entraînement cérébral » qui vise à aider les patients à modifier l’activité de leur cerveau. Elle repose sur la fourniture d’informations en temps réel sur leur fonctionnement cérébral. Des capteurs, placés de manière indolore sur le cuir chevelu, mesurent les ondes cérébrales grâce à l’électroencéphalographie (EEG). Ces capteurs ne transmettent aucun signal au cerveau, mais enregistrent simplement son activité.
Les schémas d’ondes cérébrales sont ensuite visualisés sur un écran d’ordinateur, souvent sous forme d’images animées, de jeux ou de sons. Lorsque le cerveau adopte un schéma plus équilibré ou plus calme, le patient reçoit un signal positif – un son agréable, par exemple, ou la progression d’un personnage dans un jeu. Inversement, si l’activité cérébrale s’éloigne de cet objectif, le signal change. Au fil des séances, le cerveau apprend à favoriser naturellement les états d’équilibre et de régulation.
Comment cette approche peut-elle aider les personnes atteintes de TSPT ? Elle pourrait agir de plusieurs manières : en réduisant l’hyperactivité cérébrale (état d’alerte excessif) ou l’hypoactivité (engourdissement, dissociation), en améliorant la communication entre les zones du cerveau impliquées dans la régulation des émotions, la mémoire et la capacité à l’introspection, et en permettant aux patients de reprendre le contrôle de leur état cérébral, plutôt que de se laisser submerger par les symptômes.
Le neurofeedback est une approche non médicamenteuse qui peut être utilisée en complément d’une thérapie et d’une médication existantes.
Des résultats encourageants, mais nécessitant des recherches supplémentaires
Les premières études sont encourageantes. Une revue systématique et une méta-analyse portant sur dix essais cliniques (293 participants) ont révélé que le neurofeedback EEG (NFB) permettait de réduire significativement les symptômes du TSPT, ainsi que l’anxiété et la dépression Askovic et al., 2023. Une autre méta-analyse, analysant 17 études impliquant 628 participants, a confirmé un effet cliniquement significatif du neurofeedback, qui tend à s’accentuer avec le temps Voigt et al., 2024.
Bien que non invasif et potentiellement responsabilisant pour les patients, le neurofeedback peut être long et coûteux, et nécessite une formation spécialisée. Il est important de souligner que cette approche n’est pas encore standardisée et doit être intégrée dans un plan de traitement global, supervisé par des professionnels qualifiés.
La réorientation cérébrale profonde : une approche basée sur les neurosciences
La réorientation cérébrale profonde (RDP) est une nouvelle approche thérapeutique, fondée sur les neurosciences contemporaines, conçue pour traiter les symptômes persistants du TSPT, des traumatismes complexes et des troubles liés à l’attachement. Développée par le Dr Frank M. Corrigan, elle repose sur l’idée que de nombreuses réactions traumatiques sont déclenchées par des réponses automatiques du tronc cérébral, une structure située à la base du cerveau qui assure notre survie face aux menaces.
Selon les recherches, le tronc cérébral joue également un rôle crucial dans la détection et la correction des « erreurs de prédiction » : lorsque l’événement qui se produit ne correspond pas à nos attentes, le cerveau ajuste son modèle interne pour s’adapter. Dans le contexte d’un traumatisme, le choc émotionnel intense peut être interprété comme une erreur de prédiction massive, qui submerge le système nerveux. Ce choc non traité peut persister dans le temps, maintenant une réponse défensive et empêchant l’intégration cognitive de l’expérience traumatique.
La RDP identifie une séquence neurophysiologique en trois phases : une réponse d’orientation (tension dans le front, le cou ou la base du crâne), une réponse de choc, et enfin une activation émotionnelle brute (peur, terreur, colère, tristesse). Cette séquence est initiée par un « stimulus activateur » choisi par le patient en collaboration avec le thérapeute. Il peut s’agir d’un déclencheur actuel, comme une réaction émotionnelle face à un son ou un regard critique. La RDP ne vise pas à revisiter des souvenirs traumatiques accablants, mais à explorer en douceur les réactions du tronc cérébral face aux rappels traumatiques.
Comment la RDP peut-elle aider les personnes atteintes de TSPT ?
En suivant attentivement les sensations corporelles liées aux phases d’orientation et de choc, plutôt que de se concentrer immédiatement sur l’émotion, la RDP permettrait au système nerveux de traiter pleinement le choc au niveau du tronc cérébral et du mésencéphale. La dissipation de ce choc sous-jacent faciliterait ensuite l’engagement avec l’expérience émotionnelle, la rendant plus tolérable et moins susceptible de submerger le patient.
La RDP privilégie une approche somatique « ascendante », guidant le patient à prendre conscience des signaux corporels de tension, à les accueillir, et à permettre l’émergence de toute émotion qui en découle. Le patient apprend ainsi à intégrer une nouvelle perspective sur l’événement initial.
Des résultats prometteurs, confirmés par une étude récente
Les données empiriques sont en cours d’accumulation. Une étude contrôlée randomisée a montré qu’une intervention RDP vidéo de huit séances permettait de réduire significativement la gravité des symptômes du TSPT, évaluée par les cliniciens, avec un effet important (d de Cohen ≈ 1,17 après le traitement et ~ 1,18 au suivi à trois mois) Kearney et al., 2023. Dans le groupe RDP, près de 48,3 % des participants ne répondaient plus aux critères diagnostiques du TSPT après le traitement, une amélioration qui s’est maintenue à environ 52,0 % après trois mois de suivi. Le taux d’abandon du traitement était de seulement 5 %, bien inférieur au taux moyen observé pour les traitements conventionnels (environ 20 %) Imel et al., 2013.
Ces résultats suggèrent que la RDP pourrait être un complément prometteur à la thérapie traumatologique, en particulier lorsque les approches traditionnelles se sont révélées insuffisantes.
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