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La déception modifie la chimie et le comportement du cerveau

by Sophie Martin

Publié le 22 décembre 2025. Une nouvelle étude japonaise révèle comment le cerveau adapte son fonctionnement face à la déception, ouvrant des perspectives pour mieux comprendre et traiter des troubles comme les addictions ou la maladie de Parkinson.

  • La déception provoque une augmentation de la libération d’acétylcholine dans certaines zones du cerveau.
  • Cette augmentation favorise un changement de comportement, permettant de rompre avec les habitudes.
  • L’étude, menée sur des souris, pourrait déboucher sur de nouvelles approches thérapeutiques pour des troubles neuropsychiatriques.

La capacité à modifier nos comportements en fonction des circonstances est fondamentale, que ce soit dans le cadre d’une négociation commerciale ou d’un premier rendez-vous. Mais comment le cerveau orchestre cette flexibilité comportementale ? Des neuroscientifiques de l’Institut des sciences et technologies d’Okinawa (OIST) au Japon ont récemment mis en lumière les mécanismes neuronaux impliqués dans ce processus, en utilisant des modèles animaux.

Selon le professeur Jeffery Wickens, co-auteur de l’étude et responsable de l’unité de recherche en neurobiologie à l’OIST,

« Les mécanismes cérébraux à l’origine du changement de comportement restent difficiles à expliquer car l’adaptation à une situation est extrêmement complexe d’un point de vue neurologique. Cela nécessite une activité interconnectée entre plusieurs régions du cerveau. »

Jeffery Wickens, professeur et chef de l’unité de recherche en neurobiologie à l’OIST

Les chercheurs se sont concentrés sur les interneurones cholinergiques, des cellules cérébrales qui libèrent le neurotransmetteur acétylcholine, déjà suspectées de jouer un rôle clé dans la flexibilité comportementale. Grâce à des techniques d’imagerie avancées, ils ont pu observer en temps réel la libération de ce neurotransmetteur et analyser les mécanismes d’adaptation.

L’expérience a consisté à entraîner des souris dans un labyrinthe virtuel, où elles apprenaient à suivre un chemin précis pour obtenir une récompense. Une fois cet apprentissage acquis, le parcours a été modifié et la récompense n’était plus attribuée. Les chercheurs ont alors analysé les réactions des souris.

Les résultats ont révélé une augmentation significative de la libération d’acétylcholine dans certaines zones du cerveau lorsque les souris étaient confrontées à la déception. Parallèlement, un plus grand nombre de souris ont adopté un comportement dit de « perte-changement », c’est-à-dire qu’elles ont modifié leurs choix après avoir constaté l’absence de récompense. Le Dr Gideon Sarpong, auteur principal de l’étude, explique :

« Plus les niveaux d’acétylcholine augmentaient, plus les souris étaient susceptibles de modifier leurs choix futurs. Nos résultats montrent le rôle essentiel de l’acétylcholine pour briser les habitudes et faciliter la nouvelle prise de décision. »

Dr Gideon Sarpong, auteur principal de l’étude

Pour confirmer ce lien de causalité, les chercheurs ont inhibé la production d’acétylcholine, ce qui a entraîné une diminution notable du comportement de perte-changement. Ils ont également observé une particularité intéressante : si la majorité des interneurones cholinergiques augmentaient leur production d’acétylcholine, certaines petites régions ne montraient aucun changement, voire une diminution. Les chercheurs supposent que cela pourrait permettre de conserver en mémoire les informations relatives aux itinéraires passés, au cas où la situation évoluerait à nouveau. Selon le Dr Sarpong :

« Cela indique que les souris n’oublient pas nécessairement l’ancien chemin vers la récompense, mais le conservent en mémoire au cas où la situation changerait à nouveau. »

Dr Gideon Sarpong, auteur principal de l’étude

Cette étude, publiée dans la revue Communications Nature, représente une avancée significative dans la compréhension de la flexibilité comportementale. Les chercheurs soulignent toutefois qu’il ne s’agit que d’un élément d’un système bien plus complexe, impliquant de nombreuses régions du cerveau, différents types de cellules et divers neurotransmetteurs.

Le professeur Wickens précise :

« Mais c’est une pièce essentielle car l’activité du striatum, où se situent ces interneurones cholinergiques, est un élément central de ce système. »

Jeffery Wickens, professeur et chef de l’unité de recherche en neurobiologie à l’OIST

Au-delà de ses implications théoriques, cette découverte pourrait avoir des applications médicales concrètes. Les taux d’acétylcholine sont fréquemment modifiés dans les traitements de troubles neuropsychiatriques tels que la maladie de Parkinson ou la schizophrénie. Comprendre le rôle de ce neurotransmetteur est donc crucial. En particulier, dans des conditions comme la toxicomanie et les troubles obsessionnels compulsifs, où il est difficile de rompre avec les habitudes, une meilleure compréhension des mécanismes de flexibilité comportementale pourrait ouvrir la voie à des traitements plus efficaces.

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